PARTICULIÈREMENT DANS LA PROFESSION DE FOI DU VICAIRE SAVOYARD
D’après le manuscrit de Y Émile, conservé à la bibliothèque de la Chambre des Représentants.
Nous l’avons déjà dit cl nous le répétons avec une conviction qui s’accroît chaque jour : le temps est venu de traiter nos grands écrivains avec la même religion que ceux de l’antiquité, et d’instituer sur les classiques français celte mémo critique philologique qui, depuis le xvi° siècle, épure et illustre les classiques grecs et latins. Une telle critique se proposerait, avant tout, de conserver ou plutôt de rétablir dans leur intégrité des textes immortels, que dégradent peu à peu des éditions de plus en plus défectueuses. Elle aurait aussi pour efTct .nécessaire d’introduire dans l’intimité des grands écrivains, et ce commerce est fécond en enseignements de tout genre. Nous n’en voulons ici exprimer qu’un seul, celui dont notre siècle a le plus hesoin : c’est que dans l’art d’écrire comme dans tous les arts, l’homme de gé-
(1) Études sur Pascal.
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nie sc crée à lui-mème un idéal auquel il aspire sans cesse, qu’il ne réalise presque jamais à son gré, cl dont il n’approche, même de loin, que par un effort opiniâtre et continu, par un travail presque herctvjéen. Il dissimule ce travail aux yeux du vulgaire, auquel il ne lui déplaît pas de laisser croire qu’il doit tout à l’inspiration ; mais il sait fort Lien que celle inspiration, qu’eu effet rien ne remplace, ne suffit point pour produiic une œuvre grande et belle, et qu’il y faut ajouter toute une vie de réflexion et de labeur. De là, dans la carrière des grands artistes, avec l’unité de leur génie, le progrès et les transformations souvent très diverses de leur talent. Le divin liaphacl a eu trois manières. Un œil exercé peut en discerner plusieurs aussi dans Platon. Pour chaque ouvrage en particulier, bien des ébauches précèdent l’exécution, et dans l’exécution on ne parvient pas du premier coup à la beauté parfaite. Le signe infaillible de la médiocrité est d’être éprise d’cllcmèmo; elle produit vile cl corrige peu; et sur quoi CDrrigcrait-clle? elle n’a point un exemplaire de perfection qu’elle poursuive, et qui lui serve à reconnaître et à réparer ses failles : aussi s’admirc-t-elle de la meilleure foi du monde. Au contraire, un grand esprit est presque toujours mécontent de ce qu’il fait, parce qu’il a rêvé bien mieux encore. Superbe quelquefois lorsqu'il se compare aux autres, il est modeste, il esl humble devant l’idéal sur lequel il a les yeux fixés ; il éprouve le besoin de retoucher sans cesse l’œuvre sortie de ses mains, d’y ajouter des beautés nouvelles, de l’élever de
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plus en plus à la hauteur de sa pensée. Il essaye donc, il parcourt successivement des formes très diverses, jusqu’à ce qu’il croye avoir trouvé la meilleure, c’est-àdire la moins imparfaite. L’élude de ces formes diverses est, selon nous, une excellente école à qui veut s’instruire dans l'art si difficile de penser et d’écrire. Nous regardons comme un exercice d’une utilité sans égale la comparaison des différentes éditions des bons auteurs. Les variantes des grands écrivains nous sont d’un prix infini. L’abbé d’ülivel a recueilli celles de Racine; il faudrait les mcllie sans cesse sous les yeux de la jeunesse. Racine a trouvé des fautes jusque dans Alhalie, et dans une seconde édition il les a corrigées. Combien ne serait-il pas précieux de posséder le Tartufe tel qu’il fui d’abord représenté en 1664 et en 1665, et de le comparer, même au seul point de vue de l’art, avec le Tartufe de 1667, avec celui de 1668, enfin avec celui de 1669, le seul malheureusement qui' soit demeuré? Voltaire nous a conservé lui-même les variantes de la Ilenriade. Nous souhaiterions vivement qu'un homme de goût prit la peine de donner une édition du Cid avec les changements de toute sorte que l'auteur a faits successivement à celle pièce, dont l'histoire est si curieuse, depuis la première édition de 1637 jusqu’à celle où Corneille, en pleine possession de sa gloire, prit le parti de ne plus toucher à son œuvre, de peur de la gâter en voulant la perfectionner encore.
