SOUVENIRS I) ANVERS
premier ordre, ils écrasent tout ce qui les entoure et se grandissent eo abaissant.
Cependant, en sortant par la porte latérale, il faut jeter un coup d'oeil sur un puits dont les ornement battus au marteau sont vierges de la lime; c'est l'ouvrage de Quentin Metsys qui, obéissant aui ordres ou plutôt au défi de son beau-père, de Forgeron se lit peintre pour obtenir la femme qu'il aimait : ici on admire l'ouvrier : au musée on jugera l'artiste. En effet, y\\\ des premiers tableaux à volets que l'on trouve en entrant, est de lui : il représente au fond l'inhumation du Christ; sur le volet de droite, la tète de saint Jean-Baptiste, servie à la table d'Hérode; et sur le volet de gauche, saint Jean dans l'huile bouillante. Ce fut devant ce tableau que Metsys reçut de son bizarre beau-père la main de sa fiancée.
Après la cathédrale, l'église la plus remarquable, non point pour son architecture, mais pour les tableaux qu'elle renferme, est Saint-Jacques. D'ailleurs, dans une de ses chapelles est le tombeau de Rubens, simple pierre sépulcrale, sur laquelle on lit une trop longue épitaphe.
On appelle cette chapelle la chapelle de Rubens; et en clfct. elle csl si bien à lui. que son souvenir a détrôné celui de Dieu, du saint et de la Vierge, auxquels ce lieu est consacré. Tout, jusqu'au tableau qui surmonte l'autel, y constate ce triomphe du génie sur la religion. Ceux qui viennent s'agenouiller dans cette chapelle, lorsqu'ils baissent les
yeux vers la terre, lisent rarement autre chose que l'inscription de la tombe; et lorsqu'ils les relèvent vers le tableau, cherchent moins encore, dans cette composition, à se rendre compte du sujet, qui est cependant la sainte Famille, qu'à retrouver parmi les personnages ceux auxquels le peintre a donné sa ressemblance et celle de ses parents. En effet, le grand-père de Rubens est là sous la figure du Temps, son père sous les traits de saint Jérôme, ses deux femmes sous l'image de Marthe et de Madeleine; enfin . le peintre lui-même s'y est représenté en saint (ieorge, et aux épaules de son fils, qui complète la réunion patriarcale dans ses quatre générations, il a attaché les ailes d'un ange. Il en résulte que pour regarder ce tableau et cette tombe, on oublie tout, jusqu'à la belle Vierge de Duquesnoy qui surmonte l'autel ; tout, jusqu'au Sauveur en croix de Van Dyck, qu'il ne faut cependant pas oublier.
Au reste, c'est au musée d'Anvers que l'on peut seulement apprécier à fond le génie de Rubens. Il n'est pas permis de juger ce prince des peintres, quand on n'a pas vu le Sauveur crucifié entre les larrons; la Communion de saint François d'Assises, dont le seul défaut est de rappeler un peu celle de saint Jérôme ; l'Adoration des Mages, page colossale écrite en treize jours, dans laquelle l'auteur a forcé d'entrer des chameaux, des chevaux, vingt figures et une foule d'accessoires, où il semble que les personnages soient nés de la parole d'un dieu, et où
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l'on \oil un manteau d'une seule teinte que l'on croirait fait d'un seul coup de pinceau; le Christ à la paille, où l'imitation du cadavre a été poussée au point d'inspirer la répugnance, la douleur de la Vierge portée jusqu'au sublime, l'affranchisscmenl des règles jusqu'au mépris, et qui vous surprend par son ensemble terrible et douloureux, comme pourrait le faire une effrayante réalité; enfin, le Sauveur en croix, où toute cette fougue de couleur et d'imagination vient se fondre dans la finesse mélancolique de Van Dyck.
On s'étonne comment le même homme a pu suffire à celte existence de production immense, intarissable : confréries , églises , musées, palais, couvents s'adressent à Rubens. Rubens a temps et force pour tous; c'est là que son génie ardent et capricieux se déploie à l'aise; ses toiles se couvrent par magie; il a la puissance d'un dieu.
Les rois ne lui ordonnent plus , ils le prient. Sur l'invitation de la mère de Louis XIII, il se rend à Paris, reçoit les instructions de la reine, revient à Anvers, et sans hésitation, sans retard, sans interruption . commence cette suite merveilleuse de tableaux qui comprennent toute la vie de Marie de Médicis. et qui sont les vingt-quatre chants de son histoire. Dès lors il ne sait plus à quel roi répondre, ni à quel pays faire face : c'est l'Angleterre qui le réclame, c'est l'Espagne qui l'appelle, c'est l'Italie qui l'attend. Il n'y a pas moyen de le séduire avec de l'or, il gagne deux cents florins par jour. On lui
offre des missions, des ambassades; il accepte, traverse les royaumes, et, à chaque relais de poste, laisse un tableau; puis enfin revient encore à Anvers, sa seule , sa vraie patrie, épouse Hélcna Forman , décore la chapelle où il doit être enterré , et meurt plein de jours et de gloire, ayant assisté vivant à son apothéose.
A Van Dyck maintenant ; après le maître, l'élève. Nous avons vu comment il s'est révélé dans l'atelier de Rubens.
Ces deux hommes se séparent. L'élève donne au maître un Ecce homo, un portrait iV/Iéléna Forman et une scène du Christ dans le jardin des Oliviers, dans laquelle il s'est peint lui-même sous les traits du Christ. En échange le maître donne à l'élève un cheval arabe magnifique, don du roi d'Espagne, et Van Dyck part comme est parti Rubens vingt-cinq ans auparavant, plein comme lui d'espoir et d'avenir.
Le jeune peintre avide d'aventures ne va pas loin sans trouver ce qu'il cherche. Il s'arrête à Saventhem, près de Rruxellcs, déjà amoureux d'une paysanne; sur sa demande et pour lui plaire, il peint deux tableaux pour l'église de son village.