‹ Fragments et souvenirsChapitre 56 sur 117 · M. FOURIER EN ÉGYPTE, ET LA PREFACE DE LA DESCRIPTION DE L'ÉGYPTE · texte numérisé non relu

M. FOURIER EN ÉGYPTE, ET LA PREFACE DE LA DESCRIPTION DE L'ÉGYPTE

Il faut considérer la conduite de Fourier en Égypte sous deux rapports, celui de la science et celui de l’administration.

Ici, à défaut de renseignements particuliers, nous avons les journaux mêmes publiés au Kaire, pendant l’expédition; ces journaux sont :

1° L 'Annuaire de la République française, composé à l’instar de celui de Paris, par une commission de l’Institut d’Égypte formée dans la première décade de fructidor an vi. Cette commission avait préparé un Annuaire pour Tan vu, qui n’a pu être imprimé, toute l’imprimerie étant encore à Alexandrie. On n’a publié que l’Annuaire de Tan vui et celui de Tan ix.

2» La Décade égyptienne, journal littéraire et d’éco-

NOTES SUR M. FOURIER

nomie politique, in-8°. Ce journal publiait un compte rendu des séances de l’Institut d’Égypte, des extraits des mémoires qui s’y lisaient ou des communications qui y étaient faites. Il paraissait, comme le titre l’indique, tous les dix jours. La collection se compose de trois volumes, qui comprennent tous les travaux de l’Institut, depuis sa fondation, le 3 fructidor an vi (20 août 1798), jusqu’au 21 fructidor an vin ; depuis ce temps on ne trouve plus rien dans la Décade qui se rapporte à l’Institut.

3° Le Courrier de l'Égypte, destiné aux nouvelles en général, et à la publication des actes des autorités civiles et militaires. Chaque numéro a quatre pages in-8°, sur deux colonnes. Il paraissait tous les quatre jours.

Le premier numéro est du 12 fructidor anvi; le dernier, au moins dans l’exemplaire de la bibliothèque de l’Institut de France, est le numéro 103 du 12 ventôse an ix.

Nous allons d’abord extraire de ces journaux tout ce qui se rapporte aux travaux littéraires et scientifiques de Fourier dans l’Institut d’Égypte.

Le caractère philosophique de l’expédition d’Égypte serait unique dans les annales du monde, si on ne se rappelait Alexandre parcourant cette même Égy pte et l’Orient avec Callisthène, Pyrrhon, Anaxarque, faisant . faire partout des recherches d’histoire naturelle et de physique pour Athènes et pour Aristote. Le nouvel Alexandre, dans sa course civilisatrice, avait aussi les yeux sur Paris et sur l’Institut. La création de l’Institut

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d’Égypte et son organisation sur le modèle de celui de Paris, est une idée simple, grande et féconde. L’Institut était placé dans un des palais des beys. La grande salle du harem servait aux séances, et le reste de l’édifice au logement des savants. De ce palais dépendait un vaste jqrdin qui s’étendait dans la campagne et qui devint le jardin de botanique. Dans les salles étaient toutes les machines de physique, de chimie et d’astronomie, apportées de France, et l’on forma successivement un musée d’histoire naturelle où toutes les curiosités du pays, soit du règne animal, soit du règne végétal ou minéral, étaient réunies. Un laboratoire de chimie fut établi au quartier général. Comme l’esprit martial, le mépris du danger et l’habitude des souffrances régnaient parmi les savants, de môme l’esprit de la science avait pénétré dans l’armée. Les officiers du génie, de l’artillerie et de l’état-major, qui avaient cultivé les sciences et les arts, concoururent avec les savants de profession pour enrichir l’Institut d’Égypte de curieux mémoires.

