ET LES AVEUGLES QOI LISENT
veille un sourd-muet qui gagnait sa vie en tressant des fdcts pour la pêche.
Ce fut Pedro de Ponce, bénédictin espagnol, du couvent de Sahagucs au royaume de Léon, mort en 1 584, qui eut le premier l'idée que les sourdsmuets, tout privés qu'ils étaient des organes de la parole et de l'ouïe, pouvaient recevoir des idées et les transmettre. Le hasard lui avait donné quatre illustres élèves : c'étaient les deux frères et la sœur du cardinal de Vclasco. et le fds du gouverneur d'Aragon. La méthode qu'il avait employée, et que malheureusement on ignore, puisqu'il ne laissa aucun traité sur cette matière, eut un tel succès, que les écoliers d'une classe inférieure lui arrivèrent de tous côtés; cl parmi ces derniers, quelques-uns firent de si grands progrès, qu'ils soutenaient en public des discussions sur l'astronomie, la physique et la logique; si bien, disent les auteurs contemporains, qu'ils eussent [>:is-c pour gens habiles et savants aux yeux mêmes d'Aristotc. Dans le même siècle et vers la même époque, c'està-dire de 1550 à 1576, un philosophe italien, nommé Jérôme Cardan, s'occupa, mais secondairement, de cette tâche, et ses écrits sont les premiers dans lesquels on trouve consignée la possibilité d'apprendre à lire et' à écrire aux sourds-muets.
En 1620, trente-six ans après la mort de Pedro de Ponce, et quarante-quatre ans après celle de Jérôme Cardan, un livre parut en Espagne, sous le titre de Artc para ensenar d hablar d los mudos.
112 LES MUETS Ql'l PARLENT
C'était un Français, secrétaire du connétable de Castille, qui . dans le but d'adoucir la position du frère de ce connétable, devenu muet à l'âge de quatre ans, avait dirigé ses travaux vers ce nouveau genre de professorat. Dans le livre qui reste de lui, et qui, nous l'avons dit, est le premier, Pierre Bonnet se donna comme l'inventeur de sa méthode; au reste, ce qu'il est impossible denier, c'est qu'il ne soit pas le premier qui ait introduit dans son ouvrage l'alphabet manuel qu'adopta depuis, à certaines modifications près, le savant et bon abbé de l'Épée.
Vers 4GG0, J. Wallis, professeur de mathématiques à l'université d'Oxford, tenta de faire pour l'Angleterre ce que Pierre Bonnet avait fait pour l'Espagne, c'est-à-dire de mettre les sourdsmuets à même de comprendre les pensées d'autrui et d'exprimer les leurs par geste ou par écrit. Luimême se félicite de ses succès dans la carrière à laquelle il s'était dévoué, dans une lettre adressée au docteur Beverley. « En peu de temps, dit-il, mes ('lèves ' avaient acquis beaucoup plus de savoir qu'on n'en pourrait supposer d'hommes dans leur position, et ils étaient en état, si on les eût cultivés, d'acquérir toutes les connaissances qui se transmettent par la lecture. »
1 Transactions philosophiques de Londres } octobre 1698. e de l'Éducation des Sourds-Muets , par Ferdinand Berlhier, 1830.