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APPLIQUÉS A LA LITTÉRATURE

Uni II', diversité.

OBJET DE LA DISSERTATION. — EXPLICATION DES MOTS : BEAU ET GOUT. — DIVISION DU SUJET

Les arts suivent dans leurs développements les progrès des passions dont ils ne sont en quelque sorte qu'une dépendance : c'est de leurs rapports avec elles que résultent toutes leurs règles et toutes leurs beautés. Telle est l'idée unique que je me propose d'établir et d'appliquer à la littérature, autant que l'étendue bornée de ce travail et la portée de mes forces pourront me le permettre.

Cette vérité, indiquée par Montesquieu et Rousseau, comme la base de la théorie du goût, me paraît avoir été trop négligée. Dans une matière où chacun se croit en droit de divaguer à son gré, où la multiplicité des applications semble faire disparaître entièrement l'vmité des principes, il était surtout nécessaire d'en établir de fixes et d'assurés, afin que du moins il fût possible de

1. Extraits de la thèse pour le doctorat soutenue le jeudi '28 juillet 1811. L'auteur était alors prol'esseiir-su|ipléant au lyeée Cliarleniagne. La nécessité où se sont trouvés les éditeurs d'enfermer en un seul volume les matières do leur publication, ne leur a pas permis, à leur grand regret, d'y faire figurer la totalité de cette thèse.

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laiiieiicr loiites les doctrines à un point eonnnun d'où elles seraient parties. Loin de là, toutes les théories du goût qu'on a élevées successivement, toujours opposées l'une à Tautie, sont restées en quelqu<' sorte isolées, sans qu'aucune ait pu l'ornier d'école.

Un grand nombre dauleurs on! regardé le senlinienl du beau comme primitif. Je ne combattrai pas directement cette opinion inféconde, qui donne carrière à tant d'erieurs, sans pouvoir, par sa nature même, produire une seule vérité. Il me suffira d'avoir lâché de prouver que pour faire du beau une idée primitive et d'un ordre particulier, nous n'avons pas |)lus de raisons, (pie pour attribuer la même propriété aux idées de sec et d'humide, de doux et d'amer, et à toutes celles que nous devons incontestablement à nos sensations.

Avant de m'engager à suivre, dans leurs progrès relatifs, les développements des passions et du goût, j'insisterai sur le rapport intime qui unit ces deux ordres de sentiments; ce n'est qu'en prenant à leur source les idées du bciiu et du goùl (pie nous pourrons connaître leur véritable nature.

Sens du mot iieau, ses diverses .vccEi-noNs. — L'homme a deux espèces de besoins à satisfaire : les besoins du corps et ceux de l'àme. Tout ce qui tend à satisfaire les premiers s'appelle bon (nous pouvons négliger les analogies auxquelles l'usage a ajipli({u(' ce mot); tout ce (pii [)eut satisfaiie les seconds s'appelle hraii .

Mais il est très-important de remarquei- (pièce mot est employé dans une tiiple accejjtion. D'abord, il signilie les (jualit(''S (pii r('i)()ndenl aux besoins de l'àme, et c'est là k beau dans les objets ; ensuite, le sentiment qui ri'sulte de ces besoins satisfaits, (M c'est là le beau considéré dans l'àme, aulremenl dil, le senlinienl dn beau. Enfin, le beau relativement à l'esprit , où l'idi'e du beau n'est que la considération de l'aptitude de certaines choses à satisfaire les besoins de noire àme. Il ne s'agit jjoint ici de faire la langue, mais de re\pli(pier.

Quand nous disons (pi'une cliose est belle, nous voulons dire qu'idle est propre à satisfaire un des besoins de l'àme, et rien de

