‹ Fragments et correspondanceChapitre 43 sur 47 · I.ETTIIE l)K M. VKillKl; A M. MAIiTV-i.AVEAl X · texte numérisé non relu

I.ETTIIE l)K M. VKillKl; A M. MAIiTV-i.AVEAl X

(l'un loiiic second |)iil)li('' p;ir !<■ porto on i(l.j7. Tout scrail dit si le liiil rtail viJii ; mais l)ientùt, à la pa^c ^(Si), il reconiiail s'tHre li()iii})('', cl confesse (pie la pièce a]t}taraît i)oiir la première lois dans un tome,/ro/s?c///(% daU' de vingt-sept ans plus tard, en 1604. Néanmoins il n'a garde de lâcher })rise i)onr si peu : « Drssouïoigeacliiet... nonobstant cela, dit-il, attendu la grande piobabilité, accordée même par Voltaire, de la supposition que VHéraclius de Corneille est imité de VHéraclins espagnol, nous croyons devoir admettre (annclimen) l'existence d'une impression isolée de la |»ièce (espagnole) antérieurement à lilil . » Or, M. de Scliack n'a jamais vu cette impression isoji'e, supposition aussi gratuite que son erreur précédente sur le tome de 1637. Il ajoute : « Voltaire, dont, il est vrai, les allégations ne sont pas très-dignes de confiance, dit aussi que la pièce de Calderon aurait déjà été mentionnée dans un recueil de romances de 1641, » C'est là tout. On peut bien se dispenser de cherclier un recueil si rare de romances; mais M. de Scliack se trouve raflermi détinilivernent dans son préjugé depuis que le critique espagnol, don Eiigenio Ilarzenbuscb, s'est chargé de la cause et lui a révélé de nouveaux arguments, qu'il nous sera permis de ne pas trouver meilleurs... C'est ainsi qu'il dit dans un Supplément à son Histoire^ publié en 1854 : « Harzenbusch, dans son édition de Calderon, a prouvé jusqii^à révidence que le drame En esia vida... etc., a été écrit dès l'année 16:2"2; de sorte que tous les doutes qu'on a pu élever sur la priorité de cette pièce })ar rapjiort à VHéraclius de Corneille sont écartés désormais. »

» Après un si éclatant témoignage, il faut entendre M. Harzenbusch. Mais si l'on est encore disposé à douter, il faut d'abord reconnaître que ce nouvel arbitre est un poëte et un critique estimable, directeur de la Hibliothèque royale de Madrid; qu'il a très-bien mérité de Calderon \)^r des Appendices historiques et anecdotiques joints à son ("dition-, et qu'il aura rendu un service réel à la littérature espagnole, s'il lui donne traduit l'ouvrage de M. d(^ Scliack, ainsi qu'il l'a promis. Une pareille traduction en

1. Nachli'ii'ije zur Geschiclite iler (Iriimalischen Literalnr intil Kunsl in Spaiiie», p. 101.

2. Ct'tlo édition fait partir do la i;raiiili' ifillcetion compacte, déjà Irès-tHenduo, publiée à Madrid par Ribadeneira.

français me semble également désirable, malgré tous nos griefs nationaux, si légitimes quelquefois.

» Q\ui dit donc M. Ilarzenbuscli, puisqu'il veut bien m'adresser personnellement une ample réfulalion à l'endruit de VHeracUus? Franchement, c'est assez curieux.

