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On voit par toutes ces citations que la Profession de foi a reçu de nombreux et puissants développements dans le dernier travail de Rousseau. Si on la considère comme étant le discours d’un simple vicaire, qui ne devait pas être très savant, à un jeune homme médiocrement instruit, on pourra préférer la composition que nous a conservée notre manuscrit. Elle était fort solide et ne manquait point de grandeur. L’œuvre sortie du dernier travail de Rousseau présente un caractère différent. En s’accroissant d’un assez grand nombre de paragraphes nouveaux contre la métaphysique matérialiste et athée du xviii* siècle, la Profession de foi a pris un haut intérêt historique et scientifique ; elle est moins à la portée du vulgaire, mais elle se recommande davantage à l’attention du philosophe; elle a conquis une place éminente à côté des productions philosophiques de l’ordre le plus élevé, entre le traité de l’Existence de Dieu et celui de la Connoissance de Dieu et de nousmêmes.
Passons maintenant aux corrections de détail, aux variantes que contient notre manuscrit. Nous dirons des détails ce que nous venons de dire de l’ensemble. Comme l’ouvrage entier a perdu de sa simplicité première et gagné en force et en profondeur par les nombreuses et considérables additions que le dernier travail lui a apportées, de même le style a peut-être quelque-
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fois perdu, mais il a presque toujours gagné aux innombrables corrections qu’il a reçues. Toutes mériteraient d’être relevées dans une édition critique ; ici nous sommes condamnés à faire un choix.
Rousseau pousse l’art beaucoup trop loin, il a des scrupules excessifs qui sentent l’étranger; il est puriste; il évite les répétitions de mots avec une sévérité outrée, inconnue des écrivains de l’âge précédent et de ' ceux de l’antiquité. La peur d’une répétition le conduit quelquefois à un défaut bien autrement grave, celui d’équivalents inexacts ou maniérés. En voici quelques exemples.
Page 9 : « Il commença par gagner la confiance du prosélyte. » Ce mot de prosélyte est peu heureux. Le bon vicaire n’est point un convertisseur; et en tout cas son interlocuteur n’est point encore un converti , un homme gagné à la doctrine du maître ; ce n’est qu’un vagabond qu’on essaye de ramener dans la bonne voie. Aussi le mot de vagabond est çelui qui était venu d’abord sous la plume de Rousseau. Pourquoi l’a-t-il effacé? Nous n’en pouvons trouver d’autre raison, sinon que plus bas il a mis et voulait maintenir : « Sa vie oisive et vagabonde. »
Page 13. « Je ne savais plus que juger de ces contradictions. » II* faut évidemment : Je ne savais plus que penser ; et c’est, en effet, ce que Rousseau avait écrit ; mais, comme un peu au-dessus il y a déjà : « Que devais-je penser? » pour varier, il a mis ici juger. Mais ce n’est pas du tout la même chose, quoique la différence
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se sente plus qu’elle ne se définit. Ces nuances sont la vie des langues : si quelquefois elles échappent à Rousseau, par cela seul qu’il est né à Genève et n’avait pas été dès son berceau comme pénétré du génie de la bonne langue française, quel moderne, doué d’un peu d’esprit, oserait écrire deux lignes dans une langue morte?
Page 25, notre manuscrit laisse voir distinctement cette phrase : « J’étais dans cet état d'incertitude et de doute que Descaries exige pour la recherche de la vérité. Cet état est peu fait pour durer. » Pascal ou Bossuet n’auraient pas même remarqué qu’il y a deux fois « cet état. » Celle répétition a choqué l’écrivain du XVIIIe siècle, et, pour l’éviter, il s’est résignera écrire : « J’étais dans ces dispositions d’incertitude et de doute; cet état est peu fait pour durer. » La correction ne vaut rien. On dit et on conçoit des dispositions à l’incertitude et au doute, mais on n’a jamais dit et on ne conçoit guère des dispositions d’incertitude et de doute.
Hàtons-nous d’ajouter que la crainte d’une répétition fait souvent trouver à Rousseau des beautés inattendues, comme on dit que la nécessité de la rime en suggère quelquefois aux poètes.
Page 20 : « 1 Après avoir quelque temps considéré ces objets en silence, mon digne maître commença ainsi : » Telle était la première leçon du manuscrit. Heureusement Rousseau s’est souvenu qu’il avait déjà dit plus haut, page 15 : « Dans la vie privée démon digne mai-