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atomistique et corpusculaire, et du système des forces. Du plein et du vide. De l’échelle des êtres et de leur ordre de développement.
La philosophie de la nature a-t-elle fait des découvertes qui lui soient propres en physiologie, en anatomie comparée, en physique, en chimie, etc., ou n’est-ellc qu’une nouvelle manière d’expliquer les faits admis partout le monde?
Dieu est-il un être personnel, avec la conscience, et des facultés distinctes, par exemple le sentiment, la volonté et la raison, dans les proportions de sa nature infinie? ou n’est-ce que la personnification de l’ordre du monde, de la première impulsion jugée nécessaire pour commencer le mouvement, de la substance éternelle qu’on est obligé d’admettre derrière tous les phénomènes dont l’ensemble compose l’univers visible?
Le moi a-t-il par lui -même une substantialité qui résiste à la dissolution des organes corporels, et qui, par conséquent, soit un sûr fondement d’immortalité? ou le moi n’est- il lui-même qu’un phénomène soumis en ce monde à certaines conditions, et qui, pour durer dans un autre monde, aurait besoin d’un acte spécial de Dieu?
Morale. — Quel est le but de la vie? Une épreuve dont l'objet et la fin est le perfectionnement libre de l'âme, ou un simple et nécessaire développement de l’existence universelle sous certaines conditions particulières?
Kant a raison : il y a une loi du devoir distincte de
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l’intérêt et de la prudence, et il faut obéir à cette loi. Mais il s’agit de savoir ce que celte loi commande.
Théologie. — Quelle est l’authenticité des quatre Évangiles , et surtout de l’Évangile de saint Jean?
Du christianisme d'Alexandrie : ce qu’il a pu recevoir de la philosophie platonicienne.
De l’histoire du dogme de la Trinité jusqu’au temps de saint Athanase et du concile de Nicée.
De la philosophie de l’histoire et de l’interprétation symbolique appliquée au christianisme.
Dans le rapprochement qui, dit-on, s’opère aujourd’hui en Allemagne entre le luthéranisme et le calvinisme, laquelle de ces deux communions a l’avantage? La tentative de Leibnitz, à la (in du xvue siècle, de rapprocher les églises protestantes de leur mère, l’Église catholique, ne peut-elle se renouveler aujourd’hui, au moins dans le monde de la pensée, à l’aide d’une philosophie supérieure?
Esthétique. — 1° Le beau et le sublime sont-ils distincts? 2° Sont-ce des sentiments ou des conceptions? 3» Peut-il y avoir du beau et du sublime sans quelque idée morale? 4° L’art ne fait- il qu’imiter la nature, ou bien opère-t-il librement sur elle, et dans ce cas, quelle est sa règle et sa fin? 5° De la querelle du romantique et du classique. Le romantique n’est-il que l’imitation du moyen âge avec le cortège de ses idées et de ses sentiments, ou y a-t-il dans l'art un élément romantique, universel et éternel?
De du inonde. — Quel est le but vers lequel
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marche l’Europe depuis la révolution française? — Que pensez-vous du système représentatif dans la science et dans la pratique? La monarchie constitutionnelle n’estelle pas très préférable à la fois à la monarchie pure et à la démocratie pure, dont elle possède tous les avantages sans en avoir fcs inconvénients?
En Allemagne, après tant de systèmes de toute espèce, eu est-on encore à la recherche de tel ou tel système , qui paraisse supérieur à tous lés autres et s’établisse sur leurs ruines, ou ne sent-on pas le besoin de quelque combinaison plus vaste que tous les systèmes particuliers, et où chacun d’eux pourrait avoir sa représentation? On essaie une diète fédérale à Francfort. La philosophie aussi ne pourrait -elle pas avoir comme sa diète, où chaque grand système aurait ses droits et les ferait valoir au profit de la philosophie tout entière?
Tout en écrivant ces questions, et en laissant aller mon esprit au torrent de pensées et de rêveries où elles l’entraînent, j’arrive à Giessen, petite ville de sept à huit mille âmes, dans le duché de Hesse Darmstadt. Ce duché, comme tout État, même le plus petit, en Allemagne, a une résidence , où siège le gouvernement, et une université. La résidence est Darmstadt, et l’université, Giessen. Cette université n’est pas très ancienne et ne remonte pas au delà des premières années du xvu' siècle. Elle compte à peu près trois cents étudiants, le n’y séjourne pas, et le lendemain, laissant à droite Fulda avec sa cathédrale, où repose l’apôtre et le civilisateur
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de l’Allemagne, saint Boniface, et à gauche Wetzlar, où sont encore la couronne des empereurs d’Allemagne et l’anneau de 1er qu’on leur mettait au doigt, je quitte le duché de Hesse-Darmstadt et j’entre dans la Hessc-Électorale.
