‹ Fragments et correspondanceChapitre 18 sur 47 · ARTICLES BIOGRAPHIQUES (A.-M.-M. RENDU · texte numérisé non relu

ARTICLES BIOGRAPHIQUES (A.-M.-M. RENDU

courts intervalles un Premier supplément, puis un Second supplément, ou Système de V Université de France, 1817. Cette résistance énerijiquc, modérée et si opportune, valut à l'auteur la reconnaissance de tout le corps enseiL>nant, donna Texemple à d'autres apoloiïies, dont l'une par M. Guizot, et Fontanes de sa retraite écrivait à son ami : « .le vous ai lu, et, qiloique vous ayez » raison, je vous prédis qu'on adoptera vos conclusions. Votre » zèle est infatigable. Justam ac tenacem propositi virum, etc.

» Vous êtes cet homme-là Je me félicite tous les jours d'avoir

» deviné, il y a près de vingt années, votre mérite naissant, » etc. Dans les mêmes circonstances, il avait fallu venir en aide à un besoin vital du même corps, soutenu financièrement par un impôt onéreux et gênant, mais dont la spécialité était alors l'excuse plausil)le, en attendant que les progrès de la fortune publique et de la liberté permissent de le supprimer. Ce fut la matière d'un autre mémoire, intitulé Observations sur la rétribution universitaire. En 1849, les vues générales de l'auteur, son expérience acquise et son zèle évangélique pour l'éducation du peuple donnèrent naissance à un Essai en trois volumes sur l'instruction publique et particulièrement sur Vinstruction primaire. Bientôt il était appelé au sein de la commission d'instruction publique, à laquelle fut presque en même temps conféré ou restitué le titre de conseil de l'Université (1820). Dans cette organisation enfin raffermie, le nouveau conseiller fut investi des fonctions du ministère public pour toutes les affaires appartenant à la juridiction du conseil, fonctions qu'il remplit pendant trente ans avec les plus honorables scrupules d'impartialité, de respect pour la défense des accusés, même les plus humbles : on y pouvait apercevoir encore un fonds de bonté paternelle, qui ne cédait qu'à l'exigence du devoir rigoureux et de l'intérêt public. Des opuscules et des livres étendus sur les lois et les règlements universitaires furent le résultat des études que cette magistratui'e lui

imposait Mais le département de l'instruction publique offrit

surtout au vertueux administrateur un champ de travail que nul autre courage ne pouvait lui disputer, travail éminemment bienfaisant, dont le souvenir doit être conservé. Il faut se rappeler à quel point la France était dépourvue d'écoles depuis la Révolution, et mesurer tout le progrès qu'elle a accompli sous ce rap-

