‹ Fragments et correspondanceChapitre 9 sur 47 · DL' PRINCIPE ET DE L'ESPRIT DES LOIS DU GOUT · texte numérisé non relu

DL' PRINCIPE ET DE L'ESPRIT DES LOIS DU GOUT

d'une expression pour rendre, non pas le genre, mais le degré de ses affections. Il n'est pas une seule passion qui, produisant en nous le sentiment du beau, ne puisse être portée jusqu'au sentiment du sublime. Lonc^in, dans son traité, paraît s'être proposé uniquement d'observer les propriétés du beau dans sa plus grande élévation; et je ne pense pas qu'il puisse y avoir de plus puérile recherche que celle des passages sublimes et de ceux qui ne sont que beaikv dans les grands auteurs, bien mieux encore des passions et des objets qui doivent être attribués exclusivement à l'une ou à l'autre de ces classes.

Sens dl" mot goût. Ses diverses acceptions. — Danstoute langue, et surtout dans celle des scienctis et des arts, un mot peut avoir plusieurs acceptions; mais il n'a qu'un sens, dont toutes ses acceptions diverses ne sont que des analogies. Le mot beau en est la preuve ; celui de goàt peut nous offrir un autre exemple de cette vérité, et par une circonstance très-remarquable, le sens unique de ce mot présente les mêmes nuances et les mêmes modifications que celui de beau.

La différence du sens propre et du sens figuré du mot goiit disparaît presque entièrement par la justesse de la métaphore ; en sorte que nous pouvons dire, sans autre distinction, que l'on appelle goût la disposition de nos organes et de notre âme à ressentir, d'une manière agréable ou pénible, certaines impressions. En bornant d'abord, comme notre sujet l'exige, le sens du mot goûl aux dispositions relatives aux impressions de l'àrae, nous ne changeons point le sens, nous ne faisons que le restreindre sans le faire fléchir.

Mais de même qu'un grand nombre de termes de la métaphysique, qui expriment une faculté et le produit de cette faculté, de même aussi que le mot beau, le mot goût a un sens relatif à l'àme qui sent, à l'objet de ce sentiment, et aux idées qui résultent de Tobservatiou de ce sentiment.

Ainsi nous aimons ce qui est noble, grand, harmonieux : voilà le goût par rapport à l'àme. Ce qui est noble, grand, harmonieux, est de bon goût : voilà le goût, relativement aux objets de notre sentiment. Enfin, après avoir éprouvé ce sentiment, nous jugeons f[u'il (Joit être renouveb' par un sfiecla*']"', un ouvi'agc, où nous

retrouvons de pareilles qualités : et voilà le goût rfilativement à l'esprit'.

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