DES MESSAGERIES PRUSSIENNES
— Il y a donc une heure fixée?
— Tout est fixé en Prusse.
— Et, si nous arrivions avant celte heure?. ..
— Le conducteur serait puni.
— Et si après ?
— Il serait puni tout de même.
— Tiens, c'est assez hien vu cela.
— Tout est hien vu en Prusse.
Je m'inclinai en signe d'assentiment ; pour rien au monde je n'aurais voulu contrarier un monsieur qui me paraissait avoir une si grande conviction politique , et qui d'ailleurs répondait si complaisamment et si succinctement à mes questions. Mon approbation parut lui faire plaisir, cela m'encouragea et je continuai.
— Pardon, monsieur, mais quelle est cette heure à laquelle le conducteur doit arriver à Aix-la-Chapelle?
— Quatre heures trente-cinq minutes du malin. ■ — Mais si sa montre retarde?
— Les montres ne retardent jamais en Prusse.
— Expliquez-moi donc un peu cela , vous me ferez plaisir.
— C'est bien facile.
— Voyons?
— Le conducteur a sous clef, en face de sa place, dans son cabriolet, une horloge réglée sur celle des messageries. Il sait qu'à telle heure il doit être dans tel village, à telle heure dans tel autre, et il presse et ralentit les postillons de manière à entrer dans
402 i m: DILIGENCE
la cour des messageries a quatre beures Irente-cinq minutes.
— Je suis désolé d'insister comme je le fais, monsieur, mais vous y mettez une telle complaisance...
— Comment donc, monsieur?
— Mais avec toutes ces précautions-là, d'où vienl que nous sommes forcés d'attendre?
— C'est que le conducteur aura fait comme vous, ii aura dormi, et le postillon aura profité de cela pour aller plus ■\ ite.
— Tiens! alors je vais profiter de lastation pour descendre un peu de voiture.
— On u i descend pas de voiture en Prus .
— Ali ! ah ! c'est forl commode, savez-vous? et moi qui avais envie de voir quel étail ce château, là de votre côté?
— C'est le château d'Emmaburg.
— Qu'est-ce que le château d'Emmaburg?
— Celui où est arrivée l'aventure nocturne d'Eginhard et d'Emma.
— Ah! vraiment. Ayez donc la bonté di' changer de place avec moi que je le regarde au moins par la portière.
— Ce serait avec le plus grand plaisir, monsieur, mais on ne change pas de place en Prusse.
— Oh! peste! c'est juste. Et moi qui l'avais ou-
hlié. Pardon, monsieur, je n'ai rien dit.
— Ces Pranzds, il cire tré-pavards, dit sans ouvrir les yeux un gros Allemand, qui tenait grave-