‹ Fragments et correspondanceChapitre 12 sur 47 · NOTICE SUR FEU M. .I.-L. LARAUZA · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FEU M. .I.-L. LARAUZA

diiire en tous ses mouvements, il ne fallait que l'observer de plus près pour reconnaître quelle tâche le plus heureux naturel laisse encore à remplir à la vertu. Doué d'une imagination habituellement riante et heureuse, mais vive et passionnée, il renfermait dans le secret de sa vie intérieure cette gravité, celte noble tris- ■ tasse du chrétien résigné chaque jour à quelque nouveau sacrifice, soit pour l'accomplissement des plus austères devoirs, soit pour l'expiation des fautes les plus légères. Ce qu'était sa bonté de cœur, son plaisir à obliger, et le zèle infatigable qu'il y apportait, c'est ce que nous ne saurions exprimer. Si cette qualité n'était pas encore l.i plus ('minente partie de son caractère, elle en fut du moins la plus aimable, et celle qui mêlera le plus d'amertume aux regrets de ses amis.

Tel était M. Larauza dès le commencement de sa jeunesse : il passa, dans la même constance et la même pureté, tout cet âge d'épreuves, amassant d'une année à l'autre le fruit de ses œuvres, je veux dire la force et l'habitude de bien faire, par un progrès qui seul peut expliquer, chez quelques hommes rares, un certain degré de perfection morale. Aussi sa carrière d'homme de bien et de chrétien a-t-elle paru amplement fournie à ceux-là même qui ont le plus à se plaindre du coup qui l'a si prématurément interrompue.

La première mission qu'il reçut de l'Univt'rsité à sa sortie de l'Ecole normale, fut celle de professeur agrégé pour les hautes classes au collège de Montpellier. Un an après, il alla occuper la chaire de rhétorique au collège d'Alençon. Bientôt, en 1816, l'École normale reçut une nouvelle organisation par les soins de l'honorable M. Royer-Collard, alors à la tête de l'Université. Le nombre des maîtres de conférences y i'ut augmenté en raison du cours d'étude plus long et plus étendu que l'on adopta. Plusieurs jeunes professeurs sortis de cette école furent appelés à en conduire les travaux, et M. Larauza fut de ce nombre. Un cours de grammaire générale et la lecture des auteurs latins firent l'objet des conférences qu'il eut à diriger.

Cette école, sous la conduite d'un chef habile et respecté', poursuivait ses paisibles travaux, lorsque au mois de septembre 182:î,

1. M. Gupnean de Mnssy, aujourd'hui médecin ordinaire fin Roi.

elle fut dissoute par une ordonnance rendue sur le rapport de M. le Ministre de Tintérieur, sans avoir été soumise ni au Conseil des ministres, ni à celui de l'Université. A cette époque, M. Larauza profitait des vacances pour voyager en Italie. Sa santé, trèsaffaiblie depuis plusieurs années, se trouvait mieux de ce genre d'exercice que des travaux du cabinet, quoiqu'il voyageât à pied et avec une économie qui l'exposait souvent à soufl'rir. D'ailleurs, l'enthousiasme qui Tavait déjà porté, deux ans auparavant, à braver les précipices et les glaciers de la Suisse dans les courses les plus périlleuses, ne cessait de le soutenir sous le ciel brûlant de l'Italie. Les souvenirs des auteurs anciens, et surtout de Virgile, dont sa mémoire était remplie, le suivaient partout : d'autant plus digne et capable de goûter les beautés de la nature et des arts que toute Tindépendance de cette vie errante ne put jamais altérer la chaste intégrité de ses mœurs, ni même interrompre la rigueur de ses pratiques pieuses.

Il revint consterné du coup qui renversait le précieux établissement auquel il avait espéré consacrer encore de longs services ; bien moins inquiet sur son propre avenir que sur celui de ses amis et des élèves auxquels il savait inspirer tant d'affection et de confiance.

Une continuation temporaire de traitement, accordée aux fonctionnaires de rKcolo normale, lui permit d'aller compléter son vovage en Italie, et, en repassant les Alpes pour la tioisième et la quatrième fois, il parvint à y fixer son opinion d'une manière définitive sur le problème qui fait l'objet de cet ouvrage. Son admiration pour Annibal, puisée dans la lecture de Polybe et de Tite- Live, l'avait seule engagé dans cette recherche où il n'apportait, foiume il le dit lui-même, qu'une curiosité sincère et scrupuleuse, et non le désir plus frivole d'avoir sa réponse à soi sur une question (pie les travaux d(! MM. Wliilid^cr et Deluc venaient de remettre à Tordre du jour dans le monde savant. A son retour à Paris, il composa ce Mi-iuoire, auquel la plénitude d(» sa conviction et de ses preuves lui lit donner plus d^'leiidue (pfil ne se l'élail iiroposé d'abord. L'Académie des inscriptions et belles-lettres, à laquelle il désirait le soumettre, l'avait autorisé à en lire des extraits à ses séances. L'absence du plus célèbre de ses adversaires, M. Lelronne, dont il combat le système sur cette question, lui

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avait lait un devoir de difterer ses lectures jusqu'au lelour de ce savant. Mais il ne lui était pas réseivé de recueillir par lui-même les suffrages que cette illustre com})agnie devait accorder à son travail, qui lui fut présenté par M. Raoul Rnchette après la mort de l'auteur.

