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DU STYLE DE ROUSSEAU

mon discours : c’est tout ce que je vous demande. »

Mon cœur, le vôtre, rapprochement familier à Rousseau et qui sent déjà l’apprêt. Durant mon discours est un peu trop oratoire : le bon prêtre ne doit pas dire qu’il fait un discours.

2° « Si je me trompe, c’est de bonne foi ; cela suffit pour que mon erreur ne me soit pas imputée à crime, » expression bien savante pour un commencement ; d’ailleurs, qui songe à lui imputer à crime ce qu’il dira? Évidemment le vicaire savoyard ne parle plus au jeune homme qui l’écoule; il s’adresse au clergé et à la Sorbonne.

3» « Si je pense bien, la raison nous est commune, et nous avons le même intérêt à l’écouler : pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi? » Celte addition : « et nous avons le même intérêt à l’écouter, » est au moins inutile, cl sépare assez peu agréablement les deux membres de la phrase.

En somme, la première manière est du ton du discours parlé; la seconde est du style du discours écrit; c’est déjà une imperfection. Platon travaille à écrire comme on parle ; Rousseau fait parler le bon vicaire comme lui-même écrit.

Page 51. Il y avait d’abord : « Les idées générales et abstraites sont la source des plus grandes erreurs des hommes. Dites-moi, mon ami, si, quand on vous parle d’une force aveugle répandue dans foute la nature, on porte quelque véritable idée à votre esprit? » Rousseau

a commencé à intercaler entre ces deux phrases cette re-

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marque : « Défiez-vous (l’un philosophe qui, vous éblouissant par ses grandes abstractions, ne vous laisse jamais rien éc laircir sur des exemples sensibles. » C’était là le langage de la raison. Mais la raison n’u pas semblé assez piquante. Ici, comme en d’autres endroits, Rous- .seau a appelé l’humeur à son aide; au lieu d’un sage conseil, il a mis une injure 1 contre la métaphysique, fort innocente pourtant des égarements des métaphysiciens du xvm' siècle.

Page 54. On admire, et avec raison, cette phrase tant de fois citée : « et le chaos de l’univers m’est plus inconcevable que son harmonie 2. » Rousseau avait mis d’abord : « et le chaos m’est incompréhensible. » C’est là, en effet, ce qu’il a voulu montrer : il s’est proposé d’établir qu’un état quelconque de la matière, sans lois et sans direction déterminée, c’est-à-dire le chaos, est absolument inintelligible; que toute chose réellement existante existe de tonte nécessité d’une certaine manière, avec telle ou telle détermination, telle ou telle loi, et par conséquent suppose un moteur et un législateur. Oui, le chaos est incompréhensible : celte proposition simple et profonde est d’un bien autre prix que la brillante antithèse que Rousseau a préférée.

Page 79. « Le mal moral est incontestablement notre ouvrage, et le mal physique, nécessaire au mérite de la vertu, ne serait presque rien pour nous sans nos vices,

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