Sur M. Herbart, voyez le Manuel, t. II, p. 330, etc
3. Le Manuel range M. Solger parmi les partisans de M. Sclielling, t. Il, p. 305.
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J’aurais bien désiré que M. Solger s’expliquât avec moi; mais il éludait le plus qu’il pouvait mes questions métaphysiques et me rejetait sur la politique. « Ici les choses ont assez bonne mine, mais en vérité nous serions dans un danger extrême si les finances n’étaient en assez bon état. Le congrès de Vienne a composé la Prusse de populations dont les mœurs et la religion sont très différentes, ce qui excite et nourrit des troubles intérieurs et une fermentation qui pourrait devenir redoutable. Aujourd’hui la moitié de la Prusse est catholique. Les pays du Rhin et celui de Münster, éloignés du centre, supportent impatiemment une autorité protestante. 11 faudrait réunir la Saxe à la Prusse pour la fortifier contre l’Autriche, et surtout contre la Russie, maintenant limitrophe de la Prusse. Il y a antipathie entre les Russes et nous; et sans le bon accord des souverains, la guerre se déclarera tôt ou tard entre les deux peuples. La vraie Prusse est admirable de patriotisme et de courage. Les Poméraniens se sont conduits comme des héros. Nous sommes divisés en deux partis; les nobles voudraient bien une constitution, mais fondée sur les anciens droits de la nation; ils veulent un passé, plus ou moins libéral; les autres pensent qu’il faut travailler sur le présent et dans un esprit nouveau. »
M. Solger, qui évitait la métaphysique et s’excusait toujours sur son peu d’habitude du français, ne tarissait plus lorsqu’il s’agissait de son pays et de la dernière guerre. C’était un patriote allemand dans le vrai et bon sens du mot. Il avait servi lui-même dans la landvverh,
M. SOLGER.
et il lui restait encore quelque chose de l’ardeur militaire qui en 1813, 1814 et 1815 avait transporté toute l’Allemagne sur les champs de bataille. « Nous a\ons été battus à Iéna parce que nos officiers étaient de petits nobles ignorants. Depuis, nous avons été souvent vainqueurs, parce que ceux-là commandaient qui l’avaient mérité par leurs services. C’est une excellente ville que Berlin. Vous n’avez pas d’idée de l’enthousiasme qui nous saisit tous après la bataille de Gross-Gœrschen. Vous étiez à nos portes ; tout Berlin voulait s’enrôler sousBulow. On se moque aujourd’hui de l’ardeur guerrière de Fichte ; mais j’étais avec lui, Monsieur, quand il prit la résolution de quitter sa femme et ses enfants pour aller à l'armée, et je vous assure que ce qui se passa dans son cœur, ce que j’y vis, était admirable. Ah ! si vous aviez connu Scharnhorst! c’est le sauveur de l’Allemage. Gneisenau est son élève. Bulovv n’avait peut-être pas d’aussi grands talents militaires, mais c’était un homme heureux. Blucher avait l’avantage de n’avoir qu’une seule idée, celle de pousser la guerre à toute extrémité et de ne s’arrêter qu’à Paris. C’était un mauvais sujet, une mauvaise tète, mais un bras toujours prêt. Il n’avait qu’une idée et un mot : « Kinder, forwürls, Enfants , en avant. »
Puisque je ne pouvais rien tirer de M. Solger en métaphysique, je m’enfonçais avec lui dans la politique et la guerre, ces deux autres passions de mon cœur. Nos idées se ressemblaient beaucoup; quant à nos*sentiments, il avait trop de délicatesse pour ne pas me parler avec res-
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pcct de la France, et je ne croyais pas mon patriotisme engagé à lui cacherdans l'intimité ma profonde admiration pour la conduite de l’Allemagne. Nousnousétionsliés de cœur, presque sans nous connaître , et je l’aimais parce qu’il paraissait m’aimer. Je ne puis pas dire la tendresse et les soins qu’il a\ait pour sa femme qui relevait de maladie. A peine étions-nous restés ensemble deux minutes qu’il me quittait pour aller lavoir, puis revenait auprès de moi, et toujours ainsi pendant deux ou trois heures. Cette femme qu’il aimait tant, sans être belle, était agréable, bonne et douce comme une Allemande, instruite et suffisamment aimable. La veille de mon départ, nous allâmes tous les trois en bateau sur la Sprée faire une promenade à Charlottenburg, le Saint-Cloud de Berlin comme Posldam en est le Versailles, et visiter ensemble le monument de la feue reine qui vil encore dans les souvenirs du peuple et dans les regrets de son époux. A mesure qu'on approche de ce monument, l’aspect du beau jardin de Charlottenburg devient plus mélancolique. La disposition des lieux, des allées, des points de vue, le choix des arbres et leur arrangement, tout porte l’empreinte et inspire le sentiment d’une douleur profonde. On arrive au monument par une allée oblique de saules pleureurs sous lesquels est un banc où le roi vient souvent s’asseoir près du tombeau de son épouse bicn-aimée. On dit que, lorsqu’il est à Berlin, il passe rarement une semaine sans venir en cet endroit.* M"0 Solgcr me raconta quel amour et quel respect ce prince avait toujours eus pour sa femme,