‹ Fragments et souvenirsChapitre 3 sur 117 · Voyez Philosofhie de Kant, leç. a", p. 24, etc · texte numérisé non relu

Voyez Philosofhie de Kant, leç. a", p. 24, etc

M. Hasse, dialogue que celui-ci écrivit le jour même, et qu’il cite tout au long avec la complaisance d'un homme qui y joue le premier rôle.

Kant avait parlé à ses amis de la peine qu’il avait éprouvée le matin à déterminer avec précision l’idée propre de la philosophie dans un des chapitres de l’ouvrage auquel il travaillait avant sa mort et qu’il n’a pu achever.

Hasse. Les philosophes ne sont donc pas d’accord sur ce qu’est proprement la philosophie?

Kant. Comment le seraient-ils? Us disputent encore s’il y a une philosophie.

Hasse. Mais, puisque les mots de philosophe et de philosophie existent, ils doivent renfermer quelque idée. Assurément les Grecs devaient attacher une certaine idée à ces mots : so/os et sofia, et c’est cette idée qu’il faudrait chercher, d’autant plus que les anciens exprimaient, ou du moins pensaient exprimer avec les mots l’essence des choses.

Kant. Mais ici l’étymologie ne sert pas à grand’chose, et tout finit à sofos. So/os est le sapiens des Latins : philosophia est studivm sapientiœ, comme dit Cicéron, et voilà tout.

Hasse. Pardon, sapiens est la traduction du mot grec safes', cl non de sofos, et il reste à savoir ce que safes veut dire. Nous autres Allemands, nous avons appelé philosophe { weiser ) celui qui sait beaucoup ( der viel

1 . Inutile de relever la fausseté d’une pareille étymologie.

weiss). C’esl bien là le savant, mais non pas le philosophe dans le sens grec ; et quand Cicéron explique la sapientia, il fait une définition de choses, comine il le dit lui-même, définition qui ne rend pas compte du mot sapientia.

Kant. Eh bien ! avez-vous mieux?

Hasse. Permettez-moi : les Grecs n’étaient pas des génies inventeurs. Ils n'avaient pas inventé la philosophie; ils l'avaient reçue et développée. Il faut donc chercher à quelle nation ils avaient emprunté la chose, et par conséquent le mot, et quel est dans cette nation le sens primitif de ce mot.

Kant. Ce ne pouvaient être qu,e les Égyptiens et les Phéniciens.

Hasse. En cophte et en égyptien, philosophie n’est pas un mol primitif. Sa racine est phénicienne et hébraïque.

Kant. Alors il faut qu’il ait été porté là par les Grecs, car les Phéniciens et les Hébreux n’étaient pas philosophes.

Hasse. Cependant ils ont le mot; et pensez, je vous prie, que ce n’est pas des contrées voisines, que ce n’est pas de l’Égypte qu’est venue la connaissance de l’unité de Dieu, connaissance qui, en supposant qu’elle n’émane pas d’une révélation surnaturelle (je 'parle à un philosophe), témoigne certainement d’une culture philosophique très élevée. Ensuite la chronologie s’oppose à ce que le mot sofos soit venu de la Grèce dans l’Orient; car les Hébreux appelaient leurs prophètes des philo-

soplies (sofihm), à une époque où les Grecs cultivaient à peine les sciences; et Sanchoniaton parle de sofah semin, c’est-à-dire de philosophes célestes, dans un temps où les Grecs n’avaient pas encore d’existence nationale, et mangeaient le chêne autochthone.

Kant. Et que signifie ce mot hébreux ?

Hasse. En hébreu, le verbe safah signifie speculari, spéculer; l’adjectif sofeh, le so/os des Grecs, un spéculateur, et le substantif sofiah,, spéculation.

Kant. Celte étymologie rend très bien compte de l’idée fondamentale de la philosophie : ne voulez-vous pas développer cela et le donner au monde savant?

Hasse. Je craindrais qu’on n’y vît que des subtilités et des; minuties verbales.

Kant. Je ne regarde point de pareilles recherches comme inutiles.

Ce même jour, 15 juin 1802, Kant dit à M. Hasse qu’il avait beaucoup pensé à l’idée de Dieu, et que cette méditation l’avait beaucoup fatigué. II ajoutait que cela ne venait point de l’âge ou de la faiblesse de sa tête, mais de la difficulté du sujet.