Mais l’élude des différentes édiljpns d’un même ouvrage ne vaut pas celle du manuscrit lui-même, quand
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le manuscrit contient un grand nombre de. corrections. La rencontre de tels manuscrits est une bonne fortune > qu’il faut savoir mettre à profit. En rendant compte du j singulier manuscrit dont Port-Royal a fait ce qu’il a appelé les Pensées de Pascal, nous avons t;\ché d’en tirer quelques enseignements utiles. Nous avons arraché à l’oubli et à l’inexorable sévérité de Pascal des lignes inconnues, par lui effacées, et qui étaient déjà bien belles. Oui, elles nous paraissent belles à nous, mais elles ne l’étaient point assez pour l’auteur des Provinciales. Il les a rayées, sans les détruire, grâce à Dieu; il leur a substitué des lignes nouvelles, et quelquefois môme à celles-là d’autres lignes encore, jusqu’à ce qu’il eût forcé la langue de recevoir l’empreinte fidèle de son esprit et de son àmc.
Nous ne comparons point Rousseau à Pascal. Ils appartiennent à deux siècles entièrement différents. Le xvnc siècle est l’âge classique de la prose française : il connaît l’art sans le pousser jusqu’au raffinement, et la naïveté y subsiste à côté de la grandeur. Dans le siècle qui suit, l’art domine, la manière commence, et avec elle déjà la décadence. Un seul écrivain au xviu® siècle est exempt de toute affectation : c’est Voltaire. Voltaire est simple, c’est là sa gloire. Il est net, rapide, varié, abondant, étincelant, toujours vrai ; mais comme la vérité qu’il exprime est un peu subalterne, son style est, comme sa pensée, d’une qualité parfaite sans atteindre à la grandeur. Il ne déclame jamais, mais presque jamais non plus il ne s’élève au sublime, au naïf, au pathéti-
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que, tandis que ces trois choses abondent dans Corneille, dans Pascal, dans Bossuet. J.-J. Rousseau est juste l’opposé de Voltaire. 11 n’en a pas le bon sens et la simplicité; il rêve et il déclame; il a un système absurde, et il l’expose avec un art excessif. Voilà le mauvais côté, et qui suffit à gâter tout le reste. Mais le bon sens à part, Rousseau a des endroits par lesquels il est très supérieur à Voltaire. C’est bien un autre raisonneur: quand il est dans le vrai, sa dialectique est irrésistible. Toutes les grandes idées, tous les grands sentiments que l’auteur de la Pucelle et de Candide a pris à tâche de vouer au ridicule, celui d 'Émile les a souvent exprimés avec une force, une magnificence, et un charme de langage inconnu à Voltaire et à tout le xvm® siècle. Il a l’éloquence vraie de la logique et de la passion ; malheureusement il y mêle un art qui paraît trop, et donne encore un air de rhétorique aux pages les plus vives et les plus fortes. Par ses défauts comme par scs qualités, Rousseau est donc un excellent sujet d’études. Comme il est évident que ce style vigoureux et tourmenté a été mis plus d’une fois sur l’enclume, on serait curieux d’assister au travail de ce puissant ouvrier, et de surprendre ses artifices.
Tout le monde sait que la bibliothèque de la Chambre des Représentants possède plusieurs manuscrits de Rousseau, avec d’innombrables corrections de sa main;
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cependant nul éditeur n’a su encore les mettre à profit selon les règles d’une critique éclairée.
L’auteur d'un ouvrage intitulé : le Léman, ou Voyage pittoresque, historique et littéraire à Genève et dans le canton de Vaud, deux vol. in-8°, Paris, 1X42, M. Bailly de Lalonde, à propos des manuscrits de Rousseau qu’il a rencontrés à Genève, parle de ceux du palais Bourbon, tome I, chapitres xvu et xvui. Il n’a pas l’air de se douter qu’en 1819 et 1820 M. Pelilain, dans son cxcellenle édition de Rousseau, a fait connaître ces manuscrits, et Ixmèmc que l’édition célèbre de 1801, sortie des presses de M. Itidot, leur a souvent emprunté son texte. Il nous reste à peine à dire quelques mots de ces manuscrits bien connus, et même seulement des trois principaux.
I" Les Confessions. Rousseau avait fait deux copies de cet ouvrage. 11 donna l’une à son ami M. Moultou, de Genève, en lui recommandant de ne l’imprimer qu’en 1801, mais sans en rien retrancher. En dépit de celle recommandation, trois ans et demi après la mort de Rousseau, en 1782, on publia à Genève, la première partie des Confessions, les six premiers livres, et plus tard, en 1789, la dernière partie, composée des six derniers livres, avec la suppression de la plupart des noms propres, de bien des phrases et môme de morceaux entiers. Depuis, M. Moultou a donné lui-mème une édition exacte du manuscrit qu’il avait entre les mains, iet qui est encore aujourd’hui en la possession de mademoiselle Moultou, à Genève. Quant à l’autre copie, Rousseau l’avait gardée; sur la fin de sa vie, il la destinait à M. de
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Girard in ; à sa mort, elle a clé trouvée dans ses papiers, et offerte par sa veuve à la Convention : c’est ainsi qu’elle est arrivée à la bibliothèque de la Chambre des Représentants. Celle copie, tout-entière de la main de Rousseau, est très soignée; mais il est reconnu qu’elle a été faite avant celle de M. Moullou ; elle ne contient donc pas le dernier mot de Rousseau. Ce dernier mot est dans le manuscrit que celui-ci remit lui-incme à son ami, pour qu’il l’imprimât longtemps après sa mort.
