L EMPEREUR ALEXANDRE
— Oui , oui , tu en es digne , et tu auras un régiment ou j'y perdrai mon nom... Lubenski, continua-t-il en sautant à bas du cheval, conduis Pulk à l'écurie ; et toi, viens, que j'aposlillc ta demande.
Je suivis le grand-duc, qui me ramena dans le salon, prit une plume et écrivit au bas de ma supplique :
« Je recommande bien bumblemcnt le soussigné à Sa Majesté Impériale, le croyant tout à fait digne d'obtenir la faveur qu'il sollicite. »
— Et maintenant, medit-il, prends cette demande et remets-la à l'empereur lui-même. Il y a bien la prison, si tu le laisses prendre à lui parler; mais, ma foi! qui ne risque rien n'a rien. Adieu, et si jamais lu passes à Varsovie, viens me voir.
Je m'inclinai , au comble de la joie de m'en être tiré aussi heureusement, et, remontant dans mon droscbki, je repris le chemin de Saint-Pétersbourg, porteur delà toute-puissante apostille.
L'EMPEREUR ALEXANÙHE.
11 ne s'agissait plus que de remettre à l'empereur Alexandre ma pétition ainsi aposlillée. C'était dans le parc de la résidence impériale de Tzarko-Zelo que j'étais venu poursuivre le czar, et que je m'étais promis de l'atteindre.
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Cependant j'avais déjà successivement visite la •■(lionne de Grégoire Orloff, la pyramide élevée au vainqueur de Tchesma, et la grotte du Pausîlippe. J'étais depuis quatre heures errant dans ce jardin qui renferme des lacs, des plaines et des forets. commençant à désespérer «le rencontrer celui que j'y étais venu chercher, lorsqu'en traversant une avenue, j'aperçus dans une contre-allée un officier en redingote d'uniforme qui me salua et continua son chemin. J'avais derrière moi un garçon jardinier qui ratissait une allée; je lui demandai quel était eet officier si poli.
— C'est l'empereur, me répondit-il
Aussitôt je m'élançai par une allée transversale qui devait couper diagonalemcnt le sentier où se promenait l'empereur, et en effet, à peine eus-jc fait quatre-vingts pas, que je le vis de nouveau ; mais aussi en l'apercevant je n'eus pas la force de faire un pas de plus.
L'empereur s'arrêta un instant ; puis, voyant que le respect m'empêchait d'aller à lui , il continua son chemin vers moi : j'étais rangé sur le revers de l'allée et l'empereur tenait le milieu; je l'attendis le chapeau à la main, et tandis qu'il s'avançait en huilant légèrement, car une hlessurc qu'il s'était (aile à la jambe, dans un de ses voyages sur les rives du Don, venait de se rouvrir, je pus remarquer le changement extrême qui s'était fait en lui depuis (pie je l'avais vu à Paris il y avait neuf ans. Son visage, autrefois si ouvert et si joyeux, était