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Acte I, scène vi, vers 3-23 et ."îSt

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complète. Il est vrai que Corneille donne plus loin une indicnlion de scène, comme par réminiscence de ce moyen perdu : c'est pendant le récit du prétendu mariage de Poitiers; on lit après le vers 603: Ici Clarice les voit de sa fenêtre; et Lucrèce, avec Isabelle, les voit aussi de la sienne. Mais cet incident muet est si insignifiant et si peu compris qu'on le retranche à la représcntaiion sans nul inconvénient. Quand, pour expliquer sa demande niatriiiiouiale, Géronte dit de son fils:

« Je cherche à l'arrêter, parce qu'il m'est unique, s

on comprend de même par l'espagnol, à l'aide de ce qui précède, qu'en fixant l'état de ce fils qui lui reste, Géronte obéit à peu près aux motifs de prudence que don Beltran a fait connaître plus clairement.

La scène suivante a d'autres défauts, qui proviennent de même de cette imitation en raccourci d'un modèle où il n'y a rien de trop. Comparons donc avec le texte, pour comprendre ce que la copie a d'équivoque et de forcé : car ce n'est pas toujours de changements qu'il s'agit, c'est parfois de contre-sens.

Jacinte est une jeune fille à marier, d'une physionomie agréable et vraie, quoique peu sentimentale, nuance qui n'allait pas au pinceau de Corneille : aussi la rend-il d'une manière bien dure quand il prèle à ce personnage une forte tirade déclamatoire sur les mariages

mal assortis

• Or pourquoi Jacinte est-elle accessible à de nouvelles propositions, en y mettant la forme naturelle et décente de l'espagnol? C'est que depuis deux ans son accordé Juan de Sosa la fait attemlre, \)avce qu'une bonne conmianderie de Calatrava, indispensable à leur établissement, éprouve en cour des retards presque décourageants, et qu'après tout on ne veut pas rester fille. Corneille, embarrassé pour trouver dans nos mœurs une autre cause de retard et d'empêchement, suppose avec peu d'adresse un père d'Alcippc cpii est à Tours, qui depuis deux ans devrait venir à Paris marier son fils, et dont le voyage est sans cesse différé par diverses petites causes.

Jacinte a des égards pour cet aspirant qu'(>lle ne hait point : c'est pourquoi elle a quitté plus tôt la conversation de l'agréable Péruvien

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dos Pldterias; c'est pounjuoi aussi elle voudrait connaître un peu le fils de don Bcltran, sans qu'il lui lût encore présenté en personne. L'hémistiche de Corneille : Mais connoitie dans Vâme, marque Lien la discordance des tons, et déroute rintelligence. Voyez plus loin un autre hémistiche : Pour en venir à Iwut, qui ne doit se rapporter qu'à celte intention curieuse de la jeune 1111e, mais qui, même grammaticalement, ne se rapporte d'une manière bien nette à quoi que ce soit, ce qui fait que l'on ne comprend plus du tout la petite intrigue qui va suivre.

Dans une intention plus claire et plus naturelle, ■lacinle imagine; un léger artifice espagnol assez décent, pour pouvoir incognito entendre causer le fils de don Beltran après qu'elle l'aura vu passer à cheval sous sa fenêtre; et celte invention ne vient pas de sa suivante Isabelle, comme dans Corneille. A Madrid, el dans la pratique reçue au Ihéàtre, un jeune homme peut être a])pelé par un billet mystérieux, el amené, à la nuit close, par un messager fidèle, sous une fenêtre (grillée) d'où une jeune dame, inconnue, sauf les renseignements qu'il pourra prendre, aurait quelque question à lui adresser fort honnêtement. On priera donc Lucrèce, l'amie dévouée, d'envoyer à Garcia cet appel anonyme auquel un jeune cavalier ne peut manquer de se rendre, et Jacinle, placée avec elle derrière celte grille, pourra le faire parler sans être elle-même reconnue à la voix (condition toujours accordée sur la scène espagnole), et sans ([u'elles soient le moins du monde compromises ni l'une ni l'autre. Il sera bon seulement qu'une soubrette fasse le guet à l'intérieur, pour éviter l'intervention fâcheuse d'un vieux parent.