Sa conversation à table était, comme on Je voit, forte et instructive. Mais il ne faudrait pas croire qu’elle fût toujours d’un genre aussi sévère; quand elle avait pris quelque temps un tour sérieux , il s’empressait de l’égayer, et voulait que tout le monde s’amusât. C’était alors l’hôte le plus aimable. Quelquefois pour mettre ses convives en bonne humeur, il récitait des vers singuliers qu’il avait appris dans sa jeunesse, et qu’il disait

du ton le plus naïf, à faire pâmer de rire ses amis. Il racontait des anecdoctes sur lui-môme et sur les autres ; par exemple sur Frédéric le Grand, qu’il admirait beaucoup, ainsi que Bonaparte. Pour s’amuser, il demandait à son domestique qui était roi d’Angleterre. Celuici devait répondre : M. Pitt; et cette idée peu à peu s’empara si bien de son esprit qu’il ne voulait plus entendre parler d’un autre roi en Angleterre. 11 avait les reparties les plus heureuses, et il lui échappait une foule de mots pleins de finesse et de grâce, comme on en trouve plus d’un dans ses ouvrages : par exemple, celuici sur la philosophie comme servante de la théologie. Oui, disait-il; mais il s’agit de savoir si c’est son porteflambeau ou son portc-çueue.

Nous venons de faire connaître les dîners de Kant, c’est-à-dire sa conversation. Voici maintenant quelques détails sur sa manière de vivre, ses habitudes dômestiques, ses petites singularités, les excellentes qualités de son cœur et la tournure de son caractère.

Son tempérament était extrêmement sec. Il ne transpirait ni jour ni nuit. Il lui fallait dans son cabinet une chaleur constante de 75 degrés Farenheit ; il était malheureux quand il en manquait un seul; et même en juillet et en août, quand la température ne montait pas jusque-là, il faisait du feu jusqu’à ce que son thermomètre fût arrivé à ce degré.

Autant il était ennemi déclaré de toutes les petites délicatesses et des soins excessifs qu’on prend de soimême, autant il était observateur scrupuleux des règles

d'hygiène qu'il s!étail prescrites. Ainsi il portait toujours des bas de soie, qu’il ne liait pas autour de la jambe par des jarretières, mais qu’il soutenait par des cordes à boyaux, atlachés à de petits ressorts élastiques qui étaient fixés- dans deux petits goussets pratiqués tout exprès à côté de ses goussets de montre. Tout cet arrangement, aussi compliqué que celui d’un de ses traités de métaphysique, avait pour objet de maintenir la libre circulation du sang.

Kant, qui se servait si bien de sa plume, ne savait pas la tailler. Il était fort bon mécanicien en théorie, mais nullement en pratique, ce qui donnait lieu à des scènes très plaisantes entre lui et son domestique Lempe. Le grand théoricien posait à meweille le problème dans toutes les petites circonstances domestiques, et c’était Lempe, le praticien, qui était chargé de le résoudre. Mais la pratique et la théorie ne s’accordaient pas, et rien n’allait, ce qui était fort pénible à Kant : il aimait que tout se fit bien et vite. Sa question ordinaire était : « Cela peut-il se faire sur-le-champ? » A quoi il fallait répondre : « Oui, sur-le-champ» ; un simple oui ne lui eôt pas suffi; mais « oui, sur-le-champ », vous valait : « Oh ! c’est à merveille. »

Veut-on savoir une originalité du bon vieillard? Quand il congédiait un ami, son habitude était de lui serrer la main : mais il ne fallait pas qu’on le lui rendit trop fort, et un savant célèbre ayant mis sa susceptibilité en ce genre à une trop rude épreuve, il ne voulut plus le revoir jusqu’à ce qu’il se fût bien corrigé ; après

quoi il le reçut avec plaisir, et ils devinrent très bons amis.

Il était méthodique, régulier, constant dans toutes ses habitudes jusqu’à la minutie. Nous avons dit que le malin il prenait dans son cabinet un peu de thé, et pendant ce temps repassait en son esprit l’emploi de sa journée qu’il avait arrêté la veille. Un jour que M. Wasianski était venu de très bonne heure pour quelque affaire, il trouva Kant à sa table à thé , et sans façon lni demanda à partager son petit déjeuner. Kant y consentit avec sa politesse accoutumée. « Je m'assis donc auprès de lui , dit M. Wasianski ; mais je vis bien que quelque chose le troublait. A la fin , il me pria de vouloir bien me placer de manière qu’il ne me vit pas, car il y avait plus d’un demi-sièele qu’il n’avait pas eu une âme auprès de lui en prenant son thé le matin. M. Wasianski se prêta bien volontiers à son désir, et Kant reprit sa tranquillité ordinaire. Quoiqu’il ne fit plus de leçons, et qu’il ne travaillât plus guère , cette habitude d’un demisiècle de se recueillir un moment seul avant de commencer sa journée était si forte en lui qu’elle avait survécu aux motifs qui l’avaient fait naître. »