L'Institut devait avoir deux séances par décade : dès le milieu de l’an vu il n’y en eut plus qu’une seule. Il était divisé en quatre sections : 1° mathématiques; 2° physique; 3° littérature ; 4° économie politique. Chaque section pouvait être composée de douze membres. L’Institut devait principalement s’occuper 1° du progrès et de la popagation des lumières en Égypte; 2° de la recherche, de l’étude et de la publication des faits naturels, industriels et historiques de l’Égypte. Bonaparte était l’âme de l’Institut. C’est lui qut a posé la plupart

NOTES SUR M. FOÜRIER.

des questions les plus importantes, surtout au point de vue pratique ; c’est lui , par exemple, qui proposa de fonder un observatoire pour l’astronomie et la météorologie. Le premier trimestre Monge fut nommé président, et Bonaparte vice-président, destiné par là à la présisidencc pour le trimestre suivant. Bonaparte est alors président et Berlhollet vice-président. Dès la première séance Fourier est désigné comme secrétaire perpétuel.

Il était donc le centre de tous les travaux. C’est pour la section de mathématiques, dont il faisait partie, qu’il travaillait le plus; mais il prenait part aussi aux recherches des autres sections ; et quand même il ne se serait pas mêlé un seul moment d’administration, l’activité littéraire et scientifique qu’il déploya serait vraiment étonnante. Voici la simple liste de ses travaux d’institut :

Décade. Séance du 21 fructidor an vi. Fourier lit un mémoire sur la résolution générale des équations algébriques. On voit que, sur les bords du Nil, il s’occupait toujours du problème qui l’avait tant exercé à Auxerre et à l’École polytechnique, et ceci nous rappelle ce que nous a dit M. Navier, que plusieurs de ses mémoires sur les équations algébriques sont écrits avec de l’encre et du papier évidemmeut fabriqués en Égypte.

Séance du premier jour complémentaire de l’an vi. II lit une note sur un projet d’une machine mue par la force du vent, qu’on pourrait employer pour arroser les terres.

Séance du an vu. Il fait un rapport au nom d’une (

commission sur tin mémoire de Kipault, intitulé :

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Recherches sur les oasis. Ce rapport est imprimé page 150 de la Décade.

Même année, séance du 26 brumaire. Il lit un rapport sur l’aquedec qui porte les eaux du Nil au chAtèau du Kaire ; il détermine le temps de la construction de ce monument, et en fait la description, ainsi que des machines qui y sont employées.

Séance du 6 fri mai fe. Il lit la première partie d’un écrit intilué : Recherches sur la mécanique générale.

Séance du 26 frimaire. Il lit la seconde partie de ces Recherches.

Séance du 16 pluviôse. Mémoire de mathématiques, intitulé : Recherches sur la méthode d'élimination.

Séance du 11 messidor. Mémoire de mathématiques, qui contient la Démonstration d'un nouveau théorème d’algèbre.

Complétons cette liste à l’aide des renseignements qui se trouvent dans le Courrier d’Égypte, et qui manque dans la Décade.

Le numéro 27, an vii, porte que le général Andréossy et les citoyens Berthollet et Foncier, memfires de l’Institut d’Égypte, sont de retour du voyage qu’ils ont fait aux lacs de Natron ; d’où il suivrait que Fourier, ainsi que Berthollet, pourraient bien être pour quelque chose dans le célèbre travail d’Andréossy sur ces lacs.

N° 37, 29 fructidor an vu. Nomination de deux commissions scientifiques pour la Haute-Égypte. Bonaparte lui-même, avant son départ pour la France, avait organisé avec un soin particulier et une parfaite intelligence

NOTES SUR M. FOURIER

toute celte expédition. Déjà plusieurs savants étaient partis avec Desaix pour la Haute-Égypte, entre autres Denon, Girard, etc.; mais les deux commissions officiellement désignées ne partirent que quand l’administration française fut établie dans la Haute-Égypte. La première commission était composée de Coslaz, Nouet, Méchain, Coquebert, Coutel, Savigny, Ripault, Balzac, Corabœuf, Lenoir, Labalte, Lepeyre (l’architecte), Saint- Genis, Viard; la seconde, de Fourier, Parseval, Villoteau, Delille, Geoffroy-Saint-Hilaire , Lepère (l’ingénieur), Redouté, Lacypière, Chabrol, Amollet et Vincent. C'est dans ce même numéro que se trouve la proclamation de Bonaparte annonçant son départ à l’armée, et celle de Kléber qui en prend le commandement.

N° 14. Retour des deux commissions scientifiques de la Haute-Égyple.