Ces habitudes méridionales sont si peu à l'aise sur la scène de Corneille, ([ue, sans le texte espagnol, rimitaliou devient presque inintelligible. Aussi Voltaire n'a-t-il rien compris à celle partie de la pièce, et ses quiproquos, dont il nous suffit d'avertir le lecteur, achèveraient de lui faire perdre le fil déjà embrouillé de l'intrigue. Il eût fallu avant tout rendre exactement el dans la juste mesure l'intention des deux jeunes filles. L'idée de connoUre dans Fàine par celte légère épreuve le fils de don Beltran ne pouvait raisonnablement sortir de la donnée. Elle est pourtant sortie, par une traduction outrée, d'un mot du texte, quand Jacinte dit que ce sera peu d'information pour elle d'avoir vu passer le jeune homme

Lisez ensuite les vers 443 et suivants de Claricc, et vous ne saurez plus ce qu'elle attend de cette capricieuse épreuve.

Suivent d'autres parties importantes dans lesquelles Corneille rachète heureusement le désavantage de sa position comme imitateur d'une œuvre étrangère.

C'est qu'en effet cette œuvre est à moitié une comédie de caractère, et par ce côté elle est ouverte à son imitation la plus brillante ; à moitié une intrigue fort ingénieuse de cape et d'épée, intrigue tout espagnole, qui doit résistera des qualités d'esprit, à des habitudes d'ait et de contrée telles que les siennes.

Voici donc une petite scène fort agréablement rendue quand Alcippe vient, furieux de la fèto galante qu'on lui a contée, faire une querelle de jalousie toute semblable à celle de l'espagnol. On le prie de ne pas s'emporter si fort, parce que le père de la jeune personne va venir de la salle voisine; on ne comprend rien à la cause de ses plaintes

Il est vrai qu'on ne trouve point ici cette condition de deux baisers, qui n'était ni dans les convenances de la scène espagnole, ni dans celles de la situation et des personnages.

En outre, sur la scène française, la décoration permanente d'une place publique, d'une rue, décoration presque constamment déplacée, gâte un peu le sens des mots : Mon père va descendre. L'idée de ce jeu tient dans l'original à ce que l'oncle peut passer d'un salon voisin dans la salle h manger.

Le monologue suivant, où Alcippe exprime son ressentiment contre son rival, n'était pas très-nécessaire ; il est ajouté par l'auteur français, avec une belle teinte tragique, accident de couleur qui n'est suère en harmonie avec le reste.

Pour passer à l'amusante scène où le Menteur va se dire marié, il faut que le théfdre reste vide : défaut trop fréquent, mais grave selon Corneille et tous les classi(iues. Il n'est vraiment grave que (piand un local arbitrairement choisi ne peut dianger, comme la place où cette action est confinée mal à propos (voyez, aux vers 552 el suivants, le palliatif tiré de l'éloge des constructions nouvelles de Paris); mais

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c'est tout le contraire quand le spectateur, en voyant la scène transformée, aime à sentir sa curiosité rafraîchie, transportée sur un nouveau champ d'action.

Dans l'espagnol, nous sommes au parc d'Atocha, qui ressemble à quelqu'une de nos promenades hors des murs de Paris. Là sont descendus de cheval don Beltran et son fds. Le grave père, qui, depuis la confidence du Letrado, a recueilli encore un semblable témoignage parla bouche du valet Tristan, se propose deux choses dans cet entretien : d'abord une forte et noble réprimande ;ï donner à son (ils, au gentil homme qui se dégrade par le mensonge ; ensuite un mariage à lui proposer. Il va se produire un très-bel effet de haut comique, quand le jeune homme, après avoir écoulé docilement la semonce paternelle, se trouve tout aussitôt avoir besoin d'un empêchement insurmontable à un mariage qui contrarie son amour, il le croit du moins, et qu'il rend au respectable moraliste le fruit de son sermon, en improvisant avec tant de feu le roman de ses amours à Salamanque, de son hymen forcé, la montre qui sonne, le pistolet qui part, la muraille percée, etc. Le bon père est ému, il croit tout, se résigne, et remonte à cheval pour aller porter ses excuses k la famille de Jacinte. Le jeune étourdi reste seul, enchanté de son adresse et de tant d'aventures à soutenir.