Il n’était pas accoutumé et n’aimait guère à être contredit. La supériorité de son esprit, sa moralité sans tache, l’étendue de ses connaissances, sa gaieté quelquefois caustique, le rendaient à la fois trop respectable, tropaimable et trop redoutable aussi pour qu’on s’avisât de l’attaquer. Cependant il détestait toute flatterie, et faisait un cas infini de la droiture et de la franchise. Une contradic-

tion bienveillante et amicale était assurée de son estime et même de son respect. Il admettait très bien les conseils; souvent môme il allait au-devant d’eux, et sur la fin de sa vie il s’y abandonnait entièrement, non par faiblesse, mais par l’esprit de conséquence qu’il portait partout. Il voulait ou agir par lui-même d’après ses propres vues , sans se laisser ébranler ni détourner, ou, s’il ne le pouvait, s’en remettre absolument aux conseils de celui auquel il aurait, une fois pour toutes, donné sa confiance. C’est ce qu’il faisait dans les derniers temps avec M. Wasianski. Nulle réserve avec lui, nulle contestation. Il avait promis à M. Wasianski et s’était promis à lui-même de faire ce que celui-ci lui recommanderait pour tous les détails de sa maison; et il mettait du scrupule à tenir sa parole. «Mon cher ami, lui disait-il quelquefois, quand vous trouvez une chose utile, et que je la trouve inutile ou même mauvaise , si vous me la conseillez , je veux la faire. » Sa facilité était encore une suite de sa fermeté et de son habitude de se conduire en toute chose par principes.

Kant avait adopté le paradoxe d’Aristote : Mes amis, il n’y a pas d'amis. Il se servait de l’expression d’ami dans les relations ordinaires comme de celle de très humble serviteur au bas d’une lettre, et on ne s’en étonnera pas si on songe à la manière dont il avait passé sa vie. Sa destinée s’était écoulée tout entière dans son cabinet. Son rôle en ce monde était celui d’un penseur et d’un observateur. Il ne connaissait les passions, les

souffrances et le malheur que de nom ; dévoué tout entier à scs études , il avait recherché et facilement rencontré des relations sûres et agréables, sans éprouver le besoin d’une affection particulière très intime ; mais quand avec l’âge un appui et des soins continuels lui furent devenus nécessaires, et qu’il les eut trouvés dans quelques-uns de ses amis et surtout dans M. Wasianski, il abandonna son triste paradoxe et convint que l’amitié n’est pas une chimère.

11 conservait une reconnaissance profonde du bien qu’on lui avait fait, et jusqu’à ses derniers moments la mémoire de ses bienfaiteurs lui demeura sacrée. Il se souvenait particulièrement du docteur Franz1 Albert Schulze, directeur du collège de Frédéric, où il avait été élevé, et qui le premier avait reconnu ses dispositions, avait engagé ses parents à le faire étudier, et l’avait sans cesse protégé, lui et les siens, avec cette délicatesse qui permet d’accepter les bienfaits sans en rougir. Kant ne parlait jamais de M. Schulze sans un vif sentiment de respect et de reconnaissance , et il regrettait de ne lui avoir pas rendu un hommage public dans quelqu’un de ses écrits.

Mais c’était surtout le souvenir de sa mère qu’il gardait avec une vénération et une tendresse particulière. C’était , à ce qu’il paraît, une femme d’un grand esprit naturel, d’une âme élevée, d’une piété sincère; et Kant, comme la plupart des grands hommes, tenait surtout de sa mère. Elle avail eu la plus grande influence sur le caractère de son fils, et il lui rapportait en partie

ce qu’il était devenu par la suite. Elle n’avait pas négligé ses propres dispositions, et elle possédait une sorte de culture que probablement elle s’était donnée ellemême. Avertie par M. Schulze , elle reconnut bientôt la capacité supérieure du jeune Emmanuel, et prit le plus grand soin de son éducation. Elle était fort attachée à ses devoirs de femme; son mari était aussi un très honnête homme. Tous deux aimaient par-dessus tout la vérité; jamais aucun mensonge ne sortit de leur bouche; jamais aucune querelle ne troubla leur ménage; et jamais leur lils n’assista à ces tristes scènes où les parents, par les reproches réciproques qu’ils s’adressent l’un à l’autre, affaiblissent dans le cœur de leurs enfants le respect qui leur est dû. Ces bons exemples influèrent utilement sur le caractère de Kant : son éducation ne mit point en lui le germe de défauts que plus lard la meilleure volonté ne parvient pas toujours à déraciner entièrement. Sa mère allait souvent avec lui dans la campagne, lui faisait remarquer les objets curieux de la nature , lui apprenait à connaître les herbes utiles, lui parlait même de l’ordre et de l’arrangement du ciel selon ses faibles connaissances. Elle, remarquait avec joie et cultivait l’intelligence de son fils chéri. Les questions de celui-ci l’embarrassaient souvent. Lorsqu’il alla à l’école, et même quand il était à l’université, les promenades de la mère et du fils continuèrent , mais les rôles étaient changés. C’était la mère qui faisait les questions et qui était l’écolière j c’était le fils qui expliquait et donnait les leçons; l’heu-