port, surtout depuis l'importante loi du '28 juin 18."J."]. Dès les premiers pas dans cette carrière, Ilendu s'était attaclu'' aux idées les plus fécondes, d'accord avec celles de Cuvier et de Gcrando. Il avait l'édiiié les dispositions qui instituaient des comités de canton et d'arrondissement, associations bénévoles dont le zèle inégal avait souvent besoin d'être stimulé Enfin s'ouvrit l'époque d'un long et grave conflit, durant le cours de dix années, jusqu'en 1850, lorsque le privilège de l'institution universitaire lut remis en question devant nos assemblées, et qu'il fallut trouver une transaction entre le droit commun de la liberté, les prétentions justes ou exagérées du clergé et les garanties nécessaires à l'Etat, Le mouvement passionné de ce débat tenait surtout à l'ardeur de l'esprit ecclésiastique et aux méfiances de l'esprit contraire trop souvent confondues avec l'intérêt de la cause libérale. Au milieu de cette querelle se maintinrent constants à lui-même le caractère et le jugement d'Ambroise Rendu, soit comme fervent catholi([ut', soit comme serviteur dévoué de l'Université. Se reportant sans cesse aux espérances conçues par lui dès l'origine, il n'admettait point entre elle et le clergé raisonnable d'antagonisme contraire à une action commune. La candeur de sa foi et l'activité même de son zèle le détournaient de trop soupçonner les tendances du siècle. Les liommes religieux, les prélats éminents dont il était l'ami faisaient volontiers en sa personne exception à leurs griefs contre le corps universitaire. Ses appels à l'union, ses instances conciliatrices devaient être en effet agréés par beaucoup d'adversaires modérés et pacifiques. Ce fut dans cette pensée qu'il donna en 18'r2 un livre intitulé : De V instruction secondaire et spécialement des écoles secondaires ecclésiastiques. Ses idées de concurrence et de concorde attendirent pour être réalisées trop longtemps sans doute, jusqu'au delà du régime de la cliarle cnnstilntionnellt'. Ainsi la lutte des opinions, au sem de la liberté, déroge (luelqurfois à l'autorité des principes. Le second ministère de M. de Salvandy s'iionora par l'augmentation du Iraitement des instilulcurs, (pii lut reconnue indispensable et consacrée par la loi de finances. La sollicitude de Ilendu eut une grande part à l'initiative de ce projet; ses propositions préparatoires furent acceptées dans la rédaction. Vers ce temps son désir de séculariser le plus possible l'esprit religieux, ce qui

ARTIC1.es niOGUAPHlOUES (.1.-11. VOSS). 1^29

était pour lui comme rexlension de sa manière d'entendre l'univcrsité, lui fit instituer par association privée une réunion laïque d'hommes, jeunes pour la plupart, s'exerçant dans dos conférences sur des sujets d'étude en rapport avec les. sentiments chrétiens. Cette réunion, dite le Cercle catholique, à laquelle prenaient part beaucoup de sérieux esprits, entre autres le regrettable professeur Ozanani, dura neuf années, jusqu'en 18.")0. A ce terme s'arrêta la vie publique d'Ambroise Rendu

YOSS (Jean-Henri), poète et critique allemand, né le 20 février 4751, à Sommersdorf, près de-AVahren, fut élevé à Penzlin, petite ville du Mecklembouru'. Encore enfant, il joignit à l'élude du latin, qu'un bon maître était chargé de lui apprendre, celle du grec et de l'hébreu, qu'il entreprit seul et sans secours. On l'envoya, à l'âge de quinze ans, continuer ses études à l'école de Xeu-Brandenbourg. ].à, il lui fallut pourvoir par lui-même à ses besoins; car son père, qui avait d'abord eu quelque aisance comme fermier et ensuite comme receveur d'une redevance féodale, se trouva dans une situation gênée à l'issue de la guerre de Sept ans ; il finit même par tomber dans la misère, et, réduit à tenir une école d'enfants, il dut principalement son existence aux secours de son fils. Le jeune Voss soutint avec courage toute la rigueur de sa nouvelle condition, et il n'est pas le seul homme célèbre qui soit sorti de cette classe intéressante et laborieuse des pauvres étudiants de l'Allemagne Quelques essais de versification prosodique selon le rhythme des anciens, qu'il avait tentés, dès son plus jeune âge, dans sa langue maternelle, avaient été traités par ses maîtres de prétention extravagante, à la manière de Klopstock, dont le Messie venait de paraître. Cette circonstance n'avait fait qu'inspirer à Voss un plus vif désir de se procurer la lecture de ce grand poëte. Aux œuvres de Klopstock, la jeune société hellénique ayant joint celles de Ramier, de Ilagedorn, d'Uz, de Haller, il conçut un sentiment plus élevé du génie de l'antiquité, et, par dilïérentes compositions lyriques, il s'exerça à le faire

passer dans sa langue Le célèbre Heyne expliquait alors Homère

et Pindare et dirigeait un établissement normal, dit séminaire philologique, destiné à fournir des maîtres pour les écoles publiques du Hanovre. Il y admit le jeune Voss, qui ne songea point

