XL VI PRÉFACE
instrument de tout savoir ; elle a puissamment contribué à renouer la chaîne des temps et à faire tomber les barrières qui nous séparaient de l’Europe pensante; enfin, et c’est là son plus beau titre, elle a considérablement affaibli, sinon détruit, l’influence de cette triste philosophie , qui n’ayant certainement aucun droit d’imposer ses principes comme des vérités spéculativement démontrées, a de plus contre elle l’immoralité de ses inévitables conséquences pratiques.
Si ces résultats sont réels, le sort ultérieur de quelques idées systématiques de psychologie et de logique importe peu.
Passons immédiatement aux autres écoles et systèmes dont il nous reste à parler, et d’abord à l’école dite théologique.
Les opinions de cette école étant essentiellement liées ou plutôt subordonnées aux dogmes de la religion positive, ce n’est pas sans quelque raison quelle a reçu cette dénomination. Elle n’est pas pourtant la théologie pure % car celle-ci pose l’autorité comme un fait historique , ne laissant à la raison
* Eli. lui est même assez souvent suspecte , au point d'en provoquer les anathèmes : témoin les censures des doctrines de &1M. de La Mennais et Bautain par rautorité supérieure ecclésiastique.
PREFACE
XLVIt
d’autre fonction que de constater ce fait , tandis que l’école dont nous parlons l’établit comme un droit, comme une sorte de nécessité philosophique. Mais si elle s’écarte un peu de la théologie sous ce jgpport, elle s’éloigne bien plus de la philosophie, car ayant une fois justifié l’autorité, elle reçoit de confiance touB ses arrêts , tandis que le caractère propre et essentiel de la philosophie est son indépendance absolue et sa prétention de tirer de la raison seule tous ses principes sans exception. Cette école est donc au fond, et par sa nature , hostile, non point à telle ou telle philosophie , mais à la philosophie même dont elle nie le droit et la compétence. Mais refuser à la philosophie, c’est-à-dire à l’exercice libre et indépendant • de l’esprit humain , toute valeür et toute autorité dogmatiques, c’est tout simplement le scepticisme. Telle est , en effet , la méthode invariable de cette école : ses premiers pas sont un travail de démolition pour lequel elle fait usage des instruments redoutables et toujours neufs déposés dans le riche arsenal des sceptiques; elle ne s’établit que sur des ruines, sans s’apercevoir qu’elle y ensevelit en même temps son propre principe : résultat inévitable de tout scepticisme dogmatique à quelque titre qu’il se produise. C’est en effet un des mystères de la raison