Librairie Hachette. Paris, in-folio
"2. Une, antre édition ijuc nous imlilioas cuncurreniment avec celle-ci, et ([iii est. ilcstinéc à passer les Alpes, et les frontières de France, donne le texte seul en n'ii.iid de la même série de compositions gravées.
lions, l'empire de ce poëte, semblable à celui d'Homère qui créa ^ftidis les types du culte grec. La cause suprême, légitime, en est sans doute dans la merveille toute-puissante du langage. Mais comment ne pas s'étonner aujourd'hui surtout, de cette sorte d'autorité acquise, comme par un compromis universel, au fanatique florentin et à ses visions? Il est vrai qu'il les a si bien vues! — Voici l'Enfer, par exemple, l'Enfer souterrain, éternel, création de V éternel amour , avec ses horreurs effroyables, avec toute sa consli'uction hiérarchique, ses catégories aristotéliques, et nul n'ose sourire ou censurer : ni le philosophie qui réservera sa colère pour le même système moins doctement traité par quelque moine napolitain, ni le théologien, même catholique, qui se complaît dans les efforts de ri-'glise actuelle pour épurer le dogme au lover de la charité universelle. A l'œuvre donc, artistes : rendeznous au vif, comme le poëte, les tragiques spectacles de h Divine Comédie : faites-nous reconnaître avec terreur et pitié les misésables qu'il a fait périr éternellement dans l'ouragan sans repos, dans les abîmes de feu, de fange, ou de glace. Laissez passer la justice de Dante, si extravagante qu'elle soit, en faveur de tant de beautés et de génie, de tant de foi et de doctrine, représentant dans l'histoire de l'humanité, un grand Age qui n'est plus.
Chose remarquable, le môme ascendant qui a vaincu par tant de sympathie les répugnances de l'opinion moderne, a prévalu d'autre part sur les susceptibilités vivaces du pouvoir pontifical souvent froissé dans ces poëmes par de rudes atteintes. La lecture d'un livre si populaire et si national avait bien dû être tolérée par le saint-siége qui avait prescrit de brûler le traité de MouarcJiia de ce même Gibelin ; mais pendant quatre cents ans il n'avait pas été permis dans les États de l'Église de réimprimer le texte et les commentaires de la Divine Comédie. Le xviii' siècle a vu lever par degrés cet interdit. Un rapide aperçu des divers moments de cette récipiscence progressive nous offre non-seulement une revue de faits ass^'z piquants, mais encore, ce qui convient à une nouvelle édition attentivement soignée, la série même des principaux travaux formant l'ère moderne des destinées de notre poëme.
Le premier pas de ce rapprochement c.irconsci'it, e'est d'aboid une traduction en vers latins, œuvre de collège bien anti-dari-
PRÉrACE DE i;ENEEr. ItE DANTE. 'ill
tesciuc, mais assez spirituelle, et surtout très-intidèleaux cudroils scabreux, que l'on permet à un P. Carlo d'Âquino d'inqjrimer, en llilS, avec le lejcle, à iiome même, mais sous la fausse date de Naples, qui se lit au frontispice '.
Bienlôt après, en 173:2, le pape Clément XII, se fit dédier par un autre jésuite, le P. Yenturi, une édition soignée du poëme, avec un commentaire assez estimable, mais visiblement destiné à infirmer l'autorité théologique de Dante. Cette édition, souvent reproduite depuis, paraissait à Lucques sans porter, même au bas de la dédicace, le nom de l'auteur. Le ton peu réservé dont il censure son poëte a souvent depuis choqué les critiques italiens, mais le commentaire du P. Yenturi, concis et intelligent, en contraste avec les allures traînantes des anciennes gloses, a obtenu un bon succès. Un autre mérite, apprécié surtout en Toscane, lient à ce que ces éditions reproduisent le texte fixé par la Crusca en 1595 et remis en lumière par Yolpi en 17:^7.