m PRINCIPE ET DE i/ESPIllT DES LOIS DV GOUT. 1/

plus. La liberté, la gloire sont des besoins du cœur, elles sont belles. La douce pitié est un besoin du cœur; elle est belle, ainsi que l'art qui peut la produire en nous est beau. Si l'on n'en dit pas autant au sujet des misères vérilables qui excitent la pitié, c'est qu'à leur aspect la i)iti(' n'est plus qu'un sentiment pénible; mais il en naît souvent un sentiment qui n'en est que trop distinct, bien qu'il n'existe que par elle, le besoin de la bienfaisance ; et alors c'est la bienfaisance qui est belle, et non pas la pitié pi-nible et inactive. On donne encore ce nom aux objets de la nature, ([ui, par leur magnificence, leur grandeur, leur variété, et mille autres qualités que l'on ne pourra jamais atteindre dans toutes leurs nuances, peuvent émouvoir dans l'àme une passion agréable et conforme à ses besoins, de même que l'on appelle bons les aliments appropriés au système de nos organes et de nos besoins pbysiques. Demander s'il existe un beau, c'est demander si nous avons des passions; c'est demander si le bon existe à un liomme affamé, assis près d'une table bien servie.

Nous venons de considérer le beau comme qualité des objets; considérons-le maintenant en tant qu'idée de notre esprit. .\))rès avoir souvent ,uo\ité les jouissances que certains objets pouvaient procurer à l'àme, il était naturel à l'bomme de remarquer en eux cette propriété et de lui donner un nom. Cette notion abstraite et générale nous donne l'idée du beau dont traitent les critiques et les philosophes, mais pour laquelle ils ne peuvent se passionner, parce qu'il est absurde de se passionner pour une abstraction. Remarquons aussi qu'une des principales causes de la confusion qui règne dans les dissertations sur le beau, c'est qu'on n'a jias songé à le distinguer comme qualité, comme idée, et enfin comme sentiment. Voyons ce que l'on entend ^Slv senti luenl dv beau.

Un pompeux monument, une riche campagne, une scène de Corneille, excitent en nous le sentiment de la nouveauté, de la grandeur, de la variété, de la noblesse, de la joie, de la terreur modérée par d'autres sentiments; nous aimons l'objet qui satisfait si bien aux besoins de notre àme ; nous songeons combien il est approprié à notre nature; nous considérons quelle puissance l'a pioduit. Ces sentiments, cette admiration, forment ce que l'on

appelle le sentiment du beau, ou l'enthousiasme. Ce n'est point ridée générale du beautpii peut rexciter,inais un beau spectacle, un bel oufrafie. En un mot, le beau n'est dans notre cœur que la passion satislaite ; dans les objets, il n'est que la propriétf' de satisfaire nos passions; enfin dans notre esprit, la considération de cette propriété même; et, pour réduire encore nos expressions, le beau n'est, selon le point de vue sous lequel on le considère, que le rapport observé ou senti de la passion à son objet, ou de l'objet à la passion.

Cette distinction ne peut résoudre encore la question, elle ne sert qu'à réclaircir. C'est maintenant à l'analyse à trouver, dans nos passions et dans leurs objets, les sentiments et les qualités du beau. Je propose seulement cette explication préalable des mots, sans avoir encore le droit de l'établir; mais elle peut déjà nous faire comprendre la raison des contradictions et de l'obscurité que l'on rencontre dans toutes les déimitions du beau. Les uns ne le considèrent que comme une idée; les autres n'y voient qu'un sentiment; d'autres, enfin, ne sachant s'ils en feront une idée, un sentiment, ou une chose extérieure, ont fini par en taire une existence à part, un je ne sais quoi, une entité qui, ajoutée aux mvstères de notre nature, ne peut rien expliquer par elle-même, interdit tout accès au raisonnement, et n'admet que des observations toujours faibles, parce qu'elles sont détachées et sans liaison rigoureuse. Bien peu ont songé à chercher une origine aux sentiments et aux idées du beau, nul n'a marqué le rapport de tous ces sentiments, de toutes ces idées et de leurs objets avec toutes nos passions.

Du SUBLIME. — J'ai peu de chose à dire du sublime. Bien des auteurs, entre autres Burke, se sont tourmcnlé's pour établir la ligne de démarcation qui le sépare du beau; on ne leur a point tenu comjite de leurs efibrts, et leurs distinctions paraissent arbitraires, parce qu'elles tendent à une précision que les choses mêmes ne comportent pas. L'usage, qui a donné un sens au mot de sublime comme à celui de beau, nous le fait tous les jours employer uni(iuement comme un superlatif de ce dernier. L'àme fortement émue par des beautés supérieures à celles qui lui font épiT.nver une admiration plus cahuc <'.t plus soutenue, a besoin

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