HABIB COUTET
sou. I);ivi(l Folliguet, les deux frères Pierre el Mathieu I5alm.it, Pierre Carriez, Auguste Terre , Da- ^ î 1 1 Coutet, Joseph Folliguet, Jacques Coutet et Pierre Favrel : treize en tout, y compris les deux voyageurs.
Nous partîmes à huit heures du matin avec apparence de beau temps : arrives aux Grands-Mulets à trois heures de l'après-midi, nous nous y arrêtâmes, car nous savions qu'il ne nous restait pas assez de jour pour arriver au sommet du Mont-Blanc, et que plus haut nous ne trouverions aucun endroit fayorable à une halte de nuit. Nous nous assîmes en conséquence sur une espèce de plateau, où nous retrouvâmes encore les débris de la cabane qu'y avait fait bâtir M. de Saussure, et nous procédâmes au diner, en invitant les voyageurs à faire en un seul repas leurs provisions de vivres pour vingtquatre heures, attendu qu'au fureta mesure qu'ils monteraient, ils perdraient, non-seulement tout appétil . mais encore toute possibilité de manger. Après le diner, on parla des ascensions précédentes, des difficultés heureusement surmontées. Ces antécédents nous donnaient de l'espoir etdc la gaieté : le temps s'écoula vile, au milieu des récits de ceux de nous qui avaient déjà fait le voyage. Le soir vint, sans qu'il y eût eu un instant de doute , de crainte ou d'ennui : alors on se pressa les uns contre les autres, on étendit des couvertures sur de la paille, on dressa une tente avec des draps, et chacun passa une nuit tant bonne que mauvaise.
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Le lendemain, je me réveillai le premier , et, me levant aussitôt, je fis quelques pas hors de notre abri : un coup d'oeil me suffit pour voir que le temps était perdu pour tout le jour; je rentrai aussitôt en secouant la tète.» Qu'y a-t-il, Coutct?medit Devoissou.— Il ya,répondis-je, que le venta changé et qu'il vientdu midi.» En effet, le vent venait de ce côté, chassant devant lui la neige comme une poussière. A celte vue, nous nous regardâmes, et, d'un commun accord , nous résolûmes de ne pas aller plus loin. Cette résolution fut maintenue malgré les instances du docteur Hamel . qui voulait essayer de continuer le voyage : tout ce qu'il put obtenir de nous fut que nous attendrions au lendemain pour redescendre au village. La journée se passa triplement; la neige, qui ne tombait d'abord que sur la sommité du Mont-Blanc, descendait petit à petit vers l'endroit où nous étions, comme une amie qui croit devoir venir jusqu'à notre porte pour nous avertir du danger.
La nuit arriva. Les mêmes précautions furent prises, et nous la passâmes comme nous avions fait delà première. Le jour vint, il nous montra le temps aussi menaçant que la veille : nous nous réunîmes en conseil, et au bout de dix minutes de délibération nous résolûmes de retourner à Chamouny ; nous finies part de cette décision au docteur Hamel, qui s'y opposa formellement. Nous étions à ses ordres : notre temps et notre vie étaient à lui, puisqu'il les payait; nous n'insistâmes donc point; seu-
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lemenl . nous Lirâmes au sort pour savoir lesquels d'entre nous retourneraient à Cliamouny pour y chercher des vivres : le sort désigna Joseph Folliguet, Jacques Coulet et Pierre Favret, qui partirent immédiatement.
A huit heures du malin, le docteur Hamel. fatigué de l'opiniâtreté du temps, non-seulement ne se contenta plus de rester où nous étions, mais encore voulut continuer le voyage. Si l'un de nous avait eu celte idée, nous l'aurions pris pour un fou, et nous lui eussions lié les jambes afin qu'il ne pût faire un pas; mais le docteur était étranger, il ignorait les dangereux caprices de la montagne ; nous nous contentâmes donc de lui répondre que faire seulement deux lieues, malgré les avertissements que le ciel donnait à la terre, c'était délier la Providence et tenter Dieu. Le docteur Hamel frappa du pied, se retourna vers le colonel Anderson et murmura le mot lâches.
Dès lors il n'y avait plus à hésiter; chacun de nous fit silencieusement ses préparatifs de départ, et au hout de cinq minutes je demandai au docteur s'il était prêt à nous suivre : il lit signe de la tète que oui, car il gardait rancune ; nous partîmes doue sans attendre nos camarades qui étaient descendus au village.
Contre toute probabilité, le commencement de notre roule se fit sans accident : nous arrivâmes ainsi au petit plateau, et après avoir gravi le dôme du Goûter, nous redescendîmes vers le grand pla-