Nn 17. Lettre de Kléber où il exprime sa satisfaction aux deux commissions de la Haute-Égypte, et approuve Vidée vraiment libérale et patriotique de réunir les belles choses rapportées de cette expédition dans un même ouvrage. Il invite ceux des Français qui, avant la formation des deux commissions et pendant leurs recherches, ont visité la Haute-Égypte, à se joindre aux deux commissions et à concourir à élever un monument littéraire digne du nom français, a Je désire, en conséquence, dit-il, que l’on prenne des mesures promptes pour assurer la rédaction des différentes travaux, pour distribuer la matière, et désigner celui qui sera chargé d’ordon-

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ner l’ensemble de ce beau tableau et d’en lier toutes Jes parties. L’Institut sentira la nécessité d’une introduction générale.... » Signé Kléber, au quartier-général du Kaire, 1er frimaire an vm.

N° 48. Réponse de l’Institut à Kléber, pour lui déclarer qu’il adopte avec reconnaissance l’idée d’un monument unique et d’une introduction générale, et qu’il désigne Fourier pour réunir et publier l’ensemble des travaux.

Voilà donc Fourier présidant à tous les travaux sur l’Égypte, et chargé du monument qui doit les recueillir; et comme cette idée ne pouvait guère être venue spontanément à Kléber, que Fourier était dans son intimité et secrétaire-perpétuel de l’Institut d’Égypte depuis sa fondation, il est très probable et tout le monde nous a assuré que c’est à lui qu’il faut rapporter ce projet.

Le voici maintenant à la tète d’une institution moitié scientifique et moitié administrative. Le n° 47 annonce la création d’un bureau chargé de recueillir tous les renseignements propres à faire connaître l’état moderne de l’Égypte sous le rapport du gouvernement, des lois, des usages civils, religieux et domestiques, de l’ensei gnement public et du commerce. Ce bureau devait rassembler les chartes, les inscriptions des monuments; son travail devait s’étendre aux relations actuelles de l’Égypte avec les peuples d’Afrique. Il était autorisé à correspondre avec les fonctionnaires publics, français et musulmans. Desgenetles, Gloutier, Fourier, Livron,

NOTES SUR M. FOURIER

Talion, Rossclti, Baudot, Dubois et Protain le composaient. Il avait à ses ordres un écrivain arabe et deux

interprètes. Cet arrêté de Kléber est du 28 brumaire an vin.

N° 51. Division et répartition du travail de la Commission des renseignements sur l’état moderne de l’Égypte, créée par l’arrêté qui précède. Fourier est ici désigné comme président de la Commission tou t entière, et comme membre de la section relative à la législation et aux usages civils et religieux, et même comme membre d’une autre section chargée de recueillir des documents relatifs au gouvernement et à l’histoire.

N° 54. 3 pluviôse an vin. Lettre de Kléber au Directoire, -datée du 18 nivôse an vm, sur le travail de la Commission scientifique d’Égypte. Kléber donne avis • au Directoire que la Commission s’occupe d’un travail un et national, et que Fourier a été choisi à l 'unanimité par ses collègues pour publier leurs travaux. Il annonce en même temps le retour en France de plusieurs membres de la Commission avec quelques objets d’art et d’antiquité. C’est dans ce même numéro que se trouve, entre autres nouvelles, celle de l’arrestation deDolomieu, ancien chevalier de Malte, naturaliste très distingué, membre de la Commission scientifique de l’Égypte. Pendant qu’il traversait la mer pour revenir en France, le gouvernement de Naples le jeta dans un cachot en Sicile, et les chevaliers de Malte siciliens demandèrent qu’il fftt traduit devant une commission militaire comme coupable de haute trahison envers leur ordre.

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N” 55. 9 pluviôse. Lettre de l’Institut d’Égypte au général Kléber en faveur de Dolomieu. Cette lettre, pleine de noblesse et écrite avec élégance, trahit à toutes les lignes la main de Fourier, qui l’a signée comme secrétaire perpétuel de l’Institut, ainsi que Leroy, président, et Conté, vice-président.

N° 56. 13 pluviôse. Tableaux pour servir à la section de géographie et d’hydraulique de la Commission des renseignements sur l’état de l’Égypte moderne. Ce sont des cadres de statistique à remplir, probablement de la môme main qui a tracé le plan et écrit l’inlsoduclion à la Statistique du département de la Seine.

