HISTOIRE D'UN CHIEN
« — Où cela? lui demandai-jc.
« — Dans le Frauen-Alp. »
Le vieillard étendit le bras vers la fenêtre.
— C'est, dit-il, cette grande montagne à la tête neigeuse que vous apercevez d'ici.
Je fis de la tête signe que je la voyais.
«Trois jours après, François sortit comme d'habitude avec sa carabine ; je l'accompagnai pendant une centaine de pas ; car j'allais moi-même à Zug et je ne devais revenir que le lendemain. Marianne nous regardait aller tous les deux; François l'aperçut sur le pas de la porte, lui fit de la main un signe d'adieu, lui cria : « A ce soir ! » et s'enfonça dans le bois de sapins.
« Le soir vint sans que François reparût ; mais cela n'inquiéta pas trop Marianne, parce qu'il arrivait souvent que François couchait dans la montagne. »
— Pardon , mon père, pardon . vous vous trompez , interrompit la veuve ; chaque fois que François tardait j'étais fort tourmentée, et ce soir-là. comme si j'avais eu des pressentiments j j'étais plus tourmentée encore que d'habitude. D'ailleurs j'étais seule, vous n'étiez pas là pour me rassurer ; Fidèle, que François n'avait point emmené . était parti dans la journée pour rejoindre son maître ; il était tombé de la neige vers la brune, le vent était froid et triste; je regardais dans le foyer des flammes bleuâtres pareilles à ces feux follets qui courent dans les cimetières. Je frissonnais à chaque instant, j'avais
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peur et je oe savais de quoi. Les bœufs étaient tourmentés dans l'étable, et mugissaient tristement comme lorsqu'il y a ud loup qui rôde dans la montagne ; tout à coup j'entendis quelque chose éclater derrière moi ; c'était cette petite glace que vous nous aviez donnée le jour de notre mariage, et qui se brisait toute seule comme vous la voyez encore aujourd'hui. Je me levai et j'allai me mettre à genoux devanl un crucifix; j'avais commencé de prier à peine que je crus entendre dans la montagne le hurlement d'un chien qui se lamentait ; je me levai toute droite, je sentis courir un frisson par tout mon corps. En ce moment le christ mal attaché tomba et brisa un de ses bras d'ivoire ; je me baissais pour le ramasser, mais j'entendis un second hurlement plus rapproché; je laissai le christ à terre, et ce fut un sacrilège, sans doute; mais j'avais cru reconnaître la voix de Fidèle. Je courus à la porte . la main sur la clef, n'osant pas ouvrir, les yeux fixes sur cette croix de bois noir, où il ne restait plus que la tête de mort et les deux os ; ce n'était plus un signe d'espérance, c'était un symbole de mort. J'étais ainsi, tremblante et glacée, lorsqu'un \ iolent coup de vent ouvrit la fenêtre et éteignit la lampe. Je lis un pas pour aller fermer celle fenêtre et rallumer celle lampe; mais au même instant un troisième hurlement retentit à la porte même; je. m'élançai, je l'ouvris; c'était Fidèle tout seul, il sauta après moi comme d'habitude; mais au lieu de me caresser, il me prit par ma robe ci me tira.
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Je devinai qu'il y avait pour François danger de mort, toute ma force me revint; je ne fermai ni porte ni fenêtre, je m'élançai dehors; Fidèle marcha devant moi . je suivis.
« Au bout d'une heure, je n'avais plus de souliers, mes vêlements étaient en lambeaux , le sang coulait de ma ligure et de mes mains, je marchais pieds nus sur la neige , sur les épines , sur les cailloux; je ne sentais rien. De temps en temps j'avais envie de crier à François que j'arrivais à son secours, mais je ne pouvais pas , ou plutôt je n'osais pas.
«< Partout où Fidèle passa , je passai 5 vous dire où et comment, je n'en sais rien, lue avalanche tomba delà montagne , j'entendis un bruit pareil à celui du tonnerre, je sentis toul vaciller comme dans un tremblement de terre. Je me cramponnai à un arbre, l'avalanche passa. Je fus entraînée par un torrent, je mé sentis rouler quelque temps; puis j'allai me heurter contre un roc auquel je me retins, et, sans savoir comment, je me retrouvai sur mes pieds et hors de l'eau ; je vis briller les yeux d'un loup dans un buisson qui se trouvait sur ma route, je marchai droit au buisson, sentant que j'étranglerais ranimai, s'il osait m 'attaquer; le loup eut peur et prit la fuite. Enfin, au point du jour, toujours guidée par fidèle . j'arrivai au bord d'un précipice au-dessus duquel planait un aigle; je vis quelque chose au fond, comme un homme couché; je me laissai couler sur un
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rocher en pente , et je tombai près du cadavre de François.
« Le premier moment fut tout à la douleur ; je ne cherchai pas comment il s'était tué, je me couchai sur lui, je tâtai son cœur , ses mains, sa figure, tout était froid, tout était mort ; je crus que j'allais mourir aussi , mais je pus pleurer.
« Je ne sais combien de temps je restai ainsi ; enfin je levai la tète et je regardai autour de moi.
•i Près de François était une femelle d'aigle étranglée; sur la pointe d'un roc un petit aiglon vivant, triste et immobile comme un oiseau sculpté, et daim l'air le mâle décrivant des cercles éternels et faisant entendre de temps en temps un cri aigu et plaintif; quant à Fidèle, haletant et mourant, lui-même, il était couché près de son maître et léchait son visage couvert de sang.
«: François avait été surpris par le père et la mère ; attaqué par eux au moment , sans doute . où il venait de s'emparer de leur petit, et forcé de détacher ses mains du roc à pic contre lequel il gravissait, il était tombé étranglant celui des deux aigles qui s'était abattu sur lui, et dont les serres étaient encore marquées dans son épaule.
— Voilà pourquoi nous aimons tant Fidèle, voyez-vous, continua le vieillard; sans lui le corps de François aurait été dévoré par les loups et par lea vautours , tandis que , grâce à lui , il est tranquillement couché dans une tombe chrétienne, sur
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laquelle, de temps en temps, lorsque la résignation nous manque, nous pouvons aller prier... »
Je compris que Jacques et Marianne avaient besoin de rester seuls, et au lieu de me mettre à table , je sortis.
&s cct^cUrsïc De Pologne.
Ce fut l'archevêque Engelbert , surnommé le Saint, qui conçut, vers 1225 , l'idée de faire bâtir une cathédrale; mais ce ne fut que son successeur Conrad de Hochslcdcn, qui, ayant résoin vers 1 ~217 de passer de l'idée à l'exécution, fit venir le premier architecte de la ville , cl lui ordonna de bâtir un monument qui surpassât en architecture religieuse tout ce qu'on avait fait de plus beau jusqu'alors. Il mettait à sa disposition , pour arriver à ce but, le trésor du chapitre, l'un des plus riches du monde, et les carrières du Drachenfels, la plus haute des sept montagnes.
C'était là une de ces propositions qui rendent
fou un artiste; aussi celui auquel s'était adresse le digne prélat sortit de L'archevêché doutant encore qu'il fût chargé d'une si glorieuse entreprise : néanmoins force lui fut de le croire ; car le même jour Conrad lui envoya un sac plein d'or pour les premiers frais.
L'architecte auquel s'était adressé le généreux prélat était modeste comme un homme de génie; aussi résolut-il de visiter les plus belles églises de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre, avant île commencer la sienne. Il alla donc trouver l'archevêque et lui demanda la permission de comineucer sa tournée. L'archevêque la lui accorda, à la condilion que dans une année il serait de retour. L'artiste sollicita , mais en vain , quelques mois de plus ; ce fut tout le délai qu'il put obtenir, tant l'archevêque était désireux de voir mettre son projet à exécution.
Au bout d'une année l'architecte revint, plus indécis que jamais. Il était bien fixé sur la pensée mythique de son ouvrage : c'est-à-dire qu'il voulait (pie le monument eût deux tours pour rappeler que le chrétien doit lever ses deux bras au ciel; qu'il eût douze chapelles en mémoire des douze apôtres ; qu'il lût bâti sur la forme d'une croix, afin que les fidèles n'oubliassent pas un instant le signe de leur rédemption ; (pie le chœur fût un peu plus incliné a droite qu'à gauche, parce que Jésus-Christ inclina la tête sur l'épaule droite en mourant ; enfin que le tabernacle fut éclairé par trois fenêtres, parce que
Dieu est triple et que toute lumière vient de Dieu. Mais ce n'était là, si on peut le dire, que l'âme du monument; restait encore son corps, sa forme, c'est-à-dire la traduction visible de cette pensée religieuse, si puissante au moyen âge, qu'elle fit éclore comme une séve toute une végétation de granit : c'était donc celte forme que l'architecte cherchait le matin, le soir, à toute heure delà journée et partout où il se trouvait.
Or, une après-midi que l'architecte, toujours rêvant à son plan, avait, sans s'en apercevoir, dépassé les murailles de la ville et était arrivé à un endroit de la promenade appelé la porte des Francs, il s'assit sur un banc, et du bout de sa baguette commença de tracer sur le sable <!(••> façades et des profils de cathédrale, les effaçant tous avanl qu'ils fussent achevés, cartons lui paraissaient incomplets et mesquins, à côté du riche monument que les anges bâtissaient dans son imagination; enfin . à force de tentatives différentes , il venait d'arriver à un ensemble plein de grandeur et de majesté qu'il regardait déjà avec une certaine satisfaction. lorsqu'il entendit derrière lui une voix aigre qui disait :
— Bravo! l'ami, voilà bien le dôme de Strasbourg.
L'architecte se retourna, et vit debout derrière lui. et la tète presque appuyée sur son épaule, un petit vieillard à la barbe taillée en pointe comme celle d'un juif, aux yeux creux et étincelants, et au
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sourire Bardonique, vêtu d'an pourpoint noir qni lui collait tellement sur tous les membres, qu'on eût pu le prendre pour la peau d'un nègre, encore plus maigre que lui, et dont il se serait l'ait un vêtement. Tel qu'il se présentait à notre architecte le petit vieillard n'était point de nature à lui inspirer une vi\e sympathie : cependant, comme son observation était juste, et comme l'artiste venait de reconnaître qu'en croyant inventer il s'était souvenu, au lieu de défendre son œuvre, il répondit en soupirant :
— Cela est vrai.
Puis il effaça son œuvre presque achevée et en recommença une autre. Mais à peine la baguette avait-elle gravé sur la planche mobile les premières lignes d'un autre édifice, que la même voix aigrelette, accompagnée du même sourire sardonique, s'écria :
— A merveille, et c'est bien là la cathédrale de Reims.
— Oui. oui, murmura l'artiste, et j'aurais mieux fait de roter ici et de ne rien voir, car il n'y a de véritable créateur que Dieu.
El Satan, murmura le petit vieillard d'une voix qui fit tressaillir l'architecte.
Mais comme une seule et éternelle pensée l'absorbait, il effaça de nouveau les malheureuses lignes sans s'inquiéter du timbre métallique de cette \i)i\, et se remit de nouveau à la besogne. 11 y était depuis un quart d'heure, doucement hercé par
les encouragements de son voisin, qui murmurait à son oreille : « Rien, très-bien, parfaitement ! >» lorsqu'il en fut tiré par l'approbateur, qui lui dit tout à coup :
— Vous avez beaucoup voyagé, à ce qu'il parait?
— Pourquoi cela?
— Parce qu'après avoir traversé l'Alsace et visité la France, vous êtes revenu par l'Angleterre.
— Qui vous dit cela?
— Le dessin de cette église, qui est celle de Canlorbéry.
L'artiste poussa un profond gémissement. La critique du petit vieillard était terrible, mais vraie. Il effaça donc le monument avec son pied ; puis, cédant à un mouvement d'impatience, il se retourna vers le petit vieillard, et lui présentant sa baguette :
— Mon maître, lui dit-il, vous qui êtes un si bon critique, est-ce que vous ne pourriez pas joindre un peu l'exemple au précepte en me montrant à votre tour ce que vous savez faire?
— Volontiers, dit le petit vieillard en prenant la baguette et avec son rire éternel.
L'architecte voulut lui donner sa place, mais lui, faisant signe de la tête que non, il s'appuya d'un bras sur l'épaule de l'artiste, et de l'autre, sans appui et à main levée, commença de tracer sur le sable de nouvelles lignes, à la fois si hardies, si
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élégantes et si correctes, que l'artiste s'écria aussitôt :
— Ah ! je vois bien que nous sommes frères.
— Dis, répondit en ricanant le petit vieillard, que tu es écolier et que je suis maître.
— Je suis tout prêt à l'avouer, répondit l'artiste avec la bonne foi du génie ; mais il faudrait que je visse pour cela quelque chose de plus que des lignes isolées. Le détail n'est rien , l'ensemble est tout.
— Tu as du bon, et l'on peut faire de toi quelque chose, dit le petit vieillard; mais il ne me plait pas, à moi, d'en faire davantage.
— Pourquoi cela? dit l'architecte.
— Parce que tu me prendrais mon plan.
— Vous avez donc aussi une cathédrale à bâtir, vous ?
— J'espère en avoir une.
— Laquelle?
— Celle de Cologne.
— Comment, la mienne?
— La tienne?
— Sans doute, la mienne.
— Oui, si lu donnes un plan?
— J'en donnerai un.
— Et moi aussi : monseigneur Conrad choisira entre les deux.
L'architecte pâlit.
— Ah ! ah ! s'écria l'inconnu en ricanant ; cela t'inquiète, confrère : tu as peur d'être obligé de
rendre le sac d'or que t'a envoyé l'archevêque, et qu'à l'exception de cent écus tu as dépensé à faire inutilement ton tour de France et d'Angleterre !
L'architecte regarda autour de lui; il vit que le jour tombait et qu'il était seul avec le vieillard.
— Écoute, lui dit-il, je ne sais comment tu as appris qu'il me reste encore cent écus sur les arrhes que m'a données monseigneur Conrad ; mais achève le dessin que tu avais commencé, ces cent écus sont à toi.
Le vieillard éclata de rire, et, tirant de son pourpoint une petite bourse de cuir, il l'ouvril el lit voira l'artiste qu'elle était pleine de diamants dont le plus petit valait au moins mille «vus d'or.
L'architecte soupira profondément, car il vit qu'il n'y avait pas moyen de corrompre cel homme; aussi dcmcura-t-il immobile et consterné, car il reconnaissait malgré lui à l'architecte étranger une supériorité étrange et incontestable dans son art. Pendant ce temps, le petit vieillard avait ajouté négligemment au plan commencé quelques lignes nouvelles si merveilleusement hardies, que l'architecte vit bien qu'il était perdu s'il avait à lutter avec un pareil homme. Alors", éperdu, hors de lui, il résolut de prendre par la violence ce qu'il n'avait pu obtenir par la corruption, et, comme l'autre s'arrêtait de nouveau et le regardait avec son rire goguenard, il le saisit par le bras, et, lui appuyant son poignard sur la poitrine :
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— Vieillard! lui dit-il, achève ce plan, où tu mourras !
A peine avait-il prononcé ces paroles, qu'il se sentit saisi à bras-le-corps, qu'il se vit renversé en arrière, qu'un genou pesa sur sa poitrine, el (pie son propre poignard arraché de sa main brilla sur sa gorge.
— Ah! ah! dit alors le vieillard en ricanant, corrupteur et meurtrier! lh'cn, bien; il y a encore récolte d'âmes à faire en ce inonde, à ce qu'il me parait.
— Tuez-moi ! dit l'artiste, mais ne me raillez pas.
— Et si je ne veux pas te tuer, moi ?
— Alors, donnez-moi votre plan !
— Je suis prêt, mais à une condition.
— Laquelle?
— Relève-toi d'abord, dit le vieillard en lâchant son ennemi qu'il avait tenu jusque-là terrassé et en lui rendant son poignard; nous sommes mal ainsi pour causer, asseyons-nous.
Et l'étrange petit homme s'assit au bout du banc, une jambe sur l'autre, et les deux mains croisées sur son genou, regardant le pauvre architecte qui, tout honteux, se relevait, et secouant la poussière attachée à ses habits, restait à la même place.
— Voyons, approche, lui dit le vieillard; tu vois bien que je suis sans rancune.