reuse mère acquérait ainsi une instruction qui lui était précieuse, et elle la tenait de son fils, et en même temps elle y voyait la preuve de ses progrès rapides qui la remplissaient d’espérance. Mais quelles que tussent ses illusions maternelles , jamais sans doute elles n’allèrent jusqu’à deviner la grandeur de la destinée de son cher Emmanuel. Sa mort laissa dans lame de Kant des regrets profonds. 11 se plaisait à raconter plusieurs circonstances de la vie de sa mère, et surtout celle qui l’enleva avant l’àge. Elle avait une amie qu’elle chérissait tendrement. Celle-ci était fiancée à un homme auquel elle avait donné tout son cœur, et qui trahit sa foi et en épousa une autre. La pauvre délaissée prit une fièvre de chagrin qui la conduisit au tombeau. La mère de Kant la soigna dans sa maladie, et son amie faisant difficulté de prendre les remèdes qui lui étaient ordonnés, sous prétexte qu’ils avaient mauvais goût, elle, pour la convaincre du contraire, prit elle-même une cuillerée de la potion que la malade venait de goûter. A l’instant le frisson la saisit, son imagination s’émut, et comme elle avait remarqué des taches sur le corps de son amie, elle les prit pour des signes d’une fièvre putride contagieuse, déclara qu’elle était perdue, se mit au lit le même jour, et mourut bientôt victime de l’amitié.

A la plus vive reconnaissance pour ceux qui lui avaient fait du bien, Kant joignait une indulgence extrême pour tous les hommes. 11 ne parlait mal de personne. Il évitait les entretiens où il était question

des vices grossiers de l’humanité, comme si en parler seulement eût dû mettre d’honnètcs gens mal à F aise, et de moindres défauts lui paraissaient au moins un sujet peu digne de conversation. 11 rendait justice au mérite et cherchait des hommes distingués pour les avancer à leur insu. Aucune ombre de rivalité, encore moins d’envie, n’était en lui. Il mettait le plus aimable empressement à servir ceux qui débutaient. Il parlait de ses collègues avec une grande considération et rendait justice au mérite particulier de chacun d'eux. Il y en avait môme un, à ce que dit M. Wasianski, qui malheureusement ne nous apprend pas son nom , que Kant mettait à côté de Képler, c’est-à-dire, selon lui, du penseur le plus profond qui ait encore existé. Avec cette bienveillance générale pour tout le monde, on se doute bien qu’il ne méprisait aucune profession. Il réservait son mépris pour ceux qui se conduisaient mal dans chacune d’elles, et encore l’exprimait-il rarement.

A mesure qu’on le connaissait davantage , on ne pouvait s’empêcher d’admirer les vertus fortes qui le caractérisaient , la fixité dans ses principes , la fermeté dans ses actions, la constance dans ses résolutions, la régularité dans sa manière de vivre, la résignation à la destinée. Advienne que pourra, disait-il sans cesse; et quand les choses n’allaient pas selon ses désirs , mais sans qu’il y eût de sa faute, sa maxime était de faire bonne mine à mauvais jeu. C’était d’ailleurs le plus doux des hommes, et dans toule sa vie il n’avait pas fait de mal à un enfant. Il était d’une bienfaisance qui

eût été remarquée dans une plus grande fortune , et la sienne n’était que celle d’un philosophe. Né pauvre , ses leçons et ses écrits , avec de l’ordre et de l’économie, lui avaient fait peu à peu une existence honorable dans une petite ville comme Kœnigsberg. Un testament qu’il fit en 1798 portait sa fortune à 14,310 rixdalles, sans compter sa maison et son mobilier; à sa mort elle s’élevait à 17,000 rixdalles. (environ 64,000 francs). Son revenu était à peu près de 2,000 rixdalles. Sur ce revenu , il donnait, au témoignage de M. Wasianski, son homme d’affaires, 200 rixdalles à sa famille. 11 était attaché à ses parents, et l’on a vu combien il chérissait sa mère ; mais en général il n’aimait pas les voir autour de lui, non pas qu’il en rougit, il était bien au-dessus d’une pareille faiblesse, mais parce qu’il ne pouvait y avoir entre eux et lui aucun commerce satisfaisant. Il s’assurait qu’ils étaient bien, leur faisait remettre chaque mois une certaine somme lixe, puis il n’en voulait plus entendre parler. Il avait fait à sa sœur, un peu moins âgée que lui , une petite pension qu’il augmenla successivement. Il finit par la recueillir chez lui, et quoique accoutumé à n’avoir personne autour de lui , il se fit peu à peu à sa société , et prit même son fils dans sa maison. Quand il remplaça son vieux domestique Lempe, qui avait fini par se gâter et par être insupportable , il lui fit une retraite de 40 rixdales. Il donnait chaque année à la caisse des pauvres une somme presque égale à celle qu'il consacrait à sa famille, sans parler des charités hebdomadaires qu’il fai-

sai( à beaucoup d’indigents; mais il ne donnait jamais à ceux qui lui demandaient dans la rue. 11 voulait s’assurer du vrai besoin qu’on avait de ses aumônes et de l’usage qu’on en ferait. Sa bienfaisance, jointe à sa vieillesse, lui attirait des visites où l’importunité allait quelquefois jusqu’il la violence : il retrouvait alors toute sa fermeté, et quoiqu’il n’eût qu’un souffle de vie , il savait se faire respecter. Une femme un jour pénétra jusqu’à son cabinet sous quelque prétexte, et allait lui prendre sa montre, quand M. Wasianski arriva. Kant prétendit qu’il l’aurait bravement défendue.

