‹ Fragments et souvenirsChapitre 55 sur 117 · Voici la liste-des cours et des professeurs · texte numérisé non relu

Voici la liste-des cours et des professeurs

1» Mathématiques,

2» Physique,

3° Géométrie descriptive,

4» Histoire naturelle,

5° Chimie,

6° Agriculture,

7» Géographie,

8» Histoire,

9° Morale,

10» Grammaire,

11» Analyse de l’entendement, Garat.

12° Littérature, La Harpe.

2. Voyez l’ouvrage intitulé : Séances des Écoles normales. Il y en a une seconde édition, 1800 à 1801. 10 vol. in-8 de leçons, 3 de débats.

Lagrange et Laplace.

Haüy.

Monge.

Daubenton.

Bcrthollet.

Thouin.

Buache et Mentelle.

Volney.

Bernardin Saint-Pierre.

Sicard.

NOTES SUR M. FO U RI ER

veiller à l’exécution du décret, l’École normale devait bientôt s’ouvrir. Le district d’Auxerre ayant déjà fait choix d’un élève, celui de Saint-Florentin présenta Fourier; c’est ainsi qu’il vint habiter Paris. L’hiver de 1795 était fort rude; il gelait à pierre fendre, et le verglas était tel qu’on pouvait à peine faire un pas dans les rues. Cependant il fallait aller tous les jours au bout de Paris, au Jardin des plantes, dans l’amphithéâtre du Muséum d’histoire naturelle, chercher des leçons dans une salle sans feu et pour, ainsi dire en plein air. On recevait d’abord cent francs par mois; mais bientôt cette somme devint insuffisante, la disette survenant, et les élèves qui n’avaient pas d’autres ressources vivaient dans une gêne extrême. Mais l’enthousiasme surmontait tout; et, en vérité, ces leçons devaient avoir un bien vif intérêt pour ceux des auditeurs qui étaient capables de les suivre. En quelques leçons, le professeur déroulait l’ensemble de la science avec une méthode supérieure, et l’agrandissait par ses propres recherches; la réunion des diverses leçons formait une encyclopédie des connaissances humaines animée d’un même esprit, à savoir l’esprit du temps. L’École normale d’alors avait tout ce qui fallait pour imprimer une direction une et forte, mais elle supposait des connaissances préalables, qui malheureusement manquaient à la plupart des élèves. Aussi ces leçons admirables portèrent peu de fruits, et l’école, ouverte en pluviôse, fut fermée en prairial, sur le rapport de M. Daunou. Il aurait fallu 1° que les cours de l'École normale durassent

JEUNESSE DE M. FOURIER

plusieurs années; 2° que les élèves, en arrivant, fissent preuve des connaissances préliminaires indispensables ; 3» qu’un règlement intérieur, à la fois libéral et sévère, donnât le moyen de s’assurer du travail et des progrès des élèves. Ce sont là les bases sur lesquelles a été fondée l’École normale de l’empire, École moins gigantesque, mais plus pratique, qui a duré parce qu’elle était appropriée à son but, qui en quelques années a changé Iq face de trois grands enseignements, celui de la langue grecque, celui de l’histoire, celui de la philosophie, ou qui pour mieux dire les a créés tous les trois; École qui a eu l’insigne honneur d’être frappée la première par les ennemis des lumières en 1822, et dont le rétablissement et le perfectionnement, en 1830, sont un des premiers bienfaits du nouveau gouvernement1. En 1793, le plus grand mal était l’ignorance des élèves. Les conférences, qui étaient la vie même de l’École, cessèrent bientôt, faute d’élèves qui voulussent et qui pussent y prendre part. Fourier s’attacha particulièrement au cours de géométrie descriptive de Monge. Il prit plus d’une fois la parole dans les conférences, et s’y fit remarquer par une grande clarté et des connaissances historiques en géométrie *. Monge, c’est-à-dire le professeur par excellence, distingua Fourier, et lui conseilla d’ouvrir un cours élémentaire de mathématiques

1. Voyez le Moniteur du 31 octobre 1830, et notre ouvrage : Dr l'Instruction publique sous le gouvernement de Juillet, 1. 1, p. 89-H3.

2. Débats de F École normale, t. i, p. 29. Quelques mots sur la définition de la ligne droite d’Archimède.

NOTES SUR M. FOURIER

à l’usage des élèves de l’École normale. Fourier suivit ce conseil ; et ce cours était suivi par un nombreux auditoire. C’est dans cette situation que le trouva la clôture de l’École normale, au milieu de l’année 1795. Il avait alors vingt-quatre ans. Il s’était fait connaître avantageusement de Lagrange, de Laplace, et surtout de Monge ; il entra sous leurs auspices à l’École polytechnique.

