‹ Fragments des œuvres d'Alexandre DumasChapitre 40 sur 100 · LE LENDEMAIN DE LA SAINT-BARTHELEMY · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN DE LA SAINT-BARTHELEMY

railleur, qui connaissait les habitudes de monsieur l'amiral , avait introduit un cure-dent.

C'était un spectacle à la fois lugubre et bizarre , que tous ces élégants seigneurs et toutes ces belles dames défilant comme une procession , peinte par Goya , au milieu de ces squelettes noircis et de ces gibets aux longs bras décharnés. Plus la joie des visiteurs était bruyante , plus elle faisait contraste avec le morne silence et la froide insensibilité de ces cadavres, objets de railleries qui faisaient frissonner ceux-là mêmes qui les faisaient. Beaucoup supportaient à grand'peine cet horrible spectacle, et à sa pâleur, on pouvait distinguer dans le groupe des huguenots ralliés Henri , qui , quelle que fût sa puissance sur lui-même et si étendu que fût le degré de dissimulation dont le ciel l'avait doté . n'y put tenir; il prétexta l'odeur infecte que répiindaient tous ces débris humains, et s'approchant de Charles IX , qui côte à côte avec Catherine était arrêté devant les restes de l'amiral :

— Sire , dit-il , Votre Majesté ne trouvc-t-elle pas que pour rester plus longtemps ici ce pauvre cadavre sent bien mauvais?

— Tu trouves, Hcnriot? dit Charles IX dont les yeux étineelaient d'une joie féroce.

— Oui , sire.

— Eh bien, je ne suis pas de ton avis, moi... le corps d'un ennemi mort sent toujours bon.

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