‹ Fragments et souvenirsChapitre 40 sur 117 · A S. E. M. LE COMTE DE MOCENIGO · texte numérisé non relu

A S. E. M. LE COMTE DE MOCENIGO

2 avril 1841.

« Monsieur le comte,

« La junte provisoire du Piémont a adressé à Votre Excellence une note que la différence de ma position ne m’a point permis de signer. Mais je ne voudrais pas que Votre Excellence retournât auprès de son souverain sans que je lui eusse témoigné ma reconnaissance pour ce qu’elle veut faire de bien à mon pays, et mon désir d’y contribuer par tous les sacrifices qui sont en mon pouvoir.

« Tout autre langage que celui d’une franchise sans limites me serait impossible, et serait d’ailleurs déplacé auprès de Votre Excellence.

« Mes amis et moi nous avons tiré l’épée du fourreau pour sauver Naples, parce qu’à son salut était attaché l’espoir de conquérir à l’Italie son indépendance, et de placer la maison de Savoie sur le trône de la Lombardie. Laisser écraser Naples par l’Autriche nous paraissait un

SANTA-ROSA

crime envers cette patrie italienne, indivisible dans nos cœurs et suprême objet de toutes nos pensées. Votre Excellence a vu la déclaration de Carmagnole, du 10 mars. C’est par elle que je la supplie de juger du véritable esprit de la révolution militaire du Piémont.

a L’abdication de Victor-Emmanuel fut un premier malheur. Nous le sen limes tous. J’en versai des larmes amères, moi, qu’un sentiment très vif attachait à sa personne, et qui me nourrissais de l’espoir que, devenu roi de huit millions d’Italiens, il me pardonnerait un jour de lui avoir causé un instant de chagrin. L’absence du frère du roi fut un second malheur. La conduite du prince de Carignan fut le troisième. Mais tous ces désappointements ne nous auraient pas fait faire un pas en arrière. La chute soudaine de Naples, cette armée qui n’est plus, ce parlement qui n’est plus, ce gouvernement constitutionnel qui n’est plus, voilà ce qui change notre situation, voilà ce qui nous impose d’autres devoirs, cl des sacritices plus grands que ceux de nos fortunes et de nos vies.

« La patrie italienne ne peut plus être sauvée. Naples trompe une troisième fois son espérance. Ce sera la dernière. Et nous, nous nous souvenons de la patrie piémontaise, et notre première pensée c’est que nous pouvons bien mourir pour elle, mais qu’il appartient peut-être à Alexandre seul de la sauver.

« Votre Excellence adit au chanoine Marenlini \ et au

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