assf'z à plaire à son supérieur. Dans des exercices où l'on discutait des difficultés d'intei'prétation et de critique sur Pindare, il osa peut-être manifester cette rudesse de contradiction qui lui attira depuis de nombreux reproches. Quoiqu'il en soit, cette époque fut le commencement d'une inimitié déplorable entre deux hommes faits pour s'estimer, inimitif'; qu'ils ont l'un et l'autre laissée trop fréquemment éclater dans leurs écrits et qui ne cessa qu'avec la vie de Heyne. Dans le même temps, il s'était formé à Gœtting'ue une société de jeunes gens pleins d'ardeur pour les lettres et la nouvelle poésie. Voss devint bientôt l'un des principaux membres de cette joyeuse et spirituelle réunion des Amis de Gœtlingue, dont l'histoire littéraire de l'Allemagne a conservé le souvenir. On y remarquait les cteux frères Stolberg, Hôlty, Boie, Biirger, Miller, Cramer, Leisewitz, Hahn, etc. Klopstock lui-même, pendant un séjour de peu de durée à Gœttingue, devint membre de la société, et Voss conserva depuis avec orgueil le souvenir de la préférence qu'il sembla lui accorder sur son maître Ileyne, Celui-ci continua de le traiter fort mal, et il finit même par le rayer de la liste du séminaire ])hilologique. Il j)araît que Heyne reprochait sévèrement aux jeunes bardes des parties de plaisir trop fréquentes et d'un mauvais exemple dans une ville académique, et il est resté heureusement en manuscrit quelques essais poétiques dans un genre fort peu moral et peu connu en Allemagne, qu'on dit être le résultat d'une folle gageure qui eut lieu vers cette époque entre Voss, Biirger et Fréd. de Stolberg. Mais nous sommes loin d'oser garantir l'exactitude de cette tradition : assez d'estime et de respect ont acconqiagné Voss jusqu'à la fin de sa carrièi'e pour effacer cette erreur d'un moment ou pour la faire paraître douteuse. En 1775, il prit la rédaction de VAlmanach des muses, ou, connue on l'appela ensuite Anthologie (Blumenlese) de Gœtlingue, qui fui publié dès lors à Hambourg, et dont il augmenta le succès en y insérant chaque année, jusqu'en 4800, un certain nombre de pièces de sa composition. Ces recueils sont encore recherchés aujourd'hui et mi'ritaient d'échapper à la destinée de ce genre d'ouvrages par le grand nombre d'excellentes pièces dont l'enrichirent successivement la

plupart des bons poètes de l'époque Peu de tem[)S après avoir

épousé une sœui' df fioic, il lui nommé, en 1778, lecteur du

ARTICLES BIOGRAPHIQUES (,l.-ll. VOSS). 1^4"

collège d'Otlerndorf, dans le Hanovre. Là il se livra av.ec ardeur à la traduction de YOilt/ssee, qu'il devait accompagner d'un commentaire appi'oibndi, principalement sur les notions géogra})hiques et mythologiques d'Homère. La difliculté de publier ce travail par souscription l'empêcha do le faire paraître aussitôt qu'il l'avait annoncé, et il inséra d'abord (1780) dans le D. Muséum et dans le Magasin de Gœttingue deux extraits de ses commentaires, l'un sur Vile cVOrtygie, l'autre sur VOcéan des anciens, avec des citations tirées de sa traduction. Heyne, qui dirigeait le journal de Gu^ttingue, fit de mauvaise grâce l'annonce de l'ouvrage important que Voss voulait publier, et provoqua une querelle assez frivole sur la manière dont celui-ci reproduisait Forlhographe des noms })ropres d'Homère, particulièrement la