» On réduit mes preuves à trois, mais en oubliant la plus importante et la plus développée, savoir cette analyse de l'invention et de ses sources minutieusement donnée par Corneille, d'où il résulte avec tant d'évidence qu'il a réellement élaboré lui-même les combinaisons de son drame. On pourrait, je l'avoue, échapper à cette preuve décisive (tout autant que les dates, qui sont pour nous), en attribuant à Corneille la profonde perversité d'un plagiaire effronté qui, pour rendre authentique son œuvre de seconde main, la renforcerait après coup d'un exposé, naïf en apparence, de ses lectures originales et de ses procédés d'inventeur. Le plus simple bon sens suffit à repousser l'hypothèse d'une telle malice. Il ne faudrait pas moins que Tautoriti' des dates pour la faire admettre. Or, pas une date sérieuse n'est opposée à celle de iG47 de Corneille, pas une, depuis la consultation de Voltaire auprès du bibliothécaire don Gregorio Mayans. Il fallait bien tenir compte de cet autre argument. Pour en venir à bout, on affirme que la pièce de Calderon a dû être écrite bien auparavant, et, pour donner un chiffre, en 162:2, vingt-deuxième année du poète espagnol, dix-septième de Philippe IV, et deuxième de son règne (ces rapprochements syncln'oniqiies auraient dû déjà embarrasser un vrai connaisseur dans ses suppositions hardies). Tel est le millésime assigné, non pas à la publication, mais à la composition de cette comédie, par M. Ilarzenbusch, dans un Essai, d'ailleurs utilement compilé, sur la chronologie des ouvrages de Calderon; mais ce millésime, i)0sé à son rang avec tant d'assurance, ne s'appuie surauiun texte qu'on puisse produire. On veut absolument que l'impression ait dû être laite isolément ])eu après la composition..., mais toute trace en est perdue. Cet enq)loi du verbe devoir comme potentiel, ne rappelle-t-il pas certaine repartie bouffonne devenue proverbiale? On ne recule pas même devant la supposition que le manuscrit de Calderon, soit en minute, soit en copie, aura pu s'éclia])per d'Espagne, et venir en temps utile se loger dans le portefeuilh,' de CuiJieille. Quant à

LETTRE DE M. VIGUIKR A M. MARTY-LAVEAIX. 205

CCS impressions perdues de pièces isolées, l'argument serait assez plausible en Espagne pour le premier tiers du dix-septième siècle, si ce n'était aussi une ressource trop commode et toujours disponible dans une cause désespérée. Vous êtes bibliothécaire d'Espagne, et vous en êtes encore à trouver cette rareté ! Il est vrai que vous ignoriez, chose plus surprenante, ainsi rpie M. de Schack, l'édition originale, officielle de Galdcron, au tome III, 1664', que notre Bibliothèque impériale de Paris'-^ettant d'autres, sans doute, vous auraient facilement présentée, puisqu'elle manque à celle de Madrid!

» Je voudrais pouvoir. Monsieur, si ces arguties étaient moins frivoles, vous exposer tous les arguments de même force donnés par M. llarzcnbusch, et qui ont si puissamment entraîné la conviction de M. de Schack; mais il serait plus piquant de relever, dans l'analyse intelligente que ce dernier a donnée de la pièce espagnole, son admiration juste et passionnée en citant la scène et le passage où précisément il se trouve sans le savoir sur la trace de Corneille (car c'est le seul endroit imité d'un peu près par Calderon), et où il exprime en homme de goût le candide regret que Calderon n'ait pas continué dans le même esprit ^ « S'il eût ainsi continué, s'écrie-t-il, ce drame serait l'un des plus remarquables de Calderon ; mais le poète, au milieu de son ouvrage, a transporté l'action dans un monde de rêveries fantastiques, destinées à rendre sensible l'idée que dans cette vie tout est mensonge ainsi que vérité. Quelque hardiesse, quelque hauteur de poésie qu'on ait encore à admirer dans cette partie (ceci me paraît une réserve exagérée par l'enthousiasme trop habituel de M. de Schack), on ne peut cependant que regretter le caprice qui a fait prendre la tournure d'un opéra à une situation si grande et vraiment tragique. » On ne pouvait mieux dire : c'est l'hommage involontaire rendu à Corneille par un ennemi déclaré. La déception est piquante, moins pourtant que celle du môme cri-

1. « Por nias diligencia que hc praclicado, no lie podido liallar esta tercera parte publicada en lC(3i : pero yo doy entera fé a la cita de M. Viguier. « Je ne me croyais pas une si grande autorité bibliographique. L'aveu est d'ailleurs modeste de la part du bii)liothécaire éditeur de Calderon.

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