Corneille a beaucoup sacrifié de la force comique en disjoignant ces deux moitiés de scène, si frappantes par leur péripétie immédiate. S'il reproduit très-fidèlement et avec un grand charme, au deuxième acte, le conte du mariage, il réserve pour le cinquième, comme renfort de son faible dônoûment, la réprimande du vieux gentilhomme.

Quant à la narration, c'est un morceau capital, où Corneille regagne l'avantage par un travail plus attentif dans le choix et la distribution des circonstances, et par un style plus savamment étudié, où l'emphase convenable au sujet n'est pas surchargée d'un luxe trop oiseux. Il coupe avec plus d'art le dialogue qui doit amener cette narration ; mais il ajoute un petit mouvement théfUral sur lequel nous interrogerons la délicatesse du lecteur, pour savoir si ce trait de fourberie hypocrite est bien dans la vraie nuance du caractère du Menteur :

« Souffrez qu'aux yeux de tous

'i Pour obtenir pardon j'embrasse vos genoux.

» Je suis... — Quoi?— Dans Poitiers... — Parle donc, et te lève.

» — Je suis donc marié, puisqu'il faut ipie j'achève. » ,

Cette remarque en appelle une autre, c'est qu'en divers endroits, trèscourts il est vrai, le ton du jeune homme en arrière de son père offre, comme chez Regnard, un mélange d'impertinence dure et moqueuse

qui nï'tail point dans Torig'inal, plus fidèle à des liabitudes do bonne compagnie.

Il est trop vrai en général que la malice française aime à enchérir, plutôt que de rabattre, sur les détails d'un certain genre. Pourquoi Corneille suppose-t-il que Dorante se coulait souvent sans bruit dans la chambre de sa belle, tandis que son auteur suppose seulement un premier rendez-vous pour amener son aventure?

D'autres détails ajoutés dans le récit sont d'un effet un pou frivole si l'on veut, mais excellent :

« Ce fut, s'il m'en souvient, le second de septembre;

» Oui, ce fut ce jour-là....

» Elle a déjà sonné deux fois en un quart d'heure. »

La conclusion par le mariage, exposée en une seule période, avec accumulation de motifs, est suggérée par la forme de l'original ; mais l'habileté du style de Corneille y triomphe d'une manière incomparable

Le valet n'a pas suivi ses maîtres à celle promenade d'Atocha; dans le franrais, au contraire, il entend tout, et reste ému lui-même d'une si étrange histoire. Otte différence vaut à Corneille une scène charmante qui est toute à lui

En conséquence de la distinction essentielle déjà faite ci-dessus (X), udtre parallèle n'exige plus désormais un rapprochement aussi continu des deux ouvrages. Le succès de l'imitation s'étend uniquement à ces paities de la pièce espagnole qui mettent ('U jeu le caractère du Menteur : l'effort pénible, la confusion, l'absence d'intérêt résultent chez l'imitateur de son impuissance à transporter sur la scène française l'autre moitié du type original, cette intrigue de mœurs esinuinoles ([u'Alarcon a si habilement fondue dans sa comédie tk ctirnrW'n'. En effet l'unité de la conception originale consiste dans le rapport combiné de ces deux parties : d'une part, le Menteur se décrie par tous les contes ([u'il invente; de l'autre, il s'embarrasse jusqu'à la fin i)ar une méprise fortuite sur le nom de celle «[u'il préfère ; son erreur involontair(! est imputée au compte de ses mensonges (lerdad snsjiccliosd), parce (prou ne peut plus le croire : c'est la moralité de l'ouvrage, beaiuoup moins saillante chez Corneille, et la punitimi s'accomplit par

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