UNE DILIGENCE
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J'arrivai dans la cour des messageries juste au moment où l'on incitait les chevaux à la voiture qui allait partir pour Aix-la-Chapelle. Je courus au bureau , et pris un billet; j'allais le mettre dans ma poche sans le lire , mais un de mes voisins m'invita à jeter les yeux sur ce bulletin.
Pour la plus grande commodité des voyageurs, il était rédigé moitié en allemand, moitié en français; j'y vis que j'avais la quatrième place, et qu'il m'était défendu de changer de place avec mon
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voisin, même «le son consentement. Cette discipline toute militaire m'apprit que nous allions entrer dans les possessions de S. M. Frédéric-Guillaume.
Comme j'avais un coin, la tyrannie de Sa Majesté le roi de Prusse ne me parut point par trop insupportable, et je dois même avouer que je m'endormis d'un sommeil aussi profond que si j'avais parcouru le pays le plus libre de la terre ; mais vers les trois heures du matin, c'est-à-dire au point du jour, je fus réveillé par l'immobilité même de la voiture.
Je crus d'abord à un accident quelconque : que nous étions accrochés ou embourbés, et je passai la tête par la portière. Je me trompais, aucun accident n'était arrivé et nous étions seuls sur la plus belle route du monde.
Je tirai mon billet de ma poche, je le relus d'un bout à l'autre , et m'étant assuré qu'il ne m'était pas défendu de parler à mon voisin, je lui demandai s'il y avait longtemps déjà que nous fussions stationnaires.
— 11 y a vingt minutes à peu près, me dit-il.
— Et, sans indiscrétion, continuai-je , puis-jc vous demander ce que nous faisons là?
— Nous attendons.
— Ah! nous attendons. Et qu'atlendons-nous?
— Nous attendons l'heure.
— Quelle heure?
— L'heure à laquelle nous avons le droit d'arriver.