ARTICLE DE M. A. MÉZIÈRES
(Extrait dl' journal LE TEMPS du 21 octorre 1867)
Un homme de bien et démérite vient de s'éteindre doucement, presque sans souffrance, à Précy-sur-Oise, où il passait tous ses étés dans une studieuse retraite. M. Yiguier, ancien directeur des études à l'Ecole normale supérieure, ancien inspecteur général de l'instruction publique, appartenait à la première génération de cette grande école, dont il est devenu ensuite un des maîtres les plus honorés. Il y était entré en 1810, la même année que M. Cousin, auquel le liait une étroite amitié, transformée plus tard en une active collaboration littéraire. Parmi ses contemporains, M. Yiguier re})résenlait surtout l'infatigable curiosité de l'esprit et la rare diversité de savoir. Les idiomes modernes, l'allemand, l'anglais, l'italien, l'espagnol, le portugais lui étaient aussi familiers que les langues anciennes. Il les possédait à fond. • il en savait les délicatesses, il en recherchait même les difficultés pour le plaisir de les expliquer, et il étonnait même les étrangers par la subtilité avec laquelle il pénétrait le sens de leurs textes les plus obscurs. Chargé de revoir la traduction que Fiorentino a laite de la Divine Comédie, il y proposa plus d'une fois des changements (jue le traducteur, tout Italien qu'il fût, acceptait avec beaucoup de grâce et de déférence. En 1840, M. Yiguier écrivit une piquante brochure sur les rapports du théâtre de Corneille et du théâtre espagnol. 11 préludait ainsi aux ingénieux commentaires dont il a enrichi la belle édition de Corneille, que publie la maison Hachette, sous la diiection de M. Adolphe Piégnier. Les connaisseurs y remarqueront surtout la comparaison du Moidnir et delà pièce espagnole qui en en a fourni le sujet.
La vie de M. Yiguier a été tout entière une vie d'études et de lectures. Dans sa jeunesse, il travaillait avec M. Cousin à la traduction de Platon, il aidait son illusliv ami à traduire le Manuel de lliistoire de la philosopJiie de Tennemann. Dans sa vieillesse, à. plus de soixante ans, il allait s'asseoir sur les bancs des Univer-
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sites de Bonn et d'IIeidelberg, au milieu des étudiants alliMuands, pour entendre parler de philologie, de philosophie, d'histoire par quelques-uns des maîtres de la science moderne. Jusqu'à son dernier jour, quelques livres choisis, un jeune ami formé à son école, comme lui passionné pour l'étude, ont été ses meilleurs, ses plus fidèles compagnons.