Sa dernière année s'écoula péniblement dans une situation que sa santé souffrante rendait plus fâcheuse. Il se trouva réduit à un emploi extrêmement modique di^ sous-bibliothécaire à Tlniversité. Il poussait le désintéressement jusqu'à une injustice envers lui-même désespérante pour ses amis et pour ceux qu'il obligeait. Lui, qui souvent avait sollicité avec un zèle actif et même habile, la justice ou l'intérêt de l'autorité en faveur d'autrui, il ne pouvait consentir à la moindre démarche quand il s'agissait de luimême. Lorsque la Faculté des h^ttres de Paris eut à donner un successeui' au res})ectable M. Delaplace, professeur d^Moquence latine, M. Larauza hit l'un des deux candidats présentés pour cette chaire : mais, se tenant satisfait de cet honneur qu'on l'avait en quelque sorte forcé à demander, il s'était empressé de reconnaître à ses concurrents des titres supérieurs aux siens pour obtenir la nomination'.

Cependant cette douce gaieté d'une Time sans reproche qui avait fait le charme de ses jours plus heureux, altérée par des privations et des austérités continuelles, ne brillait plus que par intervalle. Comme s'il eût pressenti l'heure terrible qui devait arriver si tôt pour lui, il se livrait avec un redoublement de zèle à la lecture des livres saints, qu'il n'avait jamais peut-être abandonnée un seul jour. Ses souvenirs les plus chers des beautés de l'Italie ne s'offraient à lui qu'avec une teinte mélancolique : s<^s entretiens, toujours empreints de la bonté de son cœur, devenaient plus graves, et acquéraient une sorte d'autorité morale que la maturité de son caractère lui donnait le droit de faire valoir, soit auprès de ses égaux, soit auprès des jeunes gens recom-

Xote des éditeurs. — L'auteur, si empressé de mettre en lumière ce désinti':rcss-'ment de son ami, n'a pas manqué d'ollVir, pour son compte, à ses contemporains, le spectacle d'une pareille vertu : Vers la fin du règne de Louis-Philippe, averti par le ministre qu'il allait être promu au grade d'inspecteur général de l'Université, il répondit qu'il n'accepterait qu'après la nomination à ce poste de M. \"', Yun de ses concurrents, qu'il considérait comme ayant plus de titres que lui. Ce ([ui eut lieu, en effet.

mandés à ses conseils. Devenu plus solitaire de jour en jour, il opposait aux chagrins du monde la prière et l'étude. Son ardeur pour le travail, qu'il ne savait pas modérer, aurait bientôt fait succéder au présent ouvrage, des recherches importantes pour lesquelles il avait déjà recueilli de nombreux matériaux, soit sur les questions de la théorie du langage qui se rattachent aux problèmes les plus élevés de la philosophie, soit sur quelques monuments de l'art antique, et en particulier sur la musique des anciens. La musique, qu'il avait étudiée avec passion et avec les plus rapides succès, quoiqu'il reût commencée très-tard, était l'unique distraction qui interrompît dans sa retraite ses longues heures de travail ou de souffrance. Déjà, }»ar des compositions pleines de vigueur et de charme, il avait étonné des maîtres et des connaisseurs habiles qui étaient loin de lui soupçonner ce genre de talent. En général, cette modestie extrême, dont il avait comme enveloppé sa jeunesse, avait tiop comprimé en lui ces élans de verve, cet essor, qui attirent les regards, que tant de gens stimulent en eux-mêmes au-delà de leur portée réelle, et qui font remarquer le talent quand ils ne le constituent pas tout entier. Pour lui, s'il se fût enfin déterminé à produire le fruit de ses travaux sur des matières de haute critique et de philosophie, il n'eût Rillu que l'engager à se manifester sans réserve, et à se livrer avec confiance à toutes ses inspirations : on eut connu alors ce que cette âme si rare renfermait de chaleur et de poésie, ainsi que de lumière et de raison.

Tous nos regrets sont inutiles : il avait assez vécu dans ce monde, du moins pour lui, en ayant connu les jouissances les plus élevées ainsi que les misères, mais surtout en ayant acquitté la dette par les vertus les plus accomi)lies. Une malndie intlammatoire le surprit et fit bientôt des progrès effrayants. A son dernier jour, au milieu du délire de la fièvre, il rêvait le danger d'un ami, comme par un dernier trait de cet oubli généreux de soimême qui avait caractérisé sa vie tout entière. A la suite d'une terrible agonir, proportionnée à la force de son tempérament et à la puissance du mal qui Tenlevait ainsi au milieu de ses années, M. Larauza rendit le dernier soupir le ±) septembre 18:2."). Le surlendemain, le dernier adieu l'ut adressé, jirès de sa loinhe, a cet homme à jamais regrettable, au nom de ses amis et de ses

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collègues, par M. le professeur Victor Cousin. Cette voix éloquente n'eut pas à exagérer la louange pour satisfaire à la douleur commune ; et c'est aussi la conscience de n'avoir dit que la simple vérité, qui seule nous conseille de publier ce faible hommage à une mémoire si chère.

ANECDdTES LITTERAIHES

SLR PIERRi: CORNEILLE

or

EXAMEN DE QUELnLES PLAGIATS

QUI LUI SONT GENEIIAUEMENT IMPUTÉS PAR SES DIVERS COMMENTATEURS FRANÇAIS EN PARTICULIER PAR VOLTAIRE '

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