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La seconde fête, qui était celle de la bénédiction des eaux , empruntait encore celte année une nouvelle solennité au désastre terrible qu'avait amené
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avec elle L'inondation récente de la Neva. Aussi . depuis quinie jours à peu près, les préparatifs de la cérémonie se faisaient-ils avec une pompe et une activité visiblement mêlées de eetlc crainte religieuse entièrement inconnue à nous autres peuples sans croyance. Ces préparatifs consistaient dans l'érection sur la Neva d'un grand pavillon de forme circulaire percé de huit ouvertures, décoré de quatre grands tableaux el couronné d'une croix ; on s'y rendait par une jetée établie en l'ace de l'Ermitage, et au milieu du plancher de glace de l'édifice, on devait percer, le matin même de la fète, une grande ouverture pour que le prêtre pût arriver jusqu'à l'eau, ou plutôt pour que l'eau pût remonter jusqu'au prêtre.
Le jour qui devait apaiser la colère du fleuve arriva enfin. Malgré le froid, qui était d'une vingtaine de degrés, dès neuf heures du matin, les quais étaient garnis de spectateurs ; quant au fleuve, il disparaissait entièrement sous la multitude des curieux. J'avoue que je n'osai prendre place parmi eux, tremblant que, quelle que fût sa force et son épaisseur, la glace ne se brisât sous un pareil poids. Je me glissai donc comme je pus, et après trois quarts d'heure de travail, pendant lesquels on me prévint deux fois que mon nez gelait, j'arrivai jusqu'au parapet de granit qui garnit le quai. Un vaste espace circulaire était réservé autour du pavillon.
A onze heures cl demie , l'impératrice et les
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grandes-duchesses , en prenant place sur un des balcons vitrés du palais, annoncèrent à la foule que le Te Deum était fini. En effet, on vit déboucher du CIiamp-de-Mars toute la garde impériale, e'est-àdirc quarante mille hommes à peu près qui vinrent au son de la musique militaire se ranger en bataille sur le fleuve, s'étendant sur une triple ligne depuis l'ambassade française jusque la forteresse. Au même instant la porte du palais s'ouvrit, les bannières, les saintes images et les chantres de la chapelle parurent, précédant le clergé conduit par le pontife : puis vinrent les pages et les drapeaux des divers régiments de la garde portés par les sous-officiers : puis enfin l'empereur ayant à sa droite le grandduc Nicolas, et à sa gauche le grand-duc Michel, et suivi des grands officiers de la couronne, des aide-, de camp et des généraux.
Dès que l'empereur fut arrivé à la porte du pavillon, presque entièrement rempli par le clergé et les porte drapeau, le métropolitain donna le signal, et à l'instant même les chants sacrés, entonnés par plus de cent voix d'hommes et d'enfants, sans aucun accompagnement instrumental . retentirent avec une telle harmonie, que je ne me rappelle pas avoir jamais entendu d'aussi merveilleux accents. Pendant tout le temps que dura la prière, c'est-àdire pendant vingt minutes à peu près, l'empereur, sans fourrures, avec l'uniforme seulement, demeura debout, immobile et la tète nue, bravant un climat plus puissant que tous les empereurs du monde, et
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courant un danger plus réel que s'il se fût trouvé en face de cent bouches à feu sur le devant d'une ligne <lc bataille. Cette imprudence religieuse était d'autant plus effrayante pour les spectateurs enveloppés de leurs manteaux et la tête rnyw crie de leurs bonnets fourrés, que, quoique jeune encore, l'empereur était presque chauve.
Aussitôt ce second Te De u m achevé, le métropolitain prit une croix d'argent des mains d'un enfant de chœur, et au milieu de tonte la foule agenouillée. bénit à haute voix le fleuve, en plongeant la croix par l'ouverture faite à la glace et qui permettait, à l'eau de monter jusqu'à lui. II prit ensuite un vase qu'il remplit de cette eau bénite et qu'il présentai l'empereur. Après cette cérémonie vint le tour des drapeaux.
Au moment où les étendards s'inclinaient à leur tour pour recevoir la bénédiction, une fusée partit du pavillon et jeta dans les airs sa blanche fumée. Au même instant une détonation terrible se fit entendre ; c'était toute l'artillerie delà forteresse qui, avec sa voix de bronze, chantait à son tour le Te Deum.
Les salves se renouvelèrent trois fois pendant la bénédiction. A la troisième, l'empereur se couvrit et reprit le chemin du palais.
A peine se fut-il éloigné . que le peuple, à son tour, se précipita dans le pavillon : les uns trempant leurs mains dans l'ouverture et faisant le signe de la croix avec l'eau nouvellement bénite, les autres
en emportant de pleins vases, et quelques-uns même y plongeant leurs enfants tout entiers, convaincus que ce jour-là le contact du fleuve n'a rien de dangereux.
Les premiers jours où Saint-Pétersbourg eut revêtu sa blanche robe d'hiver furent pour moi des jours de curieux spectacle, car tout était nouveau. Je ne pouvais surtout me lasser d'aller en traîneau, car il y a une volupté extrême à se sentir entraîné sur un terrain poli comme une glace, par des chevaux qu'excite la vivacité de l'air, et qui, sentant à peine le poids de leur charge, semblent voler plutôt que courir. Ces premiers jours furent d'autant plus agréables pour moi. que l'hiver, avec une coquetterie inaccoutumée, ne se montra que petit à petit, de sorte que j'arrivai , grâce à mes pelisses et à mes fourrures, jusqu'à vingt degrés, presque sans m'en cire aperçu ; à douze degrés, la Neva avait commencé de prendre.
J'avais tant fait courir mes malheureux chevaux, que mon cocher me déclara un matin que, si je ne leur laissais pas quarante-huit heures au