Plus haut, p
DU STYLE DE ROUSSEAU
Le début de la profession de foi du vicaire savoyard 1 passe avec raison pour une des meilleures pages de l'Emile. Dans la première composition, ce début était plus court et plus simple. Rousseau y a introduit des tournures plus savantes; selon sa coutume, il a lié plus étroitement les différents membres de chaque phrase; le style est devenu plus fort, mais il est moins limpide, et il semble qu’un commencement ne saurait être trop aisé et trop coulant. Voici ce premier début tel que nous le trouvons dans notre manuscrit:
« Mon enfant, n’attendez de moi ni des discours savants, ni de profonds raisonnements. Je ne suis pas un grand philosophe, et ne me soucie point de l’être; mais j’ai quelquefois du bon sens et j’aime toujours la vérité. Je ne veux point argumenter avec vous; je ne cherche pas à vous convaincre; il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon cœur. Si je me trompe, c’est de bonne foi ; quand vous vous tromperiez de même, il y aurait peu de mal à cela. Si je pense bien, la raison nous est commune : pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi ? »
A notre sens, cet exorde est parfait de simplicité, de naturel et de grâce, et nous osons croire que Fénelon n’y eût rien changé. Examinons les corrections que Rousseau y a faites.
1° « Il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon cœur. Consultez le vôtre durant