M. FOURIER, PRÉFET DE I,’ ISÈRE
département de l’Isère de volontaires pris dans des conditions convenables, et qui furent équipés par des subventions spontanément confiées à l’administration; en définitive, il y eut des gardes d’honneur qui satisfirent aux besoins de l’État, sans épuiser les familles.
Quand il voulait une chose, il savait y intéresser tout le monde et prendre chacun par où il était prenable. H s’adressait à l'amour-propre de celui-ci, à la bonté de celui-là, aux défauts et aux bonnes qualités de tous ceux dont il avait besoin, et sans violences comme sans écritures il vous conduisait si bien qu’on avait l’air d’agir ou plutôt qu’on agissait avec la sincérité et la vivacité de zèle qu’on aurait mise à ses propres affaires. M. Augustin Périer nous en a cité plusieurs exemples, entre autres celui d'un bal que la ville de Grenoble donna à Monsieur, depuis Charles X. Personne, d’abord, dans le parti libéral, ne voulait aller à ce bal, et toute la ville finit par s’y rendre et même par s’y amuser.
Non-seulement Fourier avait la confiance absolue de l’Isère pour tout ce qui regardait les affaires publiques, mais chacun s’empressait de le consulter sur scs affaires privées. Fourier accueillait toutes les confidences, et prodiguait à tout le monde, avec une bonté inépuisable, les trésors de sa longue expérience des hommes et des choses. En un mot, avec des lumières, de l’esprit et de la bonté, il résolut le problème de l’administration, beaucoup faire sans se donner un grand mouvement.
Cependant les occupations du préfet n’empèchaienl
NOTES SUN M. FOURIER
pas les méditations du savant; et après avoir terminé rapidement toutes les affaires, retiré dans son cabinet solitaire, Fourier mettait en ordre ses papiers sur l’Égypte, poursuivait le développement de ses méthodes analytiques, et jetait les fondements de la théorie de la chaleur. C’est dans une campagne, près de Grenoble, qu’il écri\it sa célèbre introduction au grand ouvrage sur l’Égypte, au sujet de laquelle M. de Fontanes lui écrivit qu’«ï avait su réunir les grâces d'Athènes à la sagesse d’Egypte. Il avait trouvé à Grenoble les deux frères Champollion auxquels il donna le goût des études égyptiennes, et on lui doit peut-être Champollion qui pourtant était destiné à porter le coup mortel à l’antiquité du Zodiaque de Dendcrah si chère aux savants de l’expédition.
Terminons cette note en répélant que Fourier avait su se concilier l’estime et l’affection des hommes de toutes les classes et de toutes les opinions dans un pays qui ne se montre pas facile à accorder ces sentiments, mais qui sait y rester fidèle quand on y a de justes droits. Aussi, depuis quinze ans qu’il était éloigné de l’Isère, Fourier n’avait pas cessé de recevoir, dans les situations diverses où il s’était trouvé, les témoignages empressés de la reconnaissance et du profond intérêt que lui conservaient ses anciens administrés, et sa mort prématurée a excité parmi eux des regrets unanimes. La famille Périer est toute pleine de sa mémoire. M. Aug. Périer ne noys a jamais parlé de son illustre aini sans une véritable émotion. M. Bérenger, ancien
avocat général à la cour de Grenoble, a consacré à l'éloge de Fourier, comme préfet de l’Isère, une page re-
marquable de son ouvrage sur l’ Administration de la justice criminelle.