‹ Fragments des œuvres d'Alexandre DumasChapitre 15 sur 100 · UNE PÈCHE DE NUIT · texte numérisé non relu

UNE PÈCHE DE NUIT

Maurice poussa un soupir et prit , avec une énergie qui tenait du désespoir, une serpe pendue au milieu des instruments de cuisine et une lanterne d'une forme si singulière, qu'elle mérite une description détaillée.

C'était un globe de corne, rond comme ces lampes que nous suspendons aux plafonds de nos boudoirs ou de nos chambre? à coueber, auquel on avait adapté un conduit de fer-blanc de trois pieds de long, de la forme et de la grosseur d'un manche à balai. Comme ce globe était hermétiquement fermé, la mèche huilée qui brûlait à l'intérieur de la lanterne ne recevait d'air que par le haut du conduit, et ne risquait d'être éteinte ni par le vent ni par la pluie.

— Vous venez donc? me dit Maurice après avoir fait ses préparatifs et voyant que je m'apprêtais à le suivre.

— Certes, répondis-jc; celte pêche me parait originale...

— Oui, oui, grommcla-t-il entre ses dents.

Au même instant on entendit se rapprocher le pas de la maîtresse de l'auberge; elle accompagnait sa venue d'une espèce de grognement sourd , qui ne présageait rien de bon pour le retardataire. II le sentit si bien, qu'à tout événement il ouvrit rapidement la porte , sortit, et la referma sans m'attendre, tant il était pressé de mettre deux pouces de bois de sapin entre sa paresse et la colère de notre gracieuse hôtelière.

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— Ces! moi. dis-jc en ouvranl la porte et en suivant des yeux la lanterne qui s'enfuyait à quarante pas de moi ; c'esl moi qui ai retenu ce pauvre garçon, en lui demandant des détails sur la pèche; ainsi ne le grondez pas.

Et je m'élançai à toutes jambes à la poursuite de la lanterne qui allait disparaître.

Comme mes yeux étaient lixés sur une ligne ho* rizontale, tant je craignais de perdre de vue mon précieux falot, à peine eus-je fait dix pas, que mes pieds accrochèrent les chaînes pendantes de notre célérifère, et que j'allai , avec un bruit horrible, rouler au milieu du chemin au bout duquel brillait mon étoile polaire. Cette chute, dont le retentissement arriva jusqu'à Maurice, loin de l'arrêter, parut donner une nouvelle impulsion à la vélocité «le sa course, car il sentait que maintenant il avait deux colères à redouter au lieu d'une. La malheureuse lanterne semblait un feu follet, tant elle s'éloignait rapidement, et tanl elle sautait en s'éloignanl ; j'avais perdu près d'une minute , tant à tomber qu'à me relever, el à tàter si je n'avais rien de rompu. Maurice, pendant ce temps, avait gagné du terrain, je commençais à perdre l'espoir de le rattraper ; j'étais maussade de ma chute , tout endolori du contact foret'- que mes genoux et la pommette de ma joue gauche avaient eu avec le pavé ; je sentais la nécessité d'aller plus doucement, si je ne voulais m'exposerà un second accident du même genre. Tontes ces réflexions instantanées, celte honte, cette dou-

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