N° 84. 24 vendémiaire an ix. Dans la séance publique de l’Institut du 2 courant, Fourier lit la première partie d’un Tableau des révolutions et des mœurs de l’Egypte. Cette première partie comprend le précis des révolutions de l’Égypte jusqu’après la conquête de Sélim.

N° 95. Séance du 6 nivôse an ix. Il présente à l’Insti- • tut un mémoire de mathématiques sur Y analyse indéterminée.

N° 104. 6 nivôse. Rapport à l’Institut sur les recherches à faire dans l’emplacement de l’ancienne Memphis et dans toute l’étendue de ses sépultures. Une commission avait été nommée à cet effet, et Fourier en était membre. Ce rapport très bien fait se trouve dans les numéros 104 et 105. La suite en est remise au numéro suivant, qui manque dans l’exemplaire de la bibliothèque de l’Institut. Là finit pour nous le Courrier de t Egypte .

NOTES SUR M. FOÜRIER.

On voit que Fourier embrassait tous les genres de travaux dont pouvaient s’occuper les diverses gections de 'l'Institut d’Egypte : les mathématiques, la physique, l’histoire et l’économie politique. C’est à iui qu’appartient l’heureuse idée d’élever un monument unique aux travaux des Français sur l’Égypte; et le choix que ses collègues firent de lui à l’unanimité pour présider à l’ordonnance des diverses parties de ce monument et pour en élever le frontispice, est un hommage éclatant rendu à ses lumières. Au retour de l’expédition, cetta grande idée fût peut-être demeurée stérile, si Fourier ne l’eût souvent rappelée au premier consul, qui élait bien digne de l’apprécier, mais auquel il ré- ■ pugnait un peu de se faire l’exécuteur d’un décret de Klébler. Il arrangea tout en prenant l’idée pour son propre compte et en faisant du grand ouvrage de l’Égvpte un monument à sa propre gloire.

• Passons au rôle de Fourier en Égypte comme administrateur.

Bonaparte dit dans ses Mémoires sur l’expédition d’Égypte qu’il nomma Monge et Berlhollet commissaires auprès du grand divan qu’il avait assemblé pour connaître des affaires générales de l’Égypte, et Fourier auprès du divan spécial du Kaire. Mais nous ne trouvons ni dans le Courrier de l'Égypte, ni dans la Décade, aucune trace de la nomination de Monge et de Berlhollet auprès du grand divan, ni môme de l’existence de ce grand divan au temps de Bonaparte. Nous ne voyons pas non plus qu’il soit fait mention d’un divan spécial

M. FOÜRIER EN ÉGYPTE.

du Kaire et d’aucune commission de Fourier. Comme l’Annuaire manque pour l’an vii, nous n’avons pu vérifier le fait ; nous ne rencontrons les deux institutions du divan du Kaire et du divan de l’Égypte qu’en l’an vm et sous Kléber.

Aussitôt que Kléber est en possession du commandement, le rôle politique de Fourier s’étend et s’agrandit avec son influence scientifique, et son crédit ne diminua pas sous Menou. Nous le trouvons dès l'an vm commissaire auprès du divan suprême de l’Égypte. On nous assure 1 que la relation de la bataille d’Héliopolis, envoyée par Kléber au Directoire, est de la main de Fourier. Il y a dans le Courrier de l’ Égypte, n° 75, un extrait d’un ordre du jour de Kléber, du 27 thermidor an vin, où sont déterminées les formes pour l’admission dans les différents corps de l’artillerie, du génie civil et militaire , des ingénieurs-constructeurs de vaisseaux et des ingénieurs géographes. Fourier est désigné comme examinateur pour les connaissances de théorie exigées par les lois.

N° 79. 15 fructidor an vm. Formation d’une commission chargée de rédiger un plan général d’administration de la justice en Égypte. Cette commission est composée de Fourier, de Regnier, commissaire des guerres, et du général Baudot. Dans l’Annuaire de l’anvm, il est fait mention d’une administration générale de la justice dont le chef est Fourier. Dans le tome 111 de la Décade,

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