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une petite disgrâce suflisantc pour la justice du drame comiiiuo. L'ingénieux jeune homme n'épouse [KH celle ([u'il a recherchée, mais la compagne et l'amie placée tout auprès, à laquelle il a inspiré de Tintérèt dans le cours de ses quiproquos et de ses mensonges, en lui adressant par méprise ses protestations les plus vives. Pour en venir là, il faut passer par un de ces réseaux de complications piquantes et légères qui étaient le secret de la poésie et de la galanterie espagnole. L'esprit et le travail de Corneille s'épuisent en vain ù reproduire un pareil tissu. En le suivant de moins près dans cette tentative, nous épargnons, bien qu'à regret, le temps qui serait nécessaire pour faire voir par ce côté le mérite de son modèle.
Au commencement de notre troisième acte, l'épisode du duel est assez froidement indiqué par une conversation, tandis qu'il est mis en scène dans l'originaL C'est sur le terrain, dans le parc d'Atocha, où son père l'a laissé, que Garcia rencontre son adversaire, lui demande la cause de ce défi, le rassure en inventant une dame mariée à laquelle il a donné sa grande fête, et insiste ensuite par point d'iionneur ponr croiser l'épée, puisqu'on l'a fait venir à cette intention. Survient l'ami commun, don Félix, qui s'oppose au combat : Garcia les quitte avec des airs graves de gentilhomme raffiné, et l'entretien qui suit est rendu en entier par la scène entre Alcippe et Philiste.
Dans la scène suivante, Clarice se dispose à la conversation du balcon en causant avec Isabelle des nombreuses faussetés du jeune homme, jusqu'à l'aveu d'un mariage, qui ôte toute excuse à ses empressements auprès d'elle. C'est à peu près tout le dialogue espagnol, moins la surprise de Jacinte-Claricc reconnaissant par la fenêtre le brillant étranger, qui n'est plus autre que le fils de don Beltran ou de Géronte.
Enfin la scène du balcon nous offre le moment principal de cet acte, et un effet encore très-dramatique. Dorante n'y ment plus, mais il fait penser à Clarice qu'il ment plus que jamais en ne lui parlant (|ue de Lucrèce, parce que c'est le nom ([u'il lui attribue
Il y a du reste, chez Alarcon, beaucoup de force et de rapidité dans le dialogue qui a poussé à bout le dépif de Jacinte et qui donne lieu à Lucrèce de désirer ([ue le Menteur dise vrai en s'adressant à elle. La même conduite est suivie dans le français, et tous les traits principaux sont traduits.
Ici connue ailleurs on aura pu reniar([uer chez le poêle franrais
plus d'étude et d'arl dans le style, chez l'espajinol une précision plus vive, qui entraine davantage l'action dramatique.
Du reste, après cet effort très-ingénieux pour lutter sur ce terrain de l'intrigue féminine espagnole, Corneille abandonne forcément la partie. Le naturel le plus parfait, la plus grande vérité de couleur locale sont précisément ce qu'il y a de plus nécessaire pour encadrer ces subtiles intrigues de jolies dames, voilées ou de leur mantille ou du mystère de la nuit. Aussi suffisait-il de l'instinct et de la vivacité f;imilière des femmes espagnoles pour fournir assez d'actrices capables de rendre avec agrément divers rôles du iiremier rang dans ces comédies. Avec moins (le spontanéité sur noire scène, sous l'empire de tant de conditions antipatlii((ues à ces habitudes, la concurrence était téméraire et à peu près im|)Ossible. Matériellement, un obstacle insurmontable à l'imitation complète de cette partie de l'intrigue, résulte de l'étendue, qui eût inqjosé à l'imitateur la substance d'une pièce en sept ou huit actes : telle est en effet la disproportion ordinaire entre les ouvrages dramatiques des deux nations. Une autre difficulté tout aussi sérieuse est dans le canevas même, dont la trame chez l'auteur espagnol est d'une telle finesse qu'elle échappe à l'analyse aussi bien (ju'à l'imitation. Il faudrait voir dans le texte, ou mieux sur le théâtre, la jolie scène de jour où sont redoublées les méprises de la nuit entre les jeunes fdlcs tapadas, c'est-à-dire couvertes de leurs mantilles comme d'un domino, suivant l'usage d'Espagne. Cette combinaison sert à pousser à bout les confusions, les mensonges apparents du Menteur, qui, en recherchant l'une, s'adresse involontairement à l'autre, et le dépit de Jacinte qui se détache de lui, et l'inclination croissante de Lucrèce. Le lieu naïvenuMit choisi pour cette action n'est autre que le cloître île l'église et couvent de la Magdalcna, à l'heure de l'office de l'octave, lieu fré- (jucnlé du beau monde, rendez-vous à la mode de 'dévotion et de galaiitciic. D'autres rencontres iin|ii)i'taiUes pour notre comédie y sont amenées ensuite très-naturellement. .
Corneille était forcé de renoncer à tant de dévelo{tpements, et il ne pouvait transporter l'intrigue dans \\\\ lieu saint. Toutefois on lit avec ([uclque surprise, au vers l-i3i, ce mot de Clarice à Lucrèce :
« Soit. Mais il est saison que nous allions au leiuple. n
Que vient faire le temple ou l'église dans une action comi(iue aussi
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absiniilc chez nous que les noms i;recs tic ses personnaiies? V(»ltairc est choqué de cette inconvenance dramatique : Allons à Téiilise, puisque nous n'avons plus rien à dire ici! et cela sans qu'il doive rien résulter pour notre action de cette dévote pratique. La faute tient à unscrupule assez touchant de fiOrneille : il a beau retrancher et chaniier bien des choses, on voit qu'il s'y résout timidenu'ut, ({u'il est connue obsédé des souvenirs de son texte, et il en donne volontiers, connue ici, des miettes éparses, par réminiscence des morceaux dont il est obligé de se priver.
Au quatrième acte reparaît le comique du caractère du Menteur, qui n'avait presque plus menti dans le troisième.
C'est d'abord l'honnête valet qu'il va prendre pour dupe à son tour, lui, de sou cœur ïunique secrétaire, lui, de ses secrets le grand dépositaire '
Cliton demande à son maître des nouvelles de cet xVlcippe qui, dit-on, s'est battu-, transition très-faible, ainsi que tout le commencement de la première scène, et qui est tout autrement ménagée dans l'espagnol, où elle sort directement de l'action.
L'occasion est belle pour le Menteur, en s'avouant le héros de ce duel, d'inventer un superbe combat, et de tuer son homme, sauf à le voir outrer en scène aussitôt, ressuscité sûrement par quelque charme hébraïque dont il connaît la fornmle, sachant dix langues aussi bien que la sienne. Emotions successives du valet, suivies de ses reproches ironiques. Tout cela est imité de fort près, sauf la supposition d'une vieille rancune et d'anciennes provocations^, sauf encore le joli vers de Corneille :
«: Les gens que vous luez se portent assez bien *. »
Quelque chose manque pourtant : il était naturel d'amplifier le récit du Combat par quelques grands détails d'escrime comme fait Alarcon. Pour en inventer, Corneille, qui n'était pas homme d'épée, pouvait manquer de ressources techniques; mais pourquoi ne traduit-il pas le
i; Acte IV, scène i, vers ll!29, tl:30, ci <ci'ne m, vers 11G9, 1170.