lettre êta, qu'il rendait par Vœ des Allemands Cependant

rO%ssée allemande, publiée en 17<S1, sans commentaire, avait d'abord obtenu plus d'estime que de vogue. Une traduction des Mille et une nuits, d'après Galland (1781-1785, G vol.), servit à délasser et à indemniser l'habile interprète d'Homère ; mais le succès qu'il fmit par obtenir à ce titre l'engagea à revenir aux classiques de ranti(piit(', avec le même système de traduction qu'un talent comme le sien et une langue comme l'allemande pouvaient seuls faire réussir. Dans les traductions de Voss, la forme métrique, les détails les plus minutieux de l'expression et des idées, les inversions à effet, les épithètes composées de plusieurs mots, enlin les moindres traits de l'auteur ancien, sans addition ni omission, se trouvent reproduits vers pour vers, comme dans le miroir le plus lidèle. Cliacun })eut éprouver, en lisant l'Homère et le Virgile allemands, avec quelle facilité ils réveillent le souvenir des vers grecs et latins, ou même les font présumer, quand il n'en est resté aucune trace dans la mémoire. Lorsqu'un endroit est équivoque ou obscur, c'est presque toujours l'interprétation la plus poétique et la plus judicieuse que Voss a su choisir avec un sentiment plein de rectitude et de netteté; et à cet égard, ses traductions nous semblent souvent plus utiles que bien des commentaires. Mais il importait aussi que ces traductions ne fussent point trop grecques ou trop latines en allemand, et qu'elles joignissent à tant d'exactitude l'harmonie, l'élégance et une richesse qui ne partit point factice. A

tous ces égards, Voss a rendu de grands services à sa langue. Il l'avait étudiée, dès son enfance, dans le plus classique de ses monuments, la Bible de Luther ; et il possédait mieux que personne le secret de ses formes naïves, souples, hardies et originales. Il est reconnu parmi ses compatriotes comme ayant donné à l'hexamètre le plus d'harmonie et de précision; et ce rhythme moins fatigant que notre alexandrin, moins pressé que l'hendécasyllabe, est pour la poésie narrative, pastorale et didactique des Alh^mands, une viuitable richesse que toutes les autres langues doivent lui envier. Dispensé de la césure des anciens, et quelquefois chargé de monosyllabes longs ou brefs à volonté, il arrive souvent que le lecteur le plus exercé ne sent point à la première lecture la manière dont il doit être scandé. Voss paraît avoir mis un soin particulier à se préserver de ce reproche, auquel Gœthe n'a point éch.ippé. Lorsque l'harmonie prend dans son texte un caractère imitatif, il sait le rendre avec succès ; et l'on raconte que l'historien Gibbon voulut ajiprendre la laugue allemande après qu'on lui eut expliqué un passage de Voss, remarquable par ce genre de mérite : c'est la description de Sisyphe roulant

son rocher dans les enfers (Odi/ss., liv. XI) La traduction des

Géorgiques de Virgile suivit celle de VOdyssée, et se plaça au même rang. Beaucoup de personnes la regardent même, avec celle des Églogues, qui vint plus tard, comme le chef-d'œuvre de l'Allemagne en ce genre. Elle parut, en 1786, avec un grand succès, après avoir été annoncée par divers extraits, ainsi que les savants commentaires dont l'auteur l'accompagna ; travail précieux par la profondeur et la solidité des recherches archéologiques et philologiques. Son infatigable activité lui permettait de s'occuper en même temps de plusieurs autres productions im- ])ortantes et de publications telles que les poésies posthumes de llensler (17<S::i) et celles de son cher Ilœlty (178^]), jeune hounne d'uni' grande espérance, mais trop tôt enlevé aux nuises. 11 joignit à ce dernier recueil , pour lequel il fut assisté par Fréd. de Stolbei'g, encore son ami à cette époque, une notice étendue, où il racontait la vie joyeuse, l'union franche et les fêtes poétiques des amis de Gœttingue, avec toute la vivacité des souvenirs de sa jeunesse et de son ressentiment contre lleyne. Celui-ci eut le tort de le désigner d'un(3 manière iujuricuse et méprisante, dans plusieurs

Page 1