L'UNIVERSITÉ
faut aussi qu’il ait bien soin de laisser croître ses favoris, ses moustaches, souvent même sa barbe, et de prendre un air farouche. J’ai décrit le noble et antique Teuton ; voici le Rhénois : pantalon de velours noir, des bottes par dessous; une petite redingote noire garnie de boutons de môme couleur et nouée avec des cordons de soie noire; une toque noire et point de cravate. Ce costume est assez joli tant qu’il est propre.
On ne peut se faire ici une idée de toutes les folies que se permet celte jeunesse. Ce qui donne de l’importance à ces misères et en général aux étudiants, c’est que les universités en Allemagne sont presque toutes dans de petites villes. Mettez ces mômes étudiants au milieu d’une population nombreuse, occupée d’autres intérêts, ils se confondront plus ou moins avec elle. On a beau dire que les petites villes sont favorables à l’étude : elles ne sont favorables qu’à la bizarrerie des manières et môme à celle des idées. L’isolement est un mauvais apprentissage de la vie commune. 11 y a d’ailleurs mille raisons scientifiques qui veulent que les universités soient placées dans de grandes villes. Mais je ne discute pas, je raconte, et je reviens à Gœtlingen.
L’université de Gcettingen compte aujourd’hui douze ou quinze cents étudiants : elle n’en a jamais eu davantage , ni même autant. Les cours se font ou dans le bâtiment de l’université ou dans la maison du professeur. Les leçons sont d’avance indiquées pour chaque semestre comme chez nous. Chaque professeur annonce
en latin la matière de son enseignement, avec les
SOUVENIRS D’ALLEMAGNE
jours et les heures, et on réunit ces annonces dans un grand cadre suspendu dans la cour del’université.On les imprime aussi sous le titre de Catalogus prœlectionum.
Une université allemande ' se compose de quatre facultés, à savoir : la théologie , la jurisprudence, la médecine, la philosophie. Cette dernière faculté ( ordo philosophicus) réunit nos deux facultés des sciences et des lettres. Mais si au moyen âge les lettres et les sciences pouvaient se mêler impunément parce qu’elles étaient peu développées, aujourd’hui elles doivent se séparer pour prendre tout leur essor. J’en demande bien pardon aussi à la philosophie, mais je n’aime pas trop à voir son nom à la tête d’une faculté où sont renfermés tant d'objets différents que l’esprit philosophique doit tendre sans doute à embrasser et à rapprocher, mais par les efforts individuels de quelques philosophes, et non pas officiellement. Noire division française de faculté des sciences et de faculté des lettres est plus modeste et plus vraie.
Il y a dans toute faculté deux classes de professeurs : des professeurs ordinaires ( ordentliche ) et des professeurs extraordinaires ( ciüsserordentliche ); en outre, de. jeunes docteurs sont admis, avec l’agrément de la faculté , à donner des leçons dans la salle publique : c’est là la pépinière des professeurs.
Les professeurs ordinaires et extraordinaires reçoivent de l’État un traitement fixe assez modique ; mais ils
1. Voyez notre ouvrage sur l’Instruction publique en Allemagne, et
PARTICULIÈREMENT EN PRUSSE, ï VOl., 3* édition.