SUISSE
L'été de 180(> avait été très-orageux , des pluies continuelles avaient détrempé la montagne; mais cependant nous étions arrivés au 2 septembre sans que rien pût faire présager le danger qui nous menaçait. Vers les deux heures de l'après-midi, je dis à Louisa, l'ainée de mes filles, d'aller puiser de l'eau à la source; elle prit la cruche et partit ; niais, au bout d'un instant, elle revint, me disant que la source avait cesse de couler. Comme je n'avais que le jardin à traverser pour mesurer de ce phénomène, j'y allai moi-même, et je vis qu'effectivement
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la source était tarie; je voulus donner trois ou quatre coups de bêche dans la terre pour me rendre compte de cette disparition, lorsqu'il me sembla sentir le sol trembler sous mes pieds ; je lâchai ma bêche au moment où je venais de l'enfoncer dans la terre. Mais quel fut mon élonnement lorsque je la vis se mouvoir toute seule ! Au même instant, une nuée d'oiseaux prit son vol en poussant des cris aigus; je levai les yeux, et je vis des rochers se détacher et rouler le long de la montagne ; je crus que j'étais en proie à un vertige. Je me retournai pour revenir vers la maison. Derrière moi. un fossé s'était formé . dont je ne pouvais mesurer la profondeur. Je sautai par-dessus comme j'aurais fait dans un rêve, et je courus vers la maison ; il me semblait que la montagne glissait sur sa base et me poursuivait. Arrivé devant ma porte, je vis mon père qui venait de bourrer sa pipe ; il avait souvent prédit ce désastre. Je lui dis que la montagne chancelait comme un homme ivre, et allait tomber sur nous; il regarda de son côté.
— Bah! dit-il, clic me donnera bien le temps d'allumer ma pipe.
Et il l'entra dans la maison.
Dans ce moment, quelque chose passa en l'air, qui fit une ombre : je levai les yeux, c'était un rocher qui, lancé comme un boulet de canon , alla briser une maison située à (maire cents pas du village. Ma femme parut alors, tournant le coin de la rue, avec trois de nos enfants ; je courus à elle, j'en