SOUVENIRS D'ANVERS
Daas le premier, qui représente saint Martin partageant son manteau avec un pauvre, il se peint luimême monté sur le cheval blanc que lui ■ donné Rubens; dans le second, qui représente la sainte Famille, il place le portraitdesa maîtresse, de son père et de sa mère. Enfin, il part pour cette Italie éternelle, maîtresse de tout ce qui a quelque poésie au cœur ; là. il prend corps à corps le Titien et Paul Véronèse, égale l'un pour le modelé îles chairs et l'autre pour la fermeté de la couleur; puis il va à Gênes, où il laisse des traces brillantes de son séjour ; à Rome, qu'il console un instant de son veuvage ; en Sicile, où il crée en passant deux élèves . qui seront les deux seuls grands artistes que posséderont jamais Messine et Païenne; enfin il revient à Anvers, où il peint pour l'église collégiale un Christ entre deux larrons, que les chanoines refusent en traitant le peintre de barbouilleur. Rienbeureux chanoines qui marchaient dans la voie du ciel !
D'Anvers, il passe en Angleterre, où l'appelle Cbarles I"; c'est là qu'il fait ce magnifique portrait que les Anglais offrent à notre musée de couvrir d'or : le roi l'accueille comme une puissance, lui donne une pension considérable, et le décore de l'ordre du Bain. C'est l'heure brillante de la \\r <!<■ Van Dyck. Le peintre a un train de maison, une table et des équipages qui font envie au prince royal. Alors Van Dyck, qui n'a plus rien à désirer dans la réalité, aspire à l'impossible; il rêve la so-
lution du grand œuvre, bâtit un caveau, achète des creusets, se fait alchimiste; l'or qui ruisselle de son atelier dans son laboratoire lui sert à chercher un moyen de faire de l'or. Le roi, qui lui voit perdre sa fortune et sa santé en expériences insensées, lui fait épouser la fdle de lord Rulhven, descendante de celui-là même qui , sous les yeux de Marie Stuart, a cent ans auparavant tué le musicien Rizzio; puis lorsqu'il l'a fait possesseur d'une des plus belles, des plus nobles et des plus riches héritières de la Grande-Bretagne, il lui ordonne de conduire sa femme sur le continent. Mais il a attendu trop tard; au bout de six mois Van Dyck revient en Angleterre, les sources de la vie sont atteintes, les soins les plus habiles et les plus assidus ne peuvent le sauver. Il meurt à quarante-deux ans et on l'enterre dans l'église Saint-Paul.
Voilà l'existence de ces hommes resplendissants d'honneurs, ardents de génie. Vivants, ils passent comme des météores à travers le monde qu'ils éclairent. Morts, ils ont une chapelle pour sépulcre , et une cathédrale pour mausolée.