Enfin ce triomphe tant différé s'accomplit par la première édition avouée de Rome, en 1791, date remarquable. Un cordclier, homme savant et diligent, le P. Londîardi, tout en se portant le défenseur de la grande épopée contre le jésuite, donna aux lecteurs studieux un commentaire plus ample et plus complet, tantôt neuf, tantôt extrait judicieusement des anciens. C'est ce que l'Italie a fait de mieux jusqu'ici pour son poëte, bien qu'une critique plus exigeante puisse à bon droit demander mieux encore. Il faut bien Tavouer en effet, le vrai goût poétique, le tact de la langue et de l'harmonie toscane n'étaient pas donnés au P. Lombardi en un degré suffisant : il y eût moins paru s'il eût consenti à suivre le texte ilorentin à peu près consacré par la Crusca ; mais il se laissa malheureusement égarer par une manie d'éditeur fort dangereuse, celle de réformer son texte. Une autorité qui eût semblé moins imposante à un atticisme plus délicat, celle de l'édition milanaise de 1 i77, dite Nidobealina, lui lit adopter une multitude de ces leçons désolantes qui ont })our elles
i. Rappelons un exemple de la niaiurn- jésuitique, ou si l'on veut ovidienne, de ce bon père, le fameux vers di^ rran:-esi-a : Quel giorno picè non vi legrjemmo avaiili, traduit par ces deux ingénieux hexanièlres :
Distulimus post lucc suntes evolvcre chartas : Soutes 1 heu niiseraiu ! gravius nocuere rcniota.-.
±\'l IT.AC.MKNTS.
quelques plates raisons d'une valeur banale, vulgaire, quelquefois plus grammaticale en apparence, et qui méconnaissent Tharmonic, le caractère et l'àoe véritable du stvle. L'illusion de Lombardi, à cet égard, a été celle d'un ('ditcur français qui, pour nous donner Joinville ou Montaigne, se prévaudrait de toutes les améliorations introduites sans scrupule par les imprimeurs d'époques successives et de provinces diverses. Et l'Italie surprise, satisfaite d'ailleurs de l'utile secours du giossateur, n'a point suffisamment réclamé ! De grandes et belles éditions ont été renouvelées à Rome, à Milan, et même jusqu'à ce jour à Florence d'après ce malheureux texte.
Convenons toutefois qu'un certain nombre d'éditeurs ont résisté à cette contagion, tels que Paolo Costa, Biagioli et d'autres. Ce dernier, commentateur diffus et peu substantiel, s'e^ recommandé pourtant par son respect de la bonne tradition et son intelligence de la bonne langue. Il les défend à sa manière, souvent pétulante et aggressive. Il s'est d'ailleurs réduit à reproduire servilement l'édition cominiania dr\o\\)i, et c'est ce que nous n'avons pas cru devoir faire ici, quelque préférence que nous professions pour ce texte qui a servi de base générale à notre travail quant à la publication italienne de nos deux éditions.
Mais revenons à celle-ci, qui étant destinée plus spécialement aux artistes et aux lecteurs français devait leur offrir encore une traduction sinqde, ferme et fidèle en regard des énergiques ta- Mraux de Gustave Doré. Nous nous félicitons d'avoir trouvé toute lailc cette iirqioi'tante partie de l'œuvre, et do pouvoir l'offrir ;iii public singulièrement perfectionné par l'Iiabile interprète M. i'.-A.Fiorentino. Cinq éditions avaient déjà assuré à cette tra- (Imiinii un succès destiné à s'augmenter encore dans celle-ci, gràc(' aux i(îtouches et corrections nombreuses qui sont résultées d'une attentive révision. Ses notes ont été aussi l'objet de quel- (pies soins nouveaux, et il nous a })ermis d'ajouter en tète de chaque chant des sommaires rédigt's en vue d'éclaircir la marche et l'ensemble d'un poëme si complexe, si rigoureux dans sa construction, et si savamment systématique.
Vin-h, I! avril 1817.
< Mon cher N...,
» J'avais quelque sujet d'espérer que ma tournée frinsj3eclion serait dirigée de votre côté, et je dillerais de vous répondre j\isqu'à ce que j'en fusse assuré. Cette espérance ne s'est point confirmée, je le regrette sincèrement. C'est à Lyon, Dijon, Desancon et Clerrnont que je suis envoyé. Ne veri-ai-je donc Limoges que quand vous l'aurez quitté? car vous le quitterez, puisque vous êtes disposé, avec raison, à accepter un avancement légitime, et que vous vous faites chaque jour des droits pour l'obtenir.