Avec le cœur lé plus débonnaire était chez lui une fermeté inébranlable. Quand une fois il avait promis, il tenait sa promesse plus religieusement que d’autres leurs serments; et M. Wasianski rapporte qu’il se servait de cette fidélité de Kant à sa parole pour l’empêcher de faire des choses nuisibles à sa santé, et de céder à certaines habitudes qui ne convenaient plus à son âge. L’important était d’obtenir sa parole qu’il s’abstiendrait de telle ou telle chose; la ptfrole donnée était inflexiblement tenue, et les désirs les plus ardents mis au néant. Ainsi Kant souffrit longtemps les défauts de son vieux domestique qui, s’autorisant de ses longs services, abusant des bontés de son maître, et se fiant à sa répugnance bien connue pour changer ses habitudes , devint inexact, paresseux, insolent avec les amis de Kant et avec Kant lui-même. Lempe comptait que jamais Kant n’en viendrait à se séparer de lui , et la patience du philosophe fut en effet très grande. Mais

Lempe fut perdu le jour où Kant prit et annonça la résolution de s’en défaire. Dès lors ni promesses ni prières ne l’émurent. Il le traita convenablement, et lui Ht une pension , mais à la condition expresse que ni lui ni les siens ne remettraient les pieds à la maison.

Il détestait en toutes choses l’affectation, le genre solennel et sentimental, qu’on ne lui épargnait pas toujours, et qui lui était d’une fadeur insupportable. Tout ce qui était exagéré, soit dans les manières, soit dans le langage, le mettait au supplice. 11 n’aimait que ce qui était simple, naturel et tout uni. Aussi les professeurs d’éloquence étaient-ils assez mal venus auprès de lui, comme on le voit dans son Anthropologie ; il les comparait aux avocats. Il recherchait peu les théologiens et les juristes. C’était le moraliste dans Standlin' dont il faisait cas, et il fallut une circonstance particulière pour lui faire faire attention aux écrits de Schmalz3. Ses favoris étaient ceux qui s’occupaient des sciences exactes et des sciences naturelles, surtout, comme nous l’avons déjà dit, les médecins, dont il estimait infiniment les connaissances accessoires.

Sa bibliothèque était très peu nombreuse; elle ne contenait pas plus de 450 volumes, et encore la plupart étaient-ils des cadeaux. Il n’avait pas eu besoin d’avoir des livres à lui, ayant été précédemment bibliothécaire

1. Célèbre théologien de l’Université de Gœttingen. Voyez plus bas .Souvenirs d’Ali.emagne, dix jours à Gœttingen.

2. Jurisconsulte distingué de l’école de Kant. Voyez le Manuel de l'histoire de la philosophie de Tennemann, traduction française, 2e édit, t. U, p. SOI .

de la bibliothèque royale de Kœnigsberg, où il trouvait tous les bons ouvrages, et en particulier une riche collection de voyages, qui lui avaient servi pour sa géographie physique. Depuis, il s’était arrangé avec son libraire pour avoir en communication les ouvrages nouveaux. Il les lisait rapidement et les renvoyait.

Il recevait chaque jour des lettres de toutes les parties de l’Allemagne et des pays étrangers, de Hollande, de France, de Suisse, d’Italie, dans des langues et des dialectes que souvent il ne comprenait pas; il se les faisait traduire, par exemple les lettres d’Italie par M. Hasse, et répondait à un très petit nombre, souvent par la main de M. Wasianski ; sur la fin il ne faisait plus attention à aucune. 11 en était devenu à peu près de môme des livres qu’on lui envoyait ou qu’on lui dédiait. Dans les derniers temps ces envois n’obtenaient ni réponses, ni remerciements, et il y était tout à fait insensible. Quand il reçut les Fragments pour une biographie de Kant , il les mit sur sa table sans avoir l’air de prendre en mauvaise part qu’on eût fait son histoire de son vivant , et après les avoir parcourus il n’en dit absolument rien, sinon qu’il y avait une faute d’impression qui était encore augmentée dans l’ erratum.

Nous allons maintenant suivre le fil du récit de MM. Hasse et Wasianski à travers les trois ou quatre dernières années de la vie de Kant jusqu’à sa mort.

Dès 1793, il avait cessé ses leçons, et en 1799 pris congé du public. Ce fut alors que le poids de l’âge com-

SS

mença à se faire sentir, et que scs forces physiques et morales diminuèrent. Lui-même s’en aperçut, jet il n’avait pas la faiblesse de chercher à le cacher ni aux autres, ni à lui-même; il dit alors à ses amis : « Messieurs, je suis vieux et faible; il faut me traiter comme un enfant. »

11 fut obligé de changer successivement ses habitudes. Auparavant il se couchait à dix heures et se levait à cinq. 11 resta toujours fidèle à la dernière coutume, mais non pas à la première ; et peu à peu il en vint à se mettre au lit à neuf heures et même avant. Au lieu de ses grandes promenades ordinaires , il se borna à une courte promenade dans le jardin du Roi, près de. sa maisoû; et encore, malgré toutes ses précautions, une fois lui arriva-t-il de tomber dans la rue. Deux dames s’empressèrent de l’aider à se relever. Il les remercia vivement, et, fidèle aux principes de la vieille galanterie , il offrit à l’une d’elles la rose qu’il tenait à la main. Elle la prit avec joie, et la conserva comme un souvenir de Kant.

Cet accident lui fit supprimer toute promenade, ce qui l’affaiblit encore davantage; et les choses en vinrent au point que sur la fin de 1801 il remit à M.-Wasianski le gouvernement de sa maison et de ses affaires.

Celle de ses facultés qui commença à décliner le plus sensiblement fut sa mémoire, qui avait toujours été très mauvaise pour les choses de la vie commune. 11 répétait plusieurs fois par jour les mêmes anecdotes.

Pour éviter à ses amis l’ennui de ses répétitions, il avait soin d’écrire ce dont il voulait les entretenir à dîner sur de petits papiers qui s’égaraient, et qu’il remplaça par un petit cahier à cet usage , lequel devint ainsi une espèce de journal régulier. Il s’embrouillait dans les comptes d’argent. Il ne mesurait plus le temps exactement , surtout dans ses petites divisions, et devenait à la fois oublieux et très impatient. Quelquefois on essayait de se servir de ce défaut à son prolit, par exemple, pour ne pas lui donner du café, qu’il aimait beaucoup, mais qui l’agitait un peu la nuit; mais tôt ou tard il fallait céder à l’extrême vivacité de ses désirs. Il demandait du café sur-le-champ , selon sa coutume. On tâchait de lui faire prendre le change, de détourner son attention, et on le faisait attendre le plus possible. Il revenait à la charge ; on lui disait d’abord : Le café va venir. Oui, répondait-il, c’est là le mal, il va venir, il n’est pas venu. Alors on lui disait : Il vient à l’instant; oui, à l’instant, mais il y a une heure que cet instant dure. A la lin, il se résignait stoïquement : Ab ! dans l’autre monde , je suis bien décidé à ne plus demander de café. Ou bien , il se levait de table, allait à la porte, et criait le plus fort possible : Du café, du café; et quand enfin il voyait monter le domestique, il s’écriait plein de joie comme le matelot du haut de ses hunes : La terre , la terre, j’aperçois la terre !

Mais où l’effet de l’âge paraissait davantage, c’était dans la faiblesse qu’il montrait pour sa théorie de l’électricité. On sait l’importance qu’il attachait à la

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constitution atmosphérique', et le rôle qu’il y faisait jouer à l’électricité. 11 (mit par lui attribuer les phénomènes les plus différents , par exemple , l’espèce de mortalité des chats qui eut lieu à cette époque à Brcslaw, à Vienne, à Copenhague et ailleurs. U l’expliquait par le rapport de l’électricité générale qui régnait alors dans l'atmosphère avec celle dont ces animaux sont particulièrement chargés. Il trouvait que l’électricité influe jusque sur la forme des nuages: il voulait même qu’elle fût la cause de ses pesanteurs de tète, et il espérait qu’avec un changement de temps cette indisposition passerait. Il éludait toute objection contre sa théorie favorite; et comme elle lui était un motif de consolation , ses amis ne cherchaient guère à le contredire.

Lui, jusque-là si actif, ne pouvait plus supporter le mouvement. Ses jambes lui refusaient leur service ; il tombait souvent; mais il n’en faisait que rire, en disant qu’il ne pouvait se faire grand mal et tomber lourdement , à cause de la légèreté de son corps. Souvent , et surtout le matin , il s’endormait sur sa chaise , et en dormant tombait par terre ; et comme il ne pouvait se relever lui-même, il restait là tranquillement jusqu’à ce que quelqu’un arrivât. Plusieurs fois lp soir sa tête s’inclina sur la lumière qui mit le feu à son bonnet : loin de s’effrayer il le prenait avec ses mains sans faire attention à la douleur de la brûlure, le portait tout enflammé au milieu de la chambre, et l’éteignait sous ses pieds.

Pendant tout l’hiver de 1802 il ne sortit pas unefois. Au printemps on essaya de lui faire faire quelques promenades en voilure et de le descendre dans son jardin. Mais il le reconnaissait à peine, et il disait qu’il ne savait où il était. Il se sentait mal à l’aise comme dans une île déserte, et redemandait les lieux auxquels il était accoutumé. Le printemps ne lui fit presque pas d’impression. Quand le soleil brillait dans le ciel, quand les arbres commençaient à fleurir, et que ses amis lui faisaient remarquer, pour l’égayer, ce réveil de la nature, il disait avec froideur et indifférence : « C’est de môme chaque année, et toujours de môme. » Le seul plaisir qu’il eut fut le retour d’une fauvette qui, le printemps précédent, était venu chanter devant sa fenêtre. Encore cet unique plaisir ne lui resta pas; le froid chassa la fauvette. Kant l’attendit avec une tendre impatience; et, comine elle tardait : « Il doit faire encore froid sur les Apennins », dit-il ; et il souhaitait un bon voyage à l’amie qui devait revenir le visiter, soit par elle-même, soit dans scs enfants. Mais ni elle, ni les siens ne revinrent. La bonne saison s’écoula ainsi sans faire de bien au pauvre vieillard.

1803 le trouva triste et fatigué de la vie. Il disait qu’il n’était plus bon à rien et qu’il ne savait plus que faire de lui-même. Le soir, quand on le menait au lit, il montrait son corps décharné, et disait à ses amis d’une voix douce et mélancolique : « Ah! messieurs, vous êtes jeunes et forts; vous voyez mes misères : quand vous aurez quatre-vingts ans,, vous serez aussi faibles

que moi »; et il montrait en se plaignant, mais sans aucune faiblesse, ses mains et scs pieds, d’une maigreur extrême. « Je n’ai plus longtemps à vivre, ajoutait-il, mais je m’en vais avec une conscience pure et avec le sentiment consolant que je n’ai fait sciemment ni d’injustice ni de peine à personne. » Et quand M. Hasse lui disait : « A merveille pour vous; mais quand on n’a pas la conscience nette? — Hé bien ! alors il faut tout faire pour réparer la brèche : il faut restituer, dédommager, expier autant que possible. » Plus d’une fois le noble vieillard, dans le sentiment de jour en jour plus douloureux de celle faiblesse de l’âge qui effrayait aussi Socrate, souhaita la mort. « I^a vie, disait-il, est pour moi un fardeau : je suis las de le porter ; et si celte nuit l’ange de la mort m’appelait, je lèverais les mains et dirais de grand cœur : Dieu soit béni! Je ne suis pas un poltron, et j’ai encore assez de force pour en finir si je voulais; mais je regarde une pareille action comme immorale. Celui qui se détruit est une charogne qui se jette elle-même à la voirie. » M. Wasianski fait ici parler Kant un peu différemment : « Messieurs, aurait-il dit, je ne crains pas la mort, je saurai mourir; et je vous assure devant Dieu que si celte nuit je sentais que je vais mourir, je lèverais les mains et dirais : Dieu soit béni! Mais si un mauvais démon s’asseyait sur mon cou et me soufflait à l’oreille : Tu as rendu malheureux un de tes semblables; alors ce serait tout autre chose. » Paroles qui caractérisent parfaitement l’homme de bien, qui n’eût pas racheté sa vie au prix d’une fai-

blesse, et qui se disait sans cesse à lui-même et avait, pris pour devise :

Summum credo nefas animant præferre pudori,

Et propter vitam vivendi perdere causas.

C’est aujourd’hui, lui dit un jour M. Hasse, jour de jeûne et de pénitence. Il commença par sourire ; puis bientôt, devenant sérieux: Cet usage, répondit-il, serait fort utile si chacun employait ce jour à se rappeler ses péchés et à réparer autant que possible tout ce qu’il a fait de mal. Le verset xxnt de saint Matthieu : Accordezvous au plus tôt avec votre adversaire (et il récitait tout le verset sans faire une faute) serait un très bon texte. 11 ajouta qu’aulrefois il avait voulu faire, comme candidat de théologie, un sermon sur ce texte, qu’il l’avait même écrit, mais qu’il ne l’avait point prononcé. Ce sermon n’a pas été retrouvé après sa mort dans ses papiers.

Le même jour, il s’exprima sur le péché originel en rigoriste et presque comme un véritable augustinien. «Il n’y a pas grand’chose de bon dans l'homme, dit-il : tout homme hait son voisin, cherche à s’élever au-dessus de lui, est plein d’envie, de malice, et de vices diaboliques : Homo homini non Deus , sed diabolus. Que chacun sonde sa conscience. »

Le 3 mars 1803, il dit que si la Bible n’était pas écrite, il est vraisemblable qu’elle ne le serait jamais.

Il rappela et maintint avec force le principe de l’interprétation morale établie dans sa Critique de la religion dans les limites de la seule raison et dans son Com-

bat des facultés , comme la base (le l’interprétation de la Bible. Comme théologien et prédicateur, disait-il, on doit supposer ce sens moral aux paroles de la Bible, alors même qu’il n’y serait pas. Sa prédilection pour ce . genre d’interprétalion est bien connue, et quand on lui annonçait que non-seulement des théologiens, niais des philosophes bibliques, par exemple Eichorn', avaient fait de fortes objections contre l’interprétation morale, il montrait le plus grand désir de les lire, ne les lisait pas, et répétait sans cesse son principe favori.

11 regardait le catholicisme comme très conséquent, et la défense de lire la Bible comme la clef de voûte de tout l’édifice. 11 défendait Y absolution decretum île Calvin . Après avoir lu la partie de l’Histoire ecclésiastique de Schroeckh *, qui traite des hérésies : Il n’y a plus, dit-il, d’opinion nouvelle à inventer sur la divinité de Jésus-Christ : tout est épuisé.

Le 2 juin 1803, M. liasse lui ayant demandé ce qu’il attendait après cette vie : Rien d’arrêté, répondit-il après quelque hésitation. Un instant auparavant, il avait répondu à une autre personne : Je ne sais rien de l’état h venir. Une autre fois il se prononça pour une sorte de métempsy chose.

« Éternité, dit-il un jour, entre toi et ici il y a un immense abîme. Avoir un pied dans l’éternité, l’autre ici,

1. Savant théologien. Voyez plus bas Souvenirs d’Allemagne, dix jours à Gattingen.

i. Schroeckh , professeur do théologie à Wittemberg, est surtout connu par le manuel : Hisloria religionis et ecclesiœ christiamr, dont la lte édit, est de 1785.

c’est ressembler à l’ange du Coran dont un sourcil est éloigné de l’autre de 8,000 lieues.»

De temps en temps il retrouvait quelque force et il y avait des occasions où il parlait encore avec une expression profonde. Ç’avait toujours été là l’éloquence qui lui était propre. 11 était étranger à toute déclamation et ignorait les gestes étudiés, mais une chaleur intérieure était dans sa voix et dans ses moindres paroles. Kant se montra encore une fois tout entier à ses amis, en leur parlant de l’instinct merveilleux des animaux et d’une expérience qu’il en avait faite lifi-même. Dans un été assez froid où il y avait eu peu d’insectes, il trouva dans un magasin de farine plusieurs nids d’hirondelles, avec un certain nombre de petits étendus à terre sans vie. Les recherches qu’il fit le portèrent à conclure que c’étaient les hirondelles elles-mêmes qui, par un instinct de prévoyance et malgré la tendresse maternelle, ne pouvant nourrir tous leurs petits, en avaient sacrifié quelques-uns pour sauver les autres. A cette découverte, disait Kant, je restai stupéfait; il n’y avait qu’à adorer et à s’incliner, et il disait cela d’une manière qn’il est impossible de décrire. La haute piété qui régnait sur son visage vénérable, le son de sa voix, le tremblement de ses mains jointes, étaient quelque chose d’unique. Une amabilité sérieuse animait aussi son visage lorsqu’il racontait comment un jour, tenant dans ses mains une hirondelle, il était resté longtemps à regarder et à lire dans ses yeux, et qu’il lui avait semblé qu’il voyait le ciel. Il y a un Dieu, s’écriait-il, et il développait avec

force l’argument tiré de l’ordre physique et des causes finales Un débutant en philosophie lui ayant envoyé un écrit qui contenait sur le verso du titre une formule algébrique de Dieu, Kant écrivit au-dessous avec un crayon : Ce serait = 0.

Il avait fini par ne plus suivre le mouvement qu’il avait lui-même imprimé à la philosophie allemande, et les systèmes qui étaient venus après le sien n’avaient pour lui aucun intérêt, ou lui donnaient môme de l’humeur. 11 levait les épaules quand on lui parlait de Reinhold *. Il ne fallait pas lui parler de Fichte 3 et de son école ; il accusait Herder * de vouloir être dictateur. Reimarus 9 était le philosophe qu’il estimait le plus, et il faisait souvent l’éloge du professeur Kraus 8 et du prédicateur Schulz 7.

1. En dépit de son système, il avait toujours eu un vrai respect j>our l'argument des causes finales. Voyez Philosophie de Kant, leç. vi. Dialectique transcendantale, p. 216.

2. Léonard Reinhold. né à Vienne en 1759, mort à Kiel en 1823; le premier il interpréta clairement la philosophie de Kant, puis la modifia, et enfin l’abandonna. Voyez le Manuel de la philosophie de Tenncmatin, trad. franc., t, U, p. 238.

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