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M. FOURIER, PRÉFET DE L’ISÈRE

cause des prétentions contraires de toutes les communes riveraines et du conflit des intérêts opposés. Il ne s’agissait pas moins que d’amener toutes ces communes à des sacrifices mutuels dont elles ne voyaient pas l’avantage immédiat, et qu’elles se rejetaient les unes sur les autres. Fouricr fut obligé de négocier avec chaque commune et presque avec chaque famille, et ce ne fut qu’à force de raison et de bonté, surtout au moyen d’une patience à toute épreuve, qu’il parvint à obtenir le concert nécessaire à une pareille opération. M. Augustin Périer, qui était sur les lieux, et qui connaît particulièrement celte affaire, nous a paru, en 1831, encore tout pénétré d’admiration pour le talent déployé par Fourier dans cette négociation.

Il fallait faire régler la quotité de terrain qui serait remise à chaque commune après le dessèchement, ainsi qu’un grand nombre de conditions accessoires. Ce traité eut lieu le 7 août 1807.

Trente-sept conseils municipaux reconnaissant en môme temps le bienfait de l’intervention paternelle de l'administration, adoptant les mômes bases pour le règlement de leurs intérêts, trente-sept maires comparaissant à la fois et parfaitement d’accord pour souscrire une transaction en 28 articles, attestent la sage et forte influence de l’administrateur, exercée dans l’utilité réelle de cette nombreuse population.

Le dessèchement des marais de Bourgoin, terminé en 1812, a livré des terrains immenses à l'agriculture, créé de riches pâturages, et mis de riches moissons à la

NOTES SUR M. FOURIER

place de semences de mort. Franklin eût envié un pareil résultat, et pour l’obtenir il ne fallait pas moins qu’une grande réputation de lumières et de justice, une patience, une adresse, et, pour ainsi dire, un charme de bienveillance digne du sage Américain.

Un travail moins important, mais encore fort utile, est la roule nouvelle que traça Fourier pour aller directement de Grenoble à Turin, pur le Lantaret et le Mont-Genèvrc, et qui devait, en formant une communication facile entre Lyon et Turin, rapprocher la France et l’Italie. L’ancienne route était beaucoup plus longue, mais elle enrichissait des populations que l’entreprise de la route nouvelle alarmait, et qui avaient auprès du gouvernement un zélé défenseur dans leur compatriote, M. Crétet, ministre de l’intérieur. Après s’ètre inutilement adressé au ministre, Fourier prit le parti de faire présenter un mémoire à l’empereur par une députation de l’Isère ; mais il se garda bien de rédiger un long mémoire; il savait qu’il ne fallait pas demander beaucoup d’instants à celui qui avait l’Europe à gouverner, et il savait aussi qu’on pouvait se fier à sa pénétration merveilleuse. La note, présentée par quelques notables de l’Isère, n’avait pas plus d’une page ; elle contenait, nettement indiqués, les avantages de la route nouvelle et les moyens de l’exécuter : une petite carte y était jointe. Deux jours après la présentation de cette requête, elle était accordée. L’empereur avait vu, il avait compris; à l’instant môme toutes les résistances du ministre avaient été vaincues, et Tordre de procéder à l’exécu-

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