L’École polytechnique avait été fondée et organisée dans l’an m sur un rapport de Fourcroy. Son nom primitif était : École centrale des travaux publics ; elle devait former des ingénieurs en tout genre, des hommes habiles dans les sciences et les arts d’application : on y enseignait les parties des mathématiques et de la physique qui s’v rapportent. De là deux branches d’enseignement : 1° analyse mathématique avec ses applications à la géométrie et à la mécanique ; 2° géométrie descriptive divisée en trois parties, stéréotomie, architecture, fortitication ; à cette seconde branche se rattachaient la physique, la chimie, etc. Le cours complet était de trois ans. Et comme le Bureau des longitudes, cette autre grande création de la même époque, publiait un annuaire et l’École normale un journal, l’École polytechnique avait son journal aussi qui rendait compte des travaux intéressants qui se faisaient dans son sein, soit par les professeurs, soit par quelques-uns des élèves. Fourier ne fut pas d’abord professeur en titre à l’École polytechnique, mais seulement un des substituts de ce qu’on appelait alors l’administrateur de police. Il y en avait

JEUNESSE DE M. FOÜRIER

trois, et chacun d’eux coopérait à plusieurs parties de l’enseignement. Fourier était chargé de la surveillance des études de fortification. Là, ayant affaire à des auditeurs tout autrement intruits que ceux de l’École normale, il eut occasion de faire connaître la méthode d’analyse algébrique qu’il avait découverte à Auxerre et consignée dans le mémoire envoyé à l’Académie des Sciences, sur la résolution des équations. Il est certain qu’à l’École polytechnique il professait cette méthode; car on a encore des programmes de la propre main de M. Dinet, un des élèves de l’école à cette époque, lequel a depuis reconnu authentiquement son écriture et la date du manuscrit. Ce fait incontestable, joint à la copie légalisée du mémoire antérieurement envoyé à l’Académie des Sciences, ne peut laisser aucun doute sur la parfaite originalité de la méthode que Fourier a portée dans une des parties les plus difficiles de l’analyse algébrique. Nous trouvons aussi un autre monument de ses travaux d’alors dans le journal de l’École, cinquième cahier; c’est un mémoire de statique contenant une démonstration nouvelle du principe des vitesses virtuelles. Plus tard il parlait lui-même avec satisfaction de cet écrit. Ce qu’il y a de plus remarquable peut-être est ce qui frappe déjà dans le peu de paroles qu’il prononça à l’École normale, je veux dire le besoin d’éclaircir et de simplifier les principes des sciences et une connaissance approfondie de leur histoire. Ici, pour la mécanique, il remonte jusqu’aux Grecs et jusqu’à Aristote. Il y a un passage curieux qui jette de la lumière sur plusieurs

NOTES SUR M. FOUR1ER

endroits très obscurs des Questions mécaniques Le style de ce mémoire, clair et précis, a de plus toute l’élégance que comporte le genre : on sent que l’auteur a passé par l’étude des bonnes lettres. Ses leçons étaient célèbres par l’agrément qu’il savait répandre sur l’enseignement sévère des mathématiques, agrément qui naissait sans effort d’une clarté parfaite, d’heureux et fréquents retours sur l'histoire des sciences, et du vif intérêt qu’il prenait lui-mème aux choses et qu’il inspirait à ses auditeurs. Son amabilité personnelle ajoutait encore au charme de ses leçons. Il a laissé dans l’École une mémoire vénérée et chérie. Le seul événement politique de cette époque de sa vie est l’arrestation dont nous avons parlé. Entré à l’École polytechnique dès sa première formation, il y resta jusqu’à l’expédition

1. Journal de l’École polytechnique, cinquième cahier, p. 20. a Les a plus anciens traités qui nous soient parvenus sur la mécanique ration- « nelle, sont ceux d’Aristote; ils ont été loués sans mesure par ses « commentateurs, et depuis négligés sans examen. Ce philosophe pa- « rait avoir connu les principes les plus importants de la mécanique. « Il expose, en termes précis, celui de la composition des mouvements « ( Qwest, mechan., ch. n ) ; il a même eu quelque idée de la manière « dont les forces centrales agissent dans les mouvements en ligne « courbe (Ibid.). Son explication physique de la cause de l’équilibre des « poids inégaux dans le levier est ingénieuse, quoique imparfaite. Il « rapporte à cette première machine le tour, les moufles, les roues den- « técs, le côin ( Ibid. ch. î), etc. : ailleurs, il enseigne que les forces a sont égales, lorsque les masses sont réciproquement égales aux vi- « tesses ( Physique , liv. vu, ch. vi.). Voilà ce qu’il me semble avoir rca connu dans ces traités, à travers mille obscurités et une foule d’idées a singulières ou qui paraissent aujourd'hui incohérentes. On peut ajoua ter que ses écrits offrent les premières vues sur le principe des vitesses a virtuelles. »

M. FOURIER EN ÉGYPTE. 317

d’Égypte, c’est-à-dire jusqu’au mois de mai 1798. 11 avait alors vingt-huit ans. Tout le monde sait que ce fut à Monge et à Berthollet que le général Bonaparte confia le soin de recruter les savants qu’il pouvait emmener utilement en Égypte; et Monge n’eut pas de peine à décider Fourier à le suivre. L’ardeur de la jeunesse n’était pas éteinte dans son ;\me, et il ne résista pas à l’idée de visiter cette vieille terre qui passait alors pour le berceau des sciences et en particulier des mathématiques.

Page 1