Les éditeurs de 1801 ont cru faire merveille de prendre le manuscrit de Paris pour base de leur édition; ils ont cru par là effacer celle de Genève : c’est une erreur qui a été fort justement relevée. La règle, en pareille matière, est de faire ce que l'auteur a voulu qu’on fil, c’est-à-dire de publier le dernier manuscrit désigné par lui pour être imprimé. Qu’il ait eu tort ou qu’il ail eu raison, il n’importe : on n’a pas le droit de se mettre à sa place, et de donner sous son nom un texte qu’il a rejeté. Celte règle est absolue; elle s’applique aux éditions ainsi qu’aux manuscrits. Comme parmi les manuscrits d’un ouvrage, celui-là doit être certainement préféré auquel l’auteur avait mis la dernière main et qu’il destinait au public; de même, parmi les diverses éditions, c’est la dernière publiée par l’auteur qui fait autorité et qui doit toujours être reproduite. Les différences des éditions antérieures peuvent cl doivent être indiquées avec soin, mais on n’a pas le droit de les introduire dans le texte. Ainsi, pour La Rruyèrc, le choix est forcé; il faut prendre l’édition de 1G96, la dernière que La
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Bruyère ait publiée. Revenir à celle de 1688, ou à quelqu’une des nombreuses éditions intermédiaires, nonseulement ce serait nous priver d’un bon nombre de caractères admirables, mais, ce qui est la raison suprême de décider, ce serait aller conlre la volonté de l’auteur. Un habile homme tel que M. Walckenaer ne pouvait manquer à celle règle. Mais La Rochefoucauld a été moins heureux que La Bruyère : au lieu de reproduire la dernière édition telle que lui-même avait jugé à propos de la donner au public, celle de 1678, des mains picuf-ses et téméraires, trouvant dans ses papiers de nouvelles | maximes ou qu’il avait rejetées ou qu’il destinait à une 'édition nouvelle, ce qu’il est très difficile de distinguer, les ont, à tort et à travers, mêlées aux pensées par lui publiées, quand il aurait fallu les placer en appendice; en sorte que nous avons aujourd’hui un livre des Maximes bien différent de celui qu’il avait plu à La Rochefoucauld de nous donner*. Ce grand écrivain, moins délicat et moins raffiné que La Bruyère, mais d’une trempe aussi exquise et plus forte, attend encore un éditeur digne de lui. Le Molière de 1682, qui depuis a servi de base à toutes les éditions, a été, il est vrai, publié sur les manuscrits laissés par l’auteur et communiqués par sa veuve; mais la question est de savoir quels étaient ces manuscrits. Étaient-ce les anciens brouillons de Molière, ou bien une dernière copie destinée par lui à une édition définitive? Il ne serait pas impossible que
(1) Voyez, sur les éditions des Maximes de la Rochefoucauld, Maoaxk de Sablé, chapitre ni.
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l’édition de 1682 ait donné au public des leçons que Molière avait abandonnées; et nous craignons que Lagrange, pour servir les intérêts de madame Guérin, ne se soit pas toujours fait faute de substituer, après coup, les anciens manuscrits de son illustre camarade au travail achevé qu’il avait publié lui-même.
Pour revenir à Rousseau et aux Confessions, il est certain que la belle édition de 1801, loin d’être un progrès sur celle de Genève, mettait une rédaction antérieure et inférieure à la place de la bonne et dernière rédaction. M. Petitain en 1819, et un peu plus tard M. Musset-Pathay, ont donc très bien fait de rétablir le texte du manuscrit de M. Moullou et de l'édition de Genève; mais ils ont eu grand tort de ne pas mettre religieusement au bas des pages toutes les différences que pouvait fourniMe manuscrit de Paris; car ces différences sont autant de leçons de goût. Les plus petites sont encore précieuses à recueillir; et il y en a de considérables, qui répandent de vives lumières sur l’âme de Rousseau, sur l'artifice de sa composition et de son style.
2° La bibliothèque de la chambre des Représentants possède aussi une belle copie de la Nouvelle Héloïse, faite avec le plus grand soin et une véritable coquetterie pour madame la maréchale de Luxembourg. Sur cette copie, Rousseau a encore trouvé te moyen de faire çà et là bien des corrections dont aucune ne doit être négligée, et qui méritaient toutes d’être publiées et placées au bas du seul texