‹ Fragments et souvenirsChapitre 20 sur 117 · MADAME DE R · texte numérisé non relu

MADAME DE R

Gœllingen; on lui fit soutenir thèse; elle eut à vingt ans te bonnet de docteur, et, peu de temps après, on la maria à un riche négociant de Brème. Elle s’ennuya, et trouva, dit-on, un ami pour toute la vie dans un officier français chassé de son .pays par la tourmente révolutionnaire. Il avait toujours eu le goût des belles choses : elle lui donna celui des choses solides. Elle ne pouvait ennoblir son cœur, mais elle forma sa tête, encouragea et parlagca ses travaux, et c’est de là qu’est sorti M. de Villers. Depuis, la guerre ayant ravagé leHanovrc et les villes hanséatiques, Mme de K. perdit sa fortune ; son ami mourut en 1815, et je la trouvai, en 1817, à Gœtlingen, mal remise de la perte qu’elle venait de faire, et déjà sur le déclin de l’âge, presque réduite à la pauvreté, et consacrant le reste de sa vie à soigner son vieux mari tombé en enfance, età élever ses enfants, un jeune homme qui donnait les plus grandes espérances, et deux filles qui promettaient d’ètrc aussi aimables et aussi belles que leur mère. J’avais une lettre pour Mme de R., et presque tous les soirs j’allais passer une heure entre elle et ses filles. Mme de R. avait dû être parfaitement belle. Elle parlait très bien le français. Elle me frappait surtout par son grand sens et une élévation d’esprit que le malheur n’avait pu faire fléchir. Fidèle à Gœllingen età la philosophie de sa jeunesse, Kant élait son philosophe de prédilection, etelle me parlait deM. Schellingcommo auraient pu le faire MM. Schulze et Boutervvcck. Je lui faisais ma cour en lui apprenant que je faisais connaître la philosophie de Kant à la France. C’était bien le cas délui dire un

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