‹ Fragments des œuvres d'Alexandre DumasChapitre 35 sur 100 · ET LES AVEUGLES QUI LISENT · texte numérisé non relu

ET LES AVEUGLES QUI LISENT

rente qu'il avait, il n'en réserva que deux pour ses besoins personnels, et consacra le reste à ceux de ses élèves. Enfin, après dix ans de sollicitations auprès du roi, Louis XVI finit par lui accorder, sur sa cassette, une somme annuelle et la jouissance d'une maison voisine du couvent des Célestins. Deux ans après la mort de l'abbé «le l'Épée, par ordonnance des 21 et 29 juillet 1791, cette maison devint institution royale. C'était quelques années auparavant que M. Sçherr avait fondé l'école de Zurich que nous allions visiter, et qui est attenante à celle des aveugles, fondée par M. Funck, vers la même époque à peu près.

Il y avait en ce moment à l'institution dix-huit ou vingt sourds-muets, dont quelques-uns, outre l'alphabet manuel, possédaient encore la reproduction labiale. Comme ce genre d'instruction e-t peu adopté en France, étanl jugé inutile, nous donnerons à cet égard quelques détails à nos lecteurs.

La reproduction labiale est la faculté qu'acquièrent les élèves de lire sur les lèvres de ceux qui leur parlent, et de répéter mot pour mot les paroles qu'ils ont prononcées. On nous fit venir un beau jeune garçon de quinze ans, au regard intelligent et à la figure mélancolique, qui en entrant jeta les yeux sur son professeur, et qui, en les reportant sur nous, nous dit en français, sans aucun accent :

— Bonjour, messieurs.

Nous lui adressâmes alors la parole, et à toutes

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