BERLIN
chanson entière à chaque heure, une petite à chaque demi -heure, et un couplet à chaque quart d’heure; mais c’est là que repose Fréderick. Au milieu un autel, derrière cet autel un caveau, et dans ce caveau deux tombes, celle de Fréderick et celle de son père. Au-dessus du caveau s’élève la chaire, surmontée de l’aigle prussienne. Des deux côtés, hélas! des drapeaux français, conquis dans le dernière guerre, portent encore les numéros des régiments auxquels ils appartenaient. Voici le drapeau du 29' de chasseurs, criblé et déchiré ; voilà des aigles de la garde impériale! Je détourne les yeux, et sans m’arrêter davantage jesprends la route de Berlin.
La ville de Berlin. — M. Ancillon. — M. Solger. — M. Schleiermacher.
- M. de 'Wette.
Du <0 au 25 septembre.
Le premier aspect de Berlin est imposant. Quand on entre dans cette ville qui surgit d’un désert de sables, qu’on se promène pour la première fois dans ces rues larges et bien alignées où chaque maison est comme un palais, on éprouve une impression de grandeur. Mais, quand cette première impression est dissipée et qu’on regarde avec attention, on ne trouve plus un seul
SOUVENIRS D’ALLEMAGNE
beau monument dans cette ville si belle. L’ensemble frappe, et rien n’atlache. C’est une ville d’hier, qu’un grand homme a jetée dans l’espace sur de vastes proportions pour un magnifique avenir; mais, cet avenir n’étant pas venu, encore, il faut bien se contenter d’espérance, et songer à la guerre, à la politique et aux sciences plutôt qu’aux arts et au goût.
Au reste, ce. n’étaient pas les arts que j’étais venu chercher à Berlin ; j’étais venu y prendre en courant quelque idée de l’étal de la philosophie allemande, causer quelques minutes avec un certain nombre d’hommes célèbres sur les matières qui occupaient ma pensée, et tirer de ce commerce rapide des sujets de réflexion à mon retour dans ma patrie.
Arrivé à Berlin dans les premiers jours de septembre, je trouvai toute l’université en vacances. Le célèbre jurisconsulte Savigny était allé faire un voyage sur les bords du Hhin. Wolf, l’homérique, malade et se survivant à lui-méme, était retiré à la campagne. Je rencontrai une ou deux fois le voyageur Lichtenstein, l’anatomiste Rudolphi et le magnétiseur Wolfart. Ce fut en vain que le ministre de France, M. le marquis de Bonnay, me proposa de m’introduire dans la belle société de Berlin : je ne cherchais que des théologiens et des philosophes. Ma passion pour la métaphysique était telle qu’elle me rendait indifférent aux choses mêmes qui auraient dû exciter le plus mon intérêt. Je pus à peine obtenir de moi d’aller deux ou trois fois au théâtre entendre Wolf et Mm" Slich; et, pour faire ici ma confession tout