ROUTE DE BERLIN A DRESDE
Route do Berlin à Dresde.
25 septembre.
Je pars de Berlin le soir à onze heures en extra-poste, comme on dit en Allemagne; mais n’ayant pas de chaise de poste à moi, il me faut à chaque relai prendre celle que j’y trouve, et je ne trouve la plupart du temps que de mauvais chariots découverts, où l’on met une botte de paille pour soutenir ma tête. C’est ainsi que je voyage jusqu’à Dresde par Miltemvald, Luckaw, Sonnenwald, Elsterwald, Grossenhain. Nulle part je ne m’arrête que pour changer de voiture et de chevaux. Partout du sable, partout des forêts de sapins. Nuit déjà froide, mais brillante, calme, majestueuse. Je contemple avec ravissement cette nature inconnue, ce ciel du Nord avec ses étoiles éclatantes, mille fois plus belles que le jour pâle et sombre qui leur succède. La tête immobile sur mon sac de paille, je roule en mon esprit les redoutables problèmes que je porte avec moi depuis tant d’années; cl je ne me réveille de ces méditations confuses qu’à la vue de Dresde, sur le pont élégant et léger qui joint les
1 830 , avec une mission du gouvernement nouveau relativement à l'instruction publique. J’eus le bonheur d’y retrouver encore presque tous mes amis, M. Guillaume de Humboldt et M. de Savigny, Hegel etSchlciermacher. Mais Niebuhr, hélas! n’y était plus.
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deux parties de la ville, et d’où j’ai sous les yeux le cours sinueux de l’Elbe; en face, les montagnes de Pilnitz, qui bornent l’horizon ; à gauche, les jardins du comte de Brüll, la terrasse, le belvédère; à droite, le gracieux vaisseau de l’église catholique.
"Weimar — Visitas à Goethe.
19 et octobre.
Weimar est une petite ville assez chétive par clleinême. Mais Weimar est la résidence des grands ducs, et cette circonstance lui a donné quelques belles maisons, un théâtre, un superbe château et un parc magnifique. Ce parc est tout à fait à l’allemande : jardins vastes et champêtres, où l’art s’est contenté de mettre un peu d’ordre sans déranger la nature.
On m’avait donné une carte d’introduction pour le docteur Wieland, le fils du célèbre écrivain de ce nom.
1. Voyez Weimar au point de vue de l’instruction publique et des établissements d’utilité et de bienfaisance, ns l'Instruction publique en Allemagne, etc., t. 1er, p. 28-120.
VISITES A GOETHE
C’est un^ homme de quarante ans, ami de M. Fries, par conséquent partisan de Kant et ennemi déclaré de M. Schelling. Il est à la tôle d'un journal d’opposition, Oppositions blutt, dont il me donna un numéro. On y dit nettement qu’il arrivera de deux choses l’une en France, ou que les Bourbons s’uniront à la France contre l’étranger, ou que la France chassera et l’étranger et les Bourbons.
Je me souviens aussi d’avoir rencontré par hasard le spirituel, et, si on veut, le méchant, mais très insignifiant Kolzcbue , auteur de pièces de théâtre fort médiocres, devenu un pubüciste rétrograde, qu’un fanatique eut la bêtise d’assassiner en 1819. Jamais coup de poignard n’a été plus mal placé. Qui saurait aujourd’hui que Kotzebue a existé sans la bizarrerie de sa mort? Mais laissons là tout ce qui n’est pas Goethe, car c’était lui que j’étais venu voir à Weimar.
Je le vis deux fois. La première, j’eus à peine le temps d’échanger avec lui quelques paroles : il allait sortir pour une visite de cour; sa voiture l’attendait, et son habit était chargé de décorations cnfdécs l’une avec l’autre et formant sur sa poitrine une ligne très étendue. Il avait l'air soucieux et même sombre.
La seconde fois, je le vis assez longtemps, et je pus l’observer tout à mon aise.
