M. Lamé
SANTA-ROSA
armes que dans l’espoir, malheureusement déçu, d’assurer l’indépendance de la couronne et de la pairie, et de consacrer par des institutions politiques le gouvernement d’une famille qui leur était chère; des hommes qui, lorsque le pouvoir s’était concentré momentanément dans leurs mains par la force des circonstances, et au milieu des plus grands dangers, n’ont opprimé personne.
« Je n’ai parlé qu’en mon propre nom, monseigneur; mais j’ose croire qu’aucun des Italiens réfugiés en France ne voudra me démentir. Il n’en est pas un qui sache transiger avec la vérité, ni avec l’honneur. — Je suis avec respect, monseigneur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur.
« Le comte de Santa-Rosa. »
Alençon, le U août 1822.
On conçoit que ce noble et fier langage dut irriter la police de la congrégation. Bientôt un arrêté du ministre de l’intérieur transféra Santa-Rosa d’Alençon à Bourges, aggravant ainsi sa situation et le poussant h quitter à tout prix la France, où il n’espérait plus une hospitalité supportable.
Mais je reprends ma narration à mon départ d’Alençon et à mon retour à Paris, le 12 du mois d’août. Voici les fragments de notre correspondance pendant le mois d’août et le mois de seplembre.
SANTA-ROSA
Alençon. 14 août.
« J’attends avec une impatience dont tu peux te faire une idée des nouvelles de ton voyage ; je t’ai bien recommandé à Dieu. Depuis longtemps je n’avais si vivement senti sa présence dans mon cœur. J’ai appelé sur toi toutes les bénédictions du ciel ; qu’il te protège, qu'il te donne la force de supporter le bonheur comme le malheur; tout vient de lui, tu le sais bien, — Écris-moi deux mots de Lacnneck et de Platon ; si le premier n’est pas trop mécontent de ton état, tant mieux; s’il faisait la grimace, souviens-toi qu’il n’est qu’un homme: espère et surtout espère en toi. Homme si aimé par tes amis, tu offenses Dieu si lu contemples ton existence d’un œil sombre ; il est de cruelles, d’amères douleurs que tu ne connais pas et qui font l’effet d’un poison lent. L’organisation de mon corps ne s’en est pas ressentie : elle est
si forte! mais l’âme Mais il vaut mieux parler d'autre
chose et revenir au matériel de la vie. Voici la lettre à M. Corbière ; elle est un peu forte, mais la vérité est la vérité. L’original partira demain par la voie du préfet à qui je le remettrai moi-mème.
« Ma pensée est trop occupée des suites de ma démarche pour me permettre de continuer tranquillement mes études. L’orgueilleux La Mennais ne me fait aucun bien ; j’aime mieux ma chère église catholique, quand je la défends au nom de la raison, non pas contre la bonne philosophie, mais contre la mauvaise. Ce superbe
SANTÀ-ROSA.