M. FOURIER, PRÉFET DE L’ISÈRE
tion de la nouvelle roule envoyée au préfet de l’Isère.
Le déparlement de l’Isère avait consacré près de deux millions à celle belle entreprise, que les événements de 18Ü sont venus interrompre. Le Piémont se refusa naturellement à ouvrir ses frontières de ce côté; mais l’Isère espère que le gouvernement français n’oubliera pas ses sacrifices, et rendra la route complètement praticable aux voitures jusqu’à Briançon. Cette roule, suspendue pendant l’espace d’une lieue sur le flanc d’une montagne où la main du mineur pouvait seule la tracer, s’enfonce dans le sein des rochers, sons deux immenses galeries qu’éclairent de distance en distance des ouvertures latérales pratiquées daus l’épaisseur du roc. Le pays voit avec douleur ce superbe travail s’altérer chaque jour faute des réparations nécessaires.
Indépendamment du dessèchement des marais de Bourgoin et de l’ouverture de la route du Mont-Genèvre, qui suffiraient pour recommander son administration, Fourier sut faire exécuter des travaux considérables pour les chemins vicinaux; travaux qui, dans l’absence d’une législation précise, étaient presque eritièremenldus à l’action personnelle de l’administrateur en chef.
Tels sont les services effectifs et matériels qui marqueront longtemps le passage de Fourier dans l’Isère. Mais il est un travail d’une tout autre nature, qui exigeait au plus haut degré et qui fit paraître toutes les ressources de son esprit, les nobles et aimables qualités de son cœur. Napoléon avait le principe opposé à celui
NOTES SI K M. FOU RI ER
de Coblentz et des Jacobins : au lieu de se faire un parti en France et encore de l’épurer toujours et de le réduire, il voulait fondre tous les partis dans le commun attachement à son gouvernement et peu à peu à sa personne. Fourier était fait tout exprès pour être l’instrument d’un pareil plan. La tâche était digne de lui, mais elle n’était pas facile dans l’Isère. Le Dauphiné, pays de parlement, possédait de vieilles traditions de liberté qui lui firent embrasser avec ardeur la révolution française; on se rappelle cl l’assemblée de Visille, et la conduite d’une partie considérable de la noblesse dauphinoise, et Mounier, et Duport, et Barnave. Mais l’habitude même de la liberté sauva le Dauphiné de l’enivrement révolutionnaire, et on a remarqué que cette province si libérale avait été très modérée. On avait résisté aux folies de la république : on accueillait assez froidement l’empire. En général, il n’y a pas d’enthousiasme dans le Dauphiné, et c’est surtout la liberté pratique que l’on aime. Chacun y tient à ses opinions et veut qu’on les respecte. Fourier trouva là bien des républicains qui voyaient l’empire de mauvais œil, et bien des nobles qui, retirés dans leurs châteaux, entravaient sourdement la marche du gouvernement. L’art de Fourier fut de les rallier peu à peu à la cause de l’empereur, qui était alors celle de la France. Ce n’était point du tout un administrateur dans le sens ordinaire, bureaucrate et paperassier : il écrivait très peu, mais il voyait beaucoup de monde, parlait à chacun le langage de sa position et de son intérêt. Homme nouveau, il lui était aisé de