Philosophie de Kant, avant-propos de la 3e édition
SANTA-ROSA
européenne, le bruit des dernières affaires du Piémont et de Naples, m’intéressaient naturellement à cet écrit; et pourtant malade, fuyant toute émotion vive, surtout toute émotion politique, je ne lus celle brochure que comme on lirait un roman, sans y chercher autre chose qu’une distraction à mes ennuis et le spectacle des passions humaines. J’v trouvai en effet un véritable héros de roman dans le chef avoué de cette révolution, le comte de Santa-Rosa. La figure de cet homme domine tellement les événements de ces trente jours, que seule elle me frappa. Je le vis d’abord, partisan du système parlementaire anglais, ne demander pour son pays que le gouvernement constitutionnel, deux chambres, même une pairie héréditaire ; puis, quand le fatal exemple des Napolitains et l’adoption de la constitution espagnole eurent entraîné tous les esprits, ne plus s’occuper que d’uneseule chose, la direction militaire de la révolution, et, porté par les circonstances îi une véritable dictature, déployer une énergie que ses ennemis eux-mêmes ont admirée, sans s’écarter un seul moment de cet esprit de modération chevaleresque si rare dans les temps de révolution. Je me rappelle encore et je veux reproduire ici l’ordre du jour qu’il publia le 23 mars 1821 , au moment même où la cause constitutionnelle semblait désespérée :
« Charles Albert de Savoie, prince de Carignan, revêtu par sa majesté Victor-Emmanuel de l’autorité de régent, m’a nommé, par son décret du 21 de ce mois, régent du ministère de la guerre et de la marine.
SANTA-ROSA
« Je suis donc une autorité légitimement constituée, et il est de mon devoir, dans les terribles circonstances où se trouve la patrie, de faire entendre à mes compagnons d’armes la voix d’un sujet affectionné à son roi et d’un loyal Piémontais.
« Le prince régent a abandonné la capitale dans la nuit du 21 au 22 de ce mois , sans en prévenir la junte nationale ni ses propres ministres.
« Qu’aucun Piémontais n’accuse les intentions d’un prince dont le cœur libéral , dont le dévouement à la cause italienne ont été jusqu’ici l’espoir de tous les gens de bien. Un petit nombre d’hommes, déserteurs de la patrie et serviteurs de l’Autriche, ont sans doute trompé, par un odieux tissu de mensonges, un jeune prince qui n’a point l’expérience des temps orageux.
« Une déclaration , signée par le roi Charles-Félix, a paru en Piémont; mais un roi piémontais au milieu des Autrichiens, nos inévitables ennemis, est un roi captif : rien de ce qu’il dit ne peut ni ne doit être regardé comme venant de lui. Qu’il nous parle sur un sol libre, et nous lui prouverons alors que nous sommes ses enfants.
« Soldats piémontais, gardes nationales, voulez-vous la guerre civile? voulez-vous l’invasion des étrangers, la dévastation de vos campagnes, l’incendie, le pillage de vos villes et de vos villages? Voulez-vous perdre votre gloire, souiller vos enseignes? Continuez. Que des Piémontais armés se lèvent contre des Piémontais armés, que des poitrines de frères heurtent des poitrines de frères !
SANTA-ROSA
« Commandants des corps, officiers, sous-officiers cl soldats, il n’y a pins qu’un moyen de salut : ralliez-vous à vos drapeaux, entourez-les, saisissez-les, et courez les planter sur les rives du Tésin et du Pô. Le pays des Lombards vous attend, ce pays qui dévorera ses ennemis à l’aspect de votre avant-garde. Malheur à celui que des opinons différentes sur les institutions de son pays éloigneraient de cette résolution nécessaire ! il ne mériterait point de conduire des soldats piémontais, ni l’honneur d’en porter le nom.
« Compagnons d’armes, cette époque est européenne. Nous ne sommes point abandonnés : la France aussi soulève sa tète trop humiliée sous le joug du cabinet autrichien ; elle va nous tendre une main puissante.
« Soldats et gardes nationales, des circonstances extraordinaires exigent des résolutions extraordinaires. Si vous hésitez, plus de patrie, plus d’honneur, tout est perdu. Pensez-y, et faites votre devoir, la junte et les ministres feront le leur. Votre énergie rendra son premier courage à Charles Albert, et le roi Charles-Félix vous remerciera un jour de lui avoir conservé son trône. »
Enfin, quand la junte de Turin, instituée, puis abandonnée par le prince de Carignan, invoqua les bons offices et l’intervention de la Russie, M. de Santa-Rosa écrivit en son propre nom à M. le comte de Mocenigo, ministre du czar auprès de la cour de Sardaigne, pour réclamer, avec toute la force d’une conviction profonde, les institutions libérales qui lui paraissaient nécessaires
à la sécurité de l’avenir et à la consolidation même de la monarchie, offrant à ce prix de renoncer à l’amnistie pour lui-même et pour ses amis, et de se bannir volontairement afin de mieux assurer la paix et le bonheur de la patrie.
Voici cette lettre bien digne d’être conservée.