‹ Fragments et correspondanceChapitre 4 sur 47 · ARTICLE DE M. SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

ARTICLE DE M. SAINTE-BEUVE

M. Deschanel avait été un de ses élèves à l'École normale. Il se plaît à raconter comment M. Yipruier, quand il lisait et expliquait à sa conférence de l'Aristophane, — de ce Voltaire-Rabelais, et qui était encore quelque chose de plus, — était lui-même tout à l'ait à peindre, ne se tenant pas d'aise et de surprise à chaque instant, trépignant de plaisir, riant et pleurant tout ensemble, rougissant lorsqu'une énormité succédait dans le texte à des détails exquis ; et il s'écriait avec une douceur charmante : « Ah ! messieurs, quelles canailles que ces Grecs, mais qu'ils avaient donc de l'esprit ! »

Les Yiguier, (pii étaient de bons bourgeois de Paris, possédaient dans le prolongement de la rue de Rivoli une maison à laquelle ils avaient l'ait mettre sur la rue un cadran solaire avec une devise. Cette devise, qui était de la composition de M. Yiguier, lui ressemblait fort : Vera intuere, média sequere. Une maxime de Montaigne ou d'Horace. Et il en avait fait lui-même une paraphrase en vers :

Passant, quand le soleil Ijrille à ce méridien, Contemple le temps vrai, mais n'en fais point usage; Lo bon sens et la loi suivent le temps moyen. « Prends l'heure à la paroisse » est un honnête adage Dont plusieurs font abus, mais qui convient au sage, Eùt-il même du Vrai le miroir en sa ruain.

Tel était cet aimable et savant homme dont la figure, peu connue dans le monde, est et restera présente et chère à tous ses amis, — une figure qui ne ressemblait à nulle autre. Puissionsnous en avoir transmis quelque idée sensible et durable à nos lecteurs !

Saiimte-Beuve.

OTICES BIO(ÎRAPHIOUES.

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