Ici se rencontrent partout des vestiges des anciens temps, partout-dès châteaux forts Joinbant en ruine. Population énergique et pauvre , montagnes couvertes de chênes, ciel gris, triste et plat, mauvais temps, mauvais chemin : sombre aspect de la Westphalie.
Marburg, type de la ville du moyen âge. Figurezvous au haut d’une colline un antique château en ruine; autour, sur le penchant et au pied de la colline, quelques maisons mal bâties : voilà Marburg. Mais, au milieu de ces tristes maisons, est une belle église gothique qui renferme des tableaux d’Albert Durer et les tombeaux de plusieurs princes de la Hesse. Marburg est aussi une des plus anciennes universités de l’Allemagne, fondée en 1527 par Philippe le Magnanime, sous l’inspiration de Mélanchlon, pour servir de foyer et de tribune au protestantisme. En me promenant dans la cour de cette vieille université, je songe à plusieurs de mes compatriotes qui jadis y trouvèrent un asile : je songe à ce courageux et savant franciscain d’Avignon, François Lambert, qui, ayant quitté la foi ancienne pour la foi nouvelle , vint ici défendre et propager la réforme par ses leçons et par scs écrits. C’est encore ici qu’il y a un siècle Wolf, chassé de Halle par l’orthodoxie protestante, devenue à son
MARBURG. M. TENNEMANN.
tour aussi intolérante, aussi ombrageuse que l'orthodoxie romaine, vint chercher un enseignement plus libre et publier en paix ses innombrables ouvrages. C’est ici enfin que l’histoire de la philosophie, fondée par Brucker, au milieu du xvm* siècle, a trouvé jusqu’au moment même où je parle les plus savants et les plus habiles interprètes. L’auteur de l'Esprit de la philosophie spéculative , Tiedemann, a été professeur à Marburg, depuis 1786 jusqu’à sa mort en 1803. Il a eu pour successeur M. Tennernann , c’est-à-dire l’homme de ce temps qui a rendu le plus de services à l’histoire de la philosophie '. Depuis 1804, M. Tennernann enseigne ici, et il publie une Histoire générale de la Philosophie qui compte déjà huit ou neuf volumes et qui doit en avoir une douzaine. L’n des plus importants écrits de ce savant homme est le Système de la philosophie plalonicienné, en quatre volumes ; et le plus utile peut-être est son Manuel de l'histoire de la philosophie , qui a paru en 1812 et qui aujourd’hui sert partout de base à renseignement, comme auparavant le Manuel de Brucker.
Je m'empressai de faire visite à M. Tennernann. C’est un homme d’environ cinquante-cinq à soixante ans, de taille moyenne , grêle de corps et de figure , d’une politesse extrême , et qui me reçut fort bien. Malheureusement il ne parle pas français. J’essayai un peu d’alle-
1. Je parlais ainsi, et avec raison, en 1817. Depuis s’est élevé M. Rittcr, et surtout M. Brandis, qui ont laissé Tennernann bien loin derrière eux.
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mand que je ne pus soutenir, et nous fûmes réduits à nous entretenir en latin.
M. Tennemann est un défenseur opiniâtre de la philosophie de sa jeunesse , celle de Kant ; il la regarde comme la dernière conquête de l'esprit humain, et c’est avec elle qu’il juge toutes les autres philosophies. — «Mais, lui dis-je, la philosophie de Kant aboutit au scepticisme. » — « Non pas , me répondit-il , on ne l’a pas comprise. » Et il se mit à me l’expliquer. Mais l’explication ne me suffisait pas; car elle-même était sceptique. Je le fis remarquer à M. Tennemann , et lui expliquai à mon tour ma théorie de l’objectivité de la raison'. Il la goûta médiocrement, et lui trouva même quelque analogie avec les idées de M. Schelling, dont il me peignit la doctrine comme le tombeau de la vraie philosophie et particulièrement de toute philosophie morale.
A propos de morale , je lui fis un grand éloge de celle de Kant, et je lui dis que je l’avais enseignée cette année à Paris. Je n’ai jamais vu un homme aussi étonné, et il in’avoua que, si un autre que moi le lui disait, il ne le croirait pas. Il me prenait les mains et me comblait de politesses. Je le calmai un peu en lui disant que j'adoptais toute la partie psychologique et toute la partie morale de la philosophie de Kant, mais que je n’en pouvais accepter les conclusions systématiques, et que
1. Voyez partout dans nos écrits, et particulièrement dans le livre co vhai, du beau ET du bien, leç. m'. de la valeur des principes, comme aussi Philosophie de Kant, leç. vi et leç. vm.