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ROUTE DE GCETTINGEN A BERLIN

lége Carolin, du nom de l’électeur Charles, établissement intermédiaire entre les gymnases ordinaires et les universités. M. Buhle, l’auteur de l’histoire de la philosophie morderne * , y est professeur. U revient de Russie, où il a dirigé quelque temps le collège de Saint- Pétersbourg. J’avais rendu compte de son célèbre ouvrage 1 2 et me promettais un grand profit dans ses entretiens : comme Feder il était à la campagne.

Approches du territoire prussien. Terre sablonneuse. Des soldats qui font l’exercice. Mines plus fières, corps plus robustes.

Magdeburg est une ville de guerre et de commerce. L’Elbe y passe et y apporte des bateaux de tous les pays voisins. La partie de la ville du côté de l’Elbe, où l’on embarque et débarque les marchandises, forme un frappant contraste avec l’autre partie, couverte de remparts et remplie de soldats. Ce sont les plus beaux remparts que j’aiffvus depuis ceux de Metz. Ici cinq lignes de circonvallation avant le dernier pont et la forteresse, bâtiment carré de trente pieds de haut. De toutes parts des gens affairés, des porteurs de ballots de laine et de coton, des vendeurs et des revendeurs, et au milieu de tout ce négoce des patrouilles qu’on exerce à toutes les heures du jour. Singulier

1. Histoire de la philosophie moderne, depuis la renaissance, Gœttingen, 6 vol., 1800-1804. Il y eu a une foit, mauvaise traduction française, Paris, 1816.

2. Fragments philosophiques , etc. , Philosophie contemporaine , p. 180, etc.

SOUVENIRS D’ALLEMAGNE

mélange d'activité commerciale et d’ardeur militaire.

Dansâtes rues on n’aperçoit que des portraits de Blüclier, de Gneisenaw, de Bulow, etc. Partout des récits des grands faits d’armes de la dernière guerre. Belle place d’armes devant un palais bâti par Guillaume Ier et que les boulets français ont à moitié démoli. Vis-à-vis est le Dôme ou l’église, avec ses deux grandes tours et ses hautes voûtes. Au milieu, un grand drapeau, avec ces mots : Régi et Patrice, 1813. A côlé sont inscrits sur une table de marbre blanc les noms des commandants et des officiers des légions de Magdeburg qui prirent part à la guerre de l’indépendance; au-dessous les noms des morts.

Autour de l’église est un cloître tout rempli de tombeaux et d’inscriptions funéraires, vieilles et nouvelles.

En l'honneur des filles du Nord et de M1"* de R., je copie l’inscription suivante sur la tombe d’une enfant morte à dix-sept ans sans avoir connu l’amour :

EXIGUUM HOC MONl.'MLN'Tl'.M V1RGINI

ANNÆ JUSTINÆ

F1LIÆ L'NICÆ UN1CEQUE DILECTÆ NATÆ ANNO 1646 V APRIL RENATÆ 8 APRIL DENATÆ ANNO 1660 XXI JANUAR MOEST1SSIMI PARENTES QUOS PER BREV1CULAM HANC VITAM NE VERBO QUI DEM OFFEND1T L'NQUAM TESTANDÆ GRATITU DIN1S ERGO POSE ERE.

Il n’y a point d’université à Magdeburg, mais on y

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compte (leux gymnases, avec une multitude d’écoles primaires. Deux gymnases dans une ville de guerre et de commerce; quelle leçon pour la France! A Lyon, six fois grande comme Magdeburg et la seconde ville du royaume, nous n’avons qu’un seul collège, en dépit du décret impérial qui en institue deux.

Sortie de Magdeburg. Pays désolé par la guerre et où l’on rencontre à chaque pas la trace encore tonte vive des maux passés. En môme temps, de loin en loin, quel beau spectacle, et comme l’Elbe coule noblement entre ces deux forêts de sapins! Puis, nous entrons dans un vrai désert de sable. Souvent nous courons à travers champs; des poteaux seuls marquent le chemin. Beaux effets de lumière sous les hauts bois de sapins. Les corps élancés des arbres laissent des intervalles où se jouent en riches accidents les rayons du soleil qui pénètrent à travers les tôles pyramidales. Çà et là de grands troncs de sapinscoupés s’élèvent comme des montagnes. Tout autour des bruyères immenses. Population rare, mais forte. De temps en temps quelques villages qui sortent à peine de leurs ruines. Mais dans les moindres lieux on sent la main du gouvernement et l’administration partout présente de Frédérick. Des affiches officielles portent le tarif de tous les prix, d’un dîner, du vin, du café, etc., et une affiche de ce genre doit être dans la salle à manger de toute auberge, et jusque dans la chambre de chaque voyageur.

Nous arrivons à 9 heures du soir à Ziesar, petite ville remplie de casernes, où se trouve un dépôt de cavalerie.

SOUVENIRS D’ALLEMAGNE

La Prusse est une vaste caserne et une grande écurie qui contiennent une cavalerie toujours prèle et des troupes sans cesse exercées.

Nous repartons la nuit pour Brandeburg. Toujours du sable, des forêts de sapins, des bruyères, des marécages; pas de chemin tracé. Nous avançons guidés par un chien qui nous avertit si l’eau est liasse ou profonde, si le terrain est uni ou inontucux ou en pente. On n’aperçoit rien; il faut écouter attentivement et distinguer si le chien qui nous conduit nage dans l’eau ou s’il marche, s’il se précipite ou s’il suit un terrain uni.

Brandeburg était la résidence des anciens électeurs. C’est la capitale de la vieille Prusse, le cœur de la monarchie. Il y règne un sérieux patriotisme, moins bruyant, mais aussi sensible qu’à Magdeburg. La Sprée y charrie ses eaux peu limpides.

Belle route de Brandeburg à Postdam, sur les bords de la Sprée. Jolie petite ville de Vcrder dans une île charmante.

Environs de Postdam. Parc et moulin de Sans-Souci. Le palais est une imitation mesquine de Versailles; tout y est dépourvu de vraie grandeur et de bon goût. Les chiens de Fréderick sont ensevelis dans les bosquets des empereurs romains, et les noms de Diane, de Tick, etc., sont là vis-à-vis de ceux d’Adrien et de Marc-Aurèle. Rien à voir, excepté la porte de Brandeburg et l’église de la garnison. Cette église n’est pas fort belle, malgré sa tour où une horloge joue une

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