XI. VIII
PRÉFACE
humaine que le scepticisme qui détruit tous les systèmes en montrant leur contradiction est lui-même une contradiction , et la plus énorme de toutes. Le premier^çaot de l'école théologique est donc un paralogisme flagrant ; c’est là son vice radical et irrémédiable. Je le signale sans m’arrêter à le démontrer, car ici encore je ne veux faire que de l’histoire et non de la polémique.
Cette école , qui n’est pas sans précédent» historiques (car elle se rattache par quelques points à la grande série des Apologistes), a pris sous l’influence des évènements extérieurs un caractère nouveau et une sorte d’originalité imprévue. Elle est née, comme on sait, de la réaction anti-révolutionnaire, anti-libérale et anti-philosophique qui . signala la chute de l’empire et le commencement de la restauration , et pendant laquelle la religion devint un parti. Elle tenta pour le passé intellectuel et moral une reconstitution analogue à celle qu’on essayait si vainement pour le passé politique ; essentiellement réactionnaire et passionnée, elle prétendit faire reculer le cours de la pensée humaine et la reporter à quelques siècles en arrière; considérant comme non avenu tout le travail intérieur et extérieur de l’humanité depuis la réforme reli-
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gieusè, et en particulier dans le dix-huitième siècle, elle confondit dans la même proscription et les
vérités et les erreurs , .les crimes et les vertus, le
bien et le mal , les hommes et les choses ; et elle sou-
tint cette insoutenable thèse avec üne rigueur systéma tique et une supériorité de talent dignes d’un meilleur but. A l’époque de la restauration anglaise, on avaitvu déjàdes circonstances analogues donner une vogue exagérée au système de Hobbes, et influer même sur le génie, d’ailleurs si original et si vigoureux , de ce philosophe. Dans cetjte entreprise désespérée , qui sous tous les rappbrts avait presque
l’air d’une gageure, l’école théologique fut puissamment aidée par les intérêts et les passions politiques du temps; elle entraîna à sa suite tout un parti qui, sans trop s’inquiéter des bases métaphysiques du système, s’accommodait fort de ses conséquences *. C’est à cette alliance qu’elle dut «on succès; mais ce succès a été court et ne peut être guère considéré que comme un épisode détaché, ou comme une sorte de hors • d’œuvre dans
' La position particulière des principaux et du pins grand nombre des écrivains de cette école explique en partie sa tendance et son rôle ; on n’y trous c guère que des grands seigneurs de l’ancien régime (un vicomte, deux comtes, un marquis) et des prêtres.
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la marche générale de la philosophie moderne.
Il n’entre pas dans mon plan d’exposer les dogmes
de cette secte; je ferai remarquer seulement qu’ils
découlent tous , avec une uniformité tout-à-fait lo-
gique, du principe fondamental. La raison étant convaincue d’impuissance dans la recherche des vérités religieuses , morales et sociales , et ces vérités étant néanmoins indispensablement nécessaires à l’homme, il en résulte que, ne pouvant rien tirer de lui-même, il a dù tout recevoir du dehors. Tout ce qu’il sait, il ne l’a pas appris par voie d’observation , d’expérience , de conclusion , mais lui a qté directement enseigné. Or, quel a pu être ce précepteur universel ? Il est évident que c’est Dieu seul en qui réside toute science; c’est donc Dieu qui, dans l’origine , a positivement parlé. .Maintenant ,
, Dieu étant infaillible , la loi promulguée primitivement par lui est de sa nature invariable , parfaite , définitive ; on lui doit l’obéissance et le respect le plus
absolu; tout ce qui s’en écarte est nécessairement un produit dégénéré, dépravé, de l’invention humaine, une folie et une impiété. Mais pour observer cet enseignement divin il faut le connaître; et où le chercher maintenant? où le trouver? La réponse est facile. Dieu n’a pas émis en vain sa parole, et pour
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qu’elle ne fût pas aussitôt oubliée qu’entendue, il l’a déposée dans l’oreille d’hommes privilégiés qui l’ont répétée fidèlement à d’autres , et qui l’ont déposée dans des livres ; ce qui constitue l’écriture et
la tradition. Mais ces livres étant obscurs (et devant
l’ëtrei), la tradition étant pâr sa nature même
sujette à sfe corrdmpre, la prévoyance divine est allée plus loin ; elle a mis sur la terre une autorité permanente chargée d’expliquer les livres et de conserver le sens des traditions. Cette autorité est l’église , et en particulier le pape. Le corps sacer-
dotal est donc le dépositaire et le dispensateur de
droit de toute science religieuse et morale. Il est
aussi le pouvoir exécutif constitué de Dieu pour la
direction sociale du monde, car Dieu qui est la source de toute puissance ainsi que de toute lumière, n’a pas borné son enseignement à des vérités purement spéculatives, mais il a réglé également
toute l’économie de la société humaine. C’est ainsi * • 1 ♦ , * ■* *
que tout, partant de l’autorité, retourne à l’autorité.
, C’est dans ce cadre obligé et conséquent que tournent les écrivains de oette école; c’est de là aussi que dérivent, comme des dépendances du même point de vue , leurs hypothèses d'une langue
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primitive, d’une science primitive, d’une législation
primitive , hypothèses communes à tous , et les hypothèses particulières, logiques, historiques, politiques et mystiques , du sens commun , considéré comme critérium absolu de la vérité (de La Men-
nais , Laureutie , etc.), d’une révélation chrétienue antérieure à Jésus , et déposée dans les anciennes my thologies (d’Eckstein) , de Infaillibilité et de la
nécessité du pouvoir absolu théocratique ("de Maistre) , de la destinée humaine considérée comme un cycle d’épreuves et d’expiations (Ballanche), de la vertu intrinsèque du langage, des rapports primordiaux et étemels des sons avec les idées * et de la puissance mystérieuse des mots ( de Lour-
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doueix), etc... .
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Si d’un côté le caractère supematurel et mystique dé ces doctrines, et surtout leurs tendances politiques étaient peu propres à obtenir de la popula-
rité parmi la génération contemporaine , il est juste de convenir que le talent tout-à-fait supérieur des écrivains de l’école théologique et le vil éclat littéraire de leurs ouvrages méritent d’être signalés. „ C’est un fait digne d’observation qu’au moment où la philosophie libérale du dix-huitième siècle, perdant en profondeur ce quelle gagnait en surface,