‹ Fragments et souvenirsChapitre 110 sur 117 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

DU STYLE DE ROUSSEAU

liberté. J’acquiesce à l’ordre qu’il établit, sûr de jouir moi-môme un jour de cet ordre et d’y trouver ma félicité; car quelle félicité plus douce que de se sentir ordonné dans un système où tout est bien 1 ? »

Mais, il faut l’avouer, tout nous est péril; si le travail seul conduit à la perfection, un soin trop précieux peut mener à la recherche, pire que la négligence, et quelquefois Rousseau, en s’efforçant de trouver le mieux, n’a fait que gâter ce qui était bien.

Page 18. Il s’était d’abord contenté de dire : « Ah ! quel triste tableau, m’écriai -je avec amertume. Que nous a donc servi de naître, et qui est-ce qui sait être heureux? » Après tout ce qui précède, ce peu de mots nous semble suffisant et d’une heureuse simplicité. L’auteur n’en a pas jugé ainsi, et le manuscrit donne cette correction : « Ah ! quel triste tableau , m’écriai-je avec amertume. S’il faut renoncer à tout, que nous a donc servi de naître? S’il faut ne tenir à rien pour vivre sans peine, qui est-ce qui sait être heureux?» Renoncer à tout, ne tenir à rien, reviennent à peu près au même, et avec tous ces circuits la pensée n’avance guère. Et puis, la phrase a bien de la symétrie : on ne parle pas ainsi dans une conversation. Eh bien! cela même n’a pas satisfait Rousseau : il a passé de nouveau celle période à l’alambic, et il en est sorti l’antithèse suivante : « S’il faut se refuser à tout, que nous a donc servi de naître? El s’il faut mépriser le bonheur, qui est-ce qui sait être heureux?

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