» Je ne suis guère en mesure d'entrer en campagne comme vous le voudriez contre ce mauvais esprit faux qui a dû vous choquer très-justement. Je n'ai pas lu M. Louis Blanc. Je ne suis rien qu'abonné au Journal des Débats. Il me paraît qu'on n'y soigne que la politique et la polémique i)arlementaire. Le reste arrive Irès-fortuitement et très-mélangé. Au surplus, le torrent de la publicité entraîne et absorbe beaucoup de méchantes œuvres. Il n'y a point de vindicte publique, je le regrette comme vous; mais la justice muette s'accomplit avec une rapidité qui fa't honneur à notre temps et à la liberté.
» A l'endroit du doctorat, mon cher N..., je vous trouve paresseux : voila cinq auteurs, ceux que vous connaissez le mieux,
'2\'i CORRESPONDANCES.
entre lesquels vous voulez que ce soit moi qui vous envoie un sujet de thèse bien précisé! Sur Molière je ne vous demande rien, sur Térence je pourrais vous demander de faire la part du grec et du latin, de la petite causerie élégante et de l'esprit comique, du lieu commun et de l'observation ; des types tout faits et des tvpes inventés s'il y en a, des mœurs en tout ou en partie grecques et des indices de mœurs romaines ;' du poëte et de ses rivaux dans leurs démêlés, leur concurrence littéraire. Il faudrait me dire encore si l'urbanité de Térence se ressent beaucoup de celle de Cicéron et d'Horace ; pourquoi il n'a été ni continué ni beaucoup lu à Rome. A l'aide des Ménechmes on pourrait montrer par la pauvreté surabondante et la monotonie des motifs de l'invention grecque comment Térence trouvait tout simple de faire une pièce avec deux. Sur Tacite j'aimerais à faire la part du rhéteur, celle de la malignité ou crédule ou subtile, celle du barbarisme, le tout sans préjudice d'une vive admiration. Je ne demande rien sur l'Histoire universelle de Bossuet; mais surFénelon je concevrais une censure franche et ferme de ses jugements littéraires, où l'on récuserait une bonne partie de ces jugements trop préconisés, tout en estimant fort la beauté du sentiment critique général, roriginalité sincère, la pénétration malgré une inexpérience non assez observée, surtout en littérature grecque. Autre sujet fénelonien : chercher les diverses sources du Télémaque, invention et style (roman, drame, antiquité, philosophie. Pères, politique du jour, leçons spéciales d'éducation, rêveries et hardiesses caractéristiques). — Voilà! Si vous n'êtes pas content, cherchez et trouvez vous-même. C'est ce qui vaut l)eauroup mieux. Faites donc une thèse et même deux; faites-les bonnes, sans demander d'avance la permission à M. Leclerc qui ne manquera pas d'approuver si c'est bien. Je vois qu'on le consulte connue pour traiter au rabais, d'où il arrive qu'il récuse d'avance les sujets classiques de crainte de voir reparaître des banalités et qu'il accepte ou provoque les petites recherches les plus sèches pour avoir du neuf, si peu que ce soit. — Quant à la métiiode, voici mon avis : Relisez beaucoup les mêmes choses : comptez que toute demi-page bien relue doit vous donner soit une matière à recherche, soit une observation solide; langez provisoirement toute remarque sous quelque titre trouvé à UK.'sure et
non posé à 'priori comme si vous vouliez vous faire une table méthodique de votre auteur, et en continuant vous verrez se multiplier sous chacun de ces titres les points analogues. Je crois qu'au bout de quelque temps, on peut avoir par ce procédé besogne faite; peut-être pas de grands résultats, mais une agréable analyse qui plaît au lecteur et le fait penser avec vous. Yoilà mes
pages pleines
» Au revoir, mon cher ami. Comptez sur mon bien sincère attachement. »