— .Mais qui donc clcs-vous? s'écria l'architecte.
— Qui je suis ' Eh bien ! je vais te le dire. L'artiste se rapprocha d'un pas, sa curiosité remportant sur sa teneur.
— Tu as entendu parler, lui dit le vieillard, de la tour de Babel, des jardins de Sérniramis et du Coliséc?
— Oui, lui répondit l'artiste en s'asseyant près de lui.
— Eh bien ! c'est moi qui les ai bâti-;.
— Alors, vous êtes Satan? s'écria en bondissant sur ses pieds le pauvre artiste.
— Pour vous servir, dit Satan avec son ricanement éternel.
— Vade retrô! dit l'architecte en faisant le signe de la croix.
Le rire commencé s'acheva dans un grincement de dents; un éclair brilla, la terre s'ouvrit comme une trappe, et le démon disparut.
W&BaOMk
Ce petit village du canton des Grisons n'a de remarquable que l'anecdote étrange à laquelle son nom se rattache. Vers la fin du dernier siècle, le bourgmestre Scharner , dcCoirc, avait établi une école à Rcichcnau ; on était en quête dans le canton d'un professeur de français, lorsqu'un jeune homme se présenta à M. Boul, directeur de l'établissement, porteur d'une lettre de recommandation signée par le bailli Aloys Toost de Zilzers : il était Français, parlait comme sa langue maternelle l'anglais et l'allemand, et pouvait, outre ces trois langues, professer les mathématiques, la physique et la géographie. La trouvaille était trop rare et trop merveilleuse pour que le directeur du collège la laissât échapper ; d'ailleurs le jeune homme était modeste dans ses prétentions; M. Boul fit prix avec lui à
ÔS REICQENAU.
quatorze cents francs paran,e( !<' nouveau professeur, immédiatement installé, entra en fonctions.
Ce jei professeur étaif Louis -Philippe d'Or-
. duc de Chartres, aujourd'hui roi de France.
Ce fut , je l'avoue , avec une émotion mêlée de fierté que sur les lieux mêmes, dans cette chambre située au milieu du corridor, avec sa porte d'entrée ;i di'iix battants, ses portes latérales à fleurs peintes, ses cheminées placées aux angles . ses tableaux Louis XV entourés d'arabesques d'or, et sou plafond ornementé, que dans cette chambre, dis-je, où avail professé le duc de Chartres, je nie fis donner de-, renseignements sur celte singulière \ icissitude d'une fortune royale qui, ne voulant pas mendier le pain de l'exil, l'avail dignement acheté de son travail ; un seul professeur, collègue du duc d'Orléans, et un seul écolier, son élève, existaient encore en 1852 , époque à laquelle je visitai leur collège ; le professeur est le romancier Zschokke, et l'écolier, le bourgmestre Tscharner, fils de celui-là même qui avail fondé l'école. Quant au digne bailli Aloys Toosl . il es! mort en 1827, et a été enterré à Zitzers, sa a illc natale.
Aujourd'hui il ne reste plus rien à Reichenau du collège <>ù professa un futur roi ^\v France, siée n'est la chambre d'étude que nous avons décrite, et le, chapelle attenante au corridor, avec sa tribune et son autel surmonté d'un crucifix peint à fresque. Quant an reste des bâtiments, ilssoni devenus une espèce <!<• \i!la. appartenant au colonel Pnstaluzzi.
itjvjs ^isicxru: jdtc jvcryar*.
A la nuit tombante, nous arrivâmes à Bex. J.a voiture s'arrêta à la porte d'une de ces jolies auberges qu'on ne trouve qu'en Suisse; en face était une église, dont les fondations, comme celles de presque tous les monuments religieux du Valais, paraissent, par leur style roman, avoir élé l'œuvre des premiers ehréliens.
Le dîner nous attendait. Nous trouvâmes le poisson si délicat, (pie nous en demandâmes pour notre déjeuner du lendemain. Je cite ce l'ait insignifiant, parce que celle demande me fit assister à une pèche qui m'était complètement inconnue, et que je n'ai vu faire que dans le Valais.
A peine eûmes-nous exprimé ce désir gastrono-