Goethe est un homme d’environ soixante-neuf ans : il ne m’a pas paru en avoir soixante. Il a quelque chose de Talma, avec un peu plus d’embonpoint : peut-être aussi est-il un peu plus grand. Les lignes de son visage
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sont grandes et bien marquées : front haut, figure assez large, mais bien proportionnée ; bouche sévère , yeux pénétrants, expression générale de réflexion et de force.
Sa maison est fort belle ; elle a été construite, dit-on, sur remplacement et avec les restes d’une ancienne église. Sur le seuil de la porte est inscrit ce mot : Salve. 11 me reçut dans une galerie ornée de bustes, où nous nous promenâmes. Sa démarche est calme et lente comme son parler; mais à quelques gestes rares et forts qui lui échappent, on sent que l'intérieur est plus animé que l’extérieur. Sa conversation, d’abord assez froide, s’anima peu à peu; il parut ne pas trop s’y déplaire : j’ai joui quelques instants de Goethe se développant avec plaisir. Il marchait et s’arrêtait pour m’examiner, ou pour se recueillir et marquer toujours plus profondément sa pensée, chercher une expression plus exacte ou donner un exemple et des détails. Le geste rare, mais pittoresque, cl l’habitude générale grave et imposante. Nous restâmes ensemble à peu près une heure. Il n’a mis en avant aucun paradoxe, et il ne m’a dit que des choses neuves. Son imagination perçait de temps en temps; beaucoup d’esprit dans le détail et le développement; un vrai génie dans le corps de l’idée. Ce qui me parait caractériser son esprit, c’est l’étendue.
Notre entretien commença assez mal. Je lui exposai l’état de la philosophie en France et mes projets; Ils n’étaient pas tout à fait de nature à plaire au Voltaire de l’Allemagne, à l’admirateur de Diderot, et il m’insinua doucement que la France ne s’occuperait jamais
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sérieusement de philosophie. Je lui répondis qu’au contraire la philosophie était dans l’essence même du génie français, témoin tant de philosophes illustres qu'a produits la France depuis Descartes jusqu’à M. Royer-Collard. Goethe m’eut tout l’air de ne connaître ni l’un ni l’autre. Il me dit alors qu’il croyait bien qu’il y aurait toujours en France des individus d’élite qui étudieraient la philosophie, mais qu’il doutait fort qu’ils pussent communiquer leur goût à un public nombreux. Il me cita l’exemple de son ami M. de Villers dont il déplora la perte. — « Monsieur, lui répliquai-je, M. de Villers était émigré, et il ne connaissait pas la France nouvelle. Moi, je suis un enfant de la révolution , je suis libéral comme tous mes camarades, et bien résolu à ne reculer devant aucune difficulté. J’ai d’ailleurs la ferme conviction que j’ai raison, et que le matérialisme et l’athéisme du xvm* siècle sont des erreurs funestes, incompatibles avec les sentiments et les mœurs d’un peuple libre. » — Ce ton de jeune homme, qui dans ses préoccupations oublie à qui il parle, aurait irrité Voltaire : il fit sourire Goethe, et l’intéressa même , car tout ce qui avait la moindre apparence de caractère et de nouveauté, en mal ou en bien, excitait son attention. — Eb bien, me dit-il, puisque vous aimez la philosophie, et que vous voulez connaître la philosophie allemande, je puis vous en parler, car je l’ai vue naître et se développer. Là-dessus il passa en revue tous les philosophes distingués qui étaient sortis d’Iéna et de Saxe-Weimar : Rheinold,
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Fichte, Schclling, Hegel, Herder, Schiller, NVieland, qui était aussi philosophe à sa manière.
« J’ai tout vu en Allemagne, depuis la raison jusqu’au mysticisme. J’ai assisté à toutes les révolutions. Il y a quelques mois, je me suis mis à relire Kant; rien n’est si clair depuis que l’on a tiré toutes les conséquences de tous scs principes. Le système de Kant n'est pas détruit. Ce système, ou plutôt cette méthode, consiste à distinguer le sujet de l’objet, le moi qui juge de la chose jugée, avec cette réflexion que c’est toujours moi qui juge. Ainsi les sujets ou principes du jugement étant différents, il est tout simple que les jugements le soient. La méthode de Kant est un principe d’humanité et de tolérance.
« La philosophie allemande , me dit-il encore , c’est la manifestation des diverses qualités de l’esprit. Nous avons vu paraîti-c tour à tour la raison , l’imagination , le sentiment, l’enthousiasme... »
Il m’a beaucoup entretenu de physique. Selon lui, la physique de M. Biot, qui venait de paraître, a deux parties écrites dans deux systèmes différents, dont un esprit exercé saisit aisément l’opposition perpétuelle. 11 m’a parlé avec vivacité contre le système atomistique.
Je ne puis qu’indiquer ici les points principaux de notre conversation. Il m’est impossible de donner une idée du charme de la parole de Goethe : tout est individuel, et cependant tout a la magie de l’infini ; la précision et l’étendue, la netteté et la force, l’abondance et la simplicité, et une grâce indéfinissable sont dans son
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langage. 11 finit par me subjuguer, et je l’écoutais avec délices. Il passait sans effort d’une idée à une autre, répandant sur chacune une lumière vaste et douce qui m’éclairait et m’enchantait. Son esprit se développait devant moi avec la pureté, la facilité, l’éclat tempéré et l’énergique simplicité de celui d’Homère.
Après mes aventures de Berlin, en 1824 et 1825, je
passai de nouveau à Weimar, et j’y revis Goethe vieux
et souffrant. Voici le récit de cette seconde visite :
Weimar, 28 avril 1825.
Je suis allé à onze heures chez Goethe. On me dit que M. le ministre de Goethe était malade. Je remis au domestique la lettre de M. Hegel, et me retirai. J’avais déjà fait la moitié de la rue , quand je vis accourir le domestique, qui me dit que M. de Goethe désirait me voir. Je repris donc le bel escalier orné de plâtres et de petites statues; puis on m’introduisit dans cette galerie où, il y a huit ans, j’avais eu le plaisir de faire plusieurs tours avec Goethe, et de celte galerie dans le cabinet, où l’on me dit que Goethe allait venir. La pièce est plus longue que large. Sur le mur qui est en face des croisées sont des dessins et des esquisses de tableaux; audessus du canapé, une composition que je n’ai pas eu le temps d’examiner; sur un meuble des dessins coloriés, l’un avec l’inscription : Hem Alexander von Humboldt. Vis-à-vis, près des croisées, de petits meubles avec quelques livres, le tout dans le plus grand ordre ; dans
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le fond un pupitre à divers compartiments où sont de grands cartons qui renferment sans doute des gravures. J’étais assez ému de l’idée de me trouver là dans le cabinet de Goethe, où Goethe allait paraître, quand la porte de la galerie s’ouvrit, et je vis un vieillard, que je reconnus sur-le-champ. Il avait une cravate de couleur nouée négligemment, un pantalon de drap gris, unç redingote bleue, et la tête nue. Quelle tôte ! large, haute, imposante comme celle de Jupiter Olympien. Il s’avança lentement et doucement, me montra un sopha, et s’y assit avec moi.
A chaque mot qu’il prononçait , il toussait , sa voix tremblait. En l’écoutant, je le regardais fixement, et je pus juger des ravages que huit années avaient faits sur cette grande et forte figure. Chaque parole lui coûtait : il avait l’air de souffrir ; je le lui dis. «Non ; je ne souffre pas trop; mais l’àge! Il faut seulement que je prenne des précautions , que je ne me livre à rien trop longtemps, et me tienne en équilibre pour pouvoir suffire aux occupations dont je suis capable encore. »
Je lui demandai ses commissions pour Paris , où on commençait à s’intéresser à la littérature allemande, où on traduisait Schiller et Goethe. Je voulais l’amener à me parler de l’état de la littérature en France et prendre ses conseils ; mais voici tout ce qu’il me dit :
«Oui, tant de traductions prouvent un désir du mieux, et on ne peut nier qu’il n’y ait de la bonne volonté en France... Oui, je le sais; mais je n’ai pas lu ces traductions; comme je vous disais, je dois me tenir en
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équilibre, et me refuser à des lectures qui me plairaient. Dans ma jeunesse, je me livrais à tout ce qui m'intéressait; maintenant, il faut que je m’abstienne, et me borne à quelques objets.
... « On a traduit Faust littéralement? Je le conçois pourtant; pour s’améliorer, fa langue française n’a besoin que de reculer de quelques siècles et de revenir à Ma rot... Oui, la langue de Marot... Il faut prendre quelques libertés : peu à peu on s’y habitue. »
On comprend tout ce que j’aurais eu à lui répondre, moi qui trouve insupportable l’archaisme de M. Courier, toutes les fois que la passion ne vient pas l’animer et le rajeunir, et qui préfère incomparablement la prose simple et mâle du xvne siècle à la langue souple et gracieuse, il est vrai, mais déjà maniérée du xvi'. Mais ne voulant pas contredire l’illustre vieillard, et voyant que je n’en pourrais tirer davantage sur la France, je changeai de sujet : « Du moins, lui dis-je, je suis heureux que, parmi les choses dont vous pouvez vous occuper, vous ayez mis la nouvelle littérature italienne et mon ami Manzoni. »
* Ah ! Manzoni ! ( en levant les yeux et avec un accent réfléchi) c’est un jeune homme bien intéressant. Il a commencé à s’écarter des règles reçues, et surtout de l’unité de lieu. Mais les anciennistes , dit-il en souriant lui-mèine de son mot, ne veulent pas cela... Oui, on lui en a voulu ,• et cependant il ne s’en est écarté qu’avec mesure, et cela me plaît. C’est très bien commencé. D’ailleurs, ces querelles dureront toujours, et il n’y a
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pas (le mal ; il faut que chacun fasse à sa manière.
« Oui, j’ai reçu Adelchi. J’en ai même fait un extrait que je publierai peut-être, si j’en ai l’occasion. Je l’ai bien étudié. Il y a de très belles choses. Je n’aime pas à m’arrêter aux particularités, c’est toujours l’ensemble qu’il faut voir ; mais , tenez , vous rappelez-vous ce soldat lombard chez qui se réunissent les conjurés, et qui ne songe qu’à sa propre élévation? Comme il arrange tout pour lui!» Ici Goethe, fatigué et toujours toussant, quoique paraissant s’intéresser à la conversation, accompagna le peu de mots qu’il pouvait prononcer de regards et de gestes, comme pour me faire entendre ce qu’il ne pouvait exprimer. «Comme il fait servir les desseins de tout le monde à son but! Et ensuite, à la cour de Charlemagne, comme il a l’air de protéger ceux qu’il a trahis !
« Oui , Manzoni se tient à l’histoire et aux personnages réels qu’elle fournil; mais il les élève jusqu’à nous par les caractères qu’il leur donne ; il leur prête nos sentiments humains, libéraux même, et il a raison. Nous ne pouvons nous intéresser qu'à ce qui nous ressemble un peu, et non aux Lombards ou Longobards et à la cour de Charlemagne, qui serait aussi un peu trop rude. Voyez Adelchi, c’est un caractère de l’invention de Manzoni.» t
Là-dessus je lui dis avec un peu d’émotion : Les sentiments d’Adclchi mourant sont ceux.de Manzoni lui-même. Manzoni, qui est toujours un poète lyrique, s’est peint dans Adelchi.
VISITES A fïOETIl E.
« Oui, vraiment, il y a longtemps que j’avais connu son âme et sa manière de sentir dans ses /«.ni sacri. C’est un catholique naïf et vertueux.»
Je lui exprimai ma reconnaissance, comme ami de Manzoni, de ce qu’il avait eu la bonté de le défendre contre la critique du Quarlerly ïiewiew. Il me répondit, avec un accent vrai et profond : « J’en fais grand cas, j’en fais grand cas. Adclchi est un plus grand sujet; mais le comte de Carmagnola a bien de la profondeur. Et la partie lyrique en est si belle que ce méchant critique anglais l’a louée cl même traduite. » Je lui appris que Manzoni faisait un roman où il serait plus fidèle à l’histoire que Waller Scott, et appliquerait à la rigueur son système historique.
« Et quel en est le sujet? — Le seizième siècle à Milan. — Le seizième siècle à Milan! Manzoni est Milanais, il aura bien étudié ce siècle. Si vous voyez Manzoni, dites-lui combien je l’estime et je l’aime. »
Goethe était si fatigué qu’en conscience je ne voulus pas prolonger l’entretien. Je me levai, et lui demandai ses ordres, pour Paris. Il me dit que pour le moment il n’avait aucune commission à me donner. « Mais croyez, dit-il en me regardant avec ses yeux calmes et pénétrants, que je m’intéresse bien à vous ; et quand vous serez à Paris, donnez-moi de vos nouvelles. » Là-dessus il inclina doucement sa noble tète, et je sortis.
Le soir, quand je dis à Mme de Schw.. que j’avais vu Goethe le matin, elle en fut bien surprise, et m’apprit que la veille Goethe avait été saigné, et que le médecin
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lui avait commandé de ne recevoir personne pendant plusieurs jours. M. le chancelier de Muller, l’un des habitués de la maison de Goethe, qui y avait dîné, me dit que Goethe lui avait parlé de moi avec bonté, et qu’il n’avait pas voulu me laisser quitter Weimar sans me voir. En rentrant à mon auberge, le sommelier me dit que M. le ministre de Goethe avait envoyé savoir de mes nouvelles, et qu’il y avait une carte pour moi. Je compris à merveille que tant d’attentions ne s’adressaient point à ma personne, mais qu’après mes aventures, Goethe avait voulu me donner un témoignage public d’intérêt*.
Le lendemain, j’allai faire visite à la belle-fille de Goethe, la fameuse Ollilie. On m’avait beaucoup parlé de son esprit, mais aussi de sa légèreté et de sa coquetterie, cl j’étais préparé à voir une personne passablement étrange. Je me rendis chez elle, toujours par le bel escalier; et tournant à droite, je pris l’escalier particulier qui mène au logement de la famille de Goethe. Là je trouvai entre plusieurs dames une jeune femme très pâle, couchée sur un sopha. Sa figure est très ordinaire, ses yeux bleus, ses cheveux noirs, et le son de sa voix assez agréable. Elle était si faible qu’elle commença par me dire qu’elle ne me garderait pas longtemps. J’y suis resté trois heures, qui pour moi se sont écoulées comme une minute. Elle s’intéressa, s’anima, s’embellit presque. De quoi avons-nous parlé? De tout
1. J’ai gardé cette carte : Grosherzoglich Sachsen-Weimarischer wirklicher Geheimerath und Slaatsminister, von Goethe.
VISITES A GOETHE
au monde ; et tout a passé comme une ombre. On ne peut avoir plus d’esprit, de sensibilité, d’imagination, mais aussi plus d’inconséquence. Je n’ai retenu de notre conversation que ce qui est relatif à Goethe, car on se doute bien que c’est de Goethe surtout que je tâchai de la faire parler.
M“* de Goethe m’a confirmé que son beau-père aime beaucoup Manzoni ; et il a été si charmé du premier volume des chansons grecques de M. Fauriel, qu’il n’a pu s’empêcher de lui en écrire lorsqu’elle était aux eaux d’Ems.
Goethe a trouvé Ourika ' très agréable de simplicité. Il a fort goûté Anatole a.
Goethe et elle ont lu Alonzo 3 avec plaisir. Grande, dispute. Elle est convenue de tout, de la déclamation, de l’imbroglio, etc. Mais Maria est une Allemande , et une Allemande héroïque. Elle m’a dit qu’en résumé Goethe était d’avis qu’il y avait de la vivacité et du travail. Je souscris de tout mon cœur à ce jugement.
Elle m’a souvent répété combien Goethe aimait Schiller. Il a été si fâché que Dcmetrius ne fût pas fini, qu’il avait entrepris de l’achever, d’après les conversations de Schiller. Car Schiller parlait beaucoup, surtout à Goethe, de ses projets; Goethe, jamais; mais ses ouvrages terminés, il aime à les lire.