LES DEUX BOSSUS
et riche à la place d'un homme pauvre et hossu, donna peut-être quelque chose au hasard en \n\ ant quelle ne perdait pas au change. Le musicien lui raconta alors tout ce qui s'était passé, et sa femme qui, comme on a déjà pu s'en apercevoir, était une femme de sens, lui conseilla de donner en aumônes le quart de son or , et , comme avec le reste ils avaient encore de quoi vivre tranquillement et honorahlemcnt, de suspendre, en manière d'ex-voto, le violon miraculeux au-dessous de l'image de son patron. C'était un bon conseil ; aussi fut-il de point en point suivi par l'ex-hossu.
L'aventure, comme on le pense bien, fit grand bruit à Aix-la-Chapelle; les uns en furent contents, et c'était le plus grand nombre, car le pauvre musicien était généralement fort aimé; d'autres en furent affligés, et ceux-là c'étaient les envieux.
Or, parmi ces derniers, il y avait un musicien bossu par devant, qui, à cause de celle infirmité, ne pouvant jouer du violon comme son confrère qui était hossu par derrière, jouait de la clarinette, et qui, à cause de l'infériorité de L'instrument qu'il avait été forcé d'adopter, avait voué i\r longue main une grande haine au pauvre violoniste. Il avait donc naturellement été on ne peut plus afflige du bonheur qui lui était arrivé, et cependant il était venu des premiers avec un visage joyeux le féliciter sur sa bonne fortune, tout en trouvant cependant qu'il était mieux quand il avait sa bosse, et il s'était fait raconter l'histoire dans ses moindres détails.