‹ Fragments des œuvres d'Alexandre DumasChapitre 34 sur 100 · ET LES AVEUGLES QUI LISENT · texte numérisé non relu

ET LES AVEUGLES QUI LISENT

Quelque temps après , un médecin suisse . nommé Conrad Amman, publia un traité intitulé Surdus loquens, et plus tard une dissertation sur la parole, traité qui fut traduit en français par Bcauvais de Preau.

Au commencement du dix-huitième siècle. la question pénétra en Allemagne. Kerger adressa une lettre, en date de 1704, à Ettmullcr, sur la manière d'instruire les sourds-muets. Soixante et quatorze ans après, l'électeur de Saxe fondait une école à Leipzig, et en nommait lliiisikcn directeur.

Cependant la France était en retard : le Portugais Rodrigue Pcrcirc, qui s'était présenté à Paris comme inventeur d'une nouvelle méthode dactvlogique, et qui avait reçu du roi une pension et le titre de secrétaire-interprète, offrit de vendre le secret de cette méthode ; mais le prix qu'il en demandait ayant été jugé exorbitant, le gouvernement en refusa la communication; Rodrigue Pereirc n'entreprit plus alors d'éducation qu'après avoir fait jurer à ses élèves de ne pas révéler -0:1 secret, qui. gardé religieusement, mourut avec lui. Ce fut vers celte époque qu'une circonstance fortuite révéla à l'abbé de l'Épée sa sainte vocation.

Ses devoirs ecclésiastiques l'ayant appelé un jour chez une dame qui demeurait rue des Fossés- Saint-Victor, il trouva ses deux filles occupées à des travaux d'aiguille, et remarqua qu'elles étaient si profondément attentionnées à leur ouvrage, que

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le brait de son entrée ne leur lit pas lever les yeux; alors le bon abbé s'approcha d'elles el leur adressa la parole; mais ce fut inutilement, les deux jeunes filles parurent ne pus entendre. Le visiteur,

m' | ouvanl croire à une mystification, s'assit près des travailleuses et attendit. Dix minutes après, leur mère entra, tout fut expliqué en deux mots : les jeunes filles étaient sourdes-muettes.

Celte rencontre parut à l'abbé de l'Épée un enseignement du ciel sur la voie chrétienne qu'il avait à suivre; il demanda la permission de se charger de l'éducation dc^ deux demoiselles eommencéc par le père Vanin; et sans nuire secours que celui des estampes, car il ne connaissait aucune des méthodes adoptées, il entreprit son œuvre de patience et de charité; mais ne voulant pas s'en tenir à deux élèves particuliers, il commença des cours publics, appelant toutes les intelligences à son secours, et demandant aide aux savants de l'Europe dans la tâche qu'il avait entreprise.

Ce fut pendant un de ses exercices publics qu'un inconnu vint lui offrir un livre espagnol qui traitait de la matière. L'abbé de l'Épée, qui ignorait la langue dans laquelle il (''tait écrit, allait refuser de faire cette acquisition, lorsqu'en l'ouvrant au hasard il tomba sur l'alphabet manuel de Pierre Bonnet, gravé en taille-douce. Ce livre était YAti d'enseigner à parler aux muets.

Dès lors l'abbé de l'Épée partit d'un bul et marcha vers un résultat. Sur quatorze nulle livres de

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