LE DOCTEUR PASSAVANT
nous sauve; car Ave c’esl Eva retourné Que dites-vous de ce christianisme?
M. le docteur Passavant explique le péché originel d’une façon très bizarre. 11 admet la préexistence des âmes ; et, pour lui, Adam n’est pas l’idéal de l’homme parfait, c’est la personnification de la matière. Les esprits que nous sommes ont donc péché dans Adam, c’est-à-dire dans la matière; et pour cela ils sont tous punis. C’est ainsi qu’Adam nous a perdus, et nous portons aujourd’hui la juste peine de ce péché originel. L’homme sent qu’il n’est pas dans l’ordre, qu’il n’y a pas d’harmonie en lui-même, et que l’étal actuel est un état monstrueux. M. le docteur Passavant, ainsi que M. Manuel, voit partout des preuves du péché originel contracté par tous et puni dans tous. Nous étions des anges, des êtres supérieurs qui nous sommes abaissés nous-mêmes vers, les choses de la terre, et Platon a entrevu la doctrine chrétienne. Quant à Dieu, on ne peut trop se pénétrer de ces paroles de saint Paul : « Nous vivons en Dieu et nous nous y mouvons. » La croyance en Dieu est la croyance primitive. Elle précède celle du moi; car le moi n’est concevable que rapporté à Dieu. — Oui, sans doute, le moi n’est bien et parfaitement concevable que rapporté à Dieu; mais, pour connaître Dieu ou quoi que ce soit, il faut aussi
1. Ce petit écrit avait été imprimé en J81G, et distribué seulement aux adeptes. M. Baader l’a publié de nouveau dans la collection de ses opuscules philosophiques, 2 vol. in-8», Mttuster, 1831-1832, t. l«r, p. 207.
S O U V i: N l H ti D’ A L L E M A G N E.
sc connaître soi-mômc. La connaissance de Dieu ne peut donc pas précéder celle du moi; elle la suit; tout au plus peut-on admettre que ces deux connaissances sont contemporaines : elles se supposent, se soutiennent et s’achèvent l’une l’autre.
M. Passavant ayant souvent employé dans la conversation le mot de révélation, je lui ai demandé s’il admettait une révélation particulière autre que la révélation faite une fois pour toutes au genre humain. 11 m’a dit qu’oui. — Socrate a-t-il connu cette seconde révélation? — Oui. — Et Confucius? — Aussi. — Mais la révélation dont vous me parlez n’est donc pas la révélation de Jésus-Christ; est-ce alors une révélation personnelle, faite à quelqu’un de privilégié, par une grâce spéciale? — Point de réponse intelligible.»
M. le docteur Passavant s’occupe beaucoup de magnétisme animal. Il en attend de grandes lumières et une sorte d’affranchissement des liens de la matière '.Il croit qu’on ne doit pas non plus mépriser les songes, et qu’on y voit souvent plus clair que dans la veille. M. Manuel nous a raconté qu’il connaît un homme, vivant encore à présent, et d’ailleurs très raisonnable, auquel est arrivé le fait suivant. Une nuit, il vit en songe sa fdle unique, en pension dans une ville voisine; il la vit mourante avec tel habillement, avec telle coiffure, dans telle chambre. 11 se lève, court à la ville
1. M. Passavant a depuis mis au jour des Recherches sur le magnétisme animal, Untersuchungeu iiher den Lebensmagnetismus, Francfnrt-sur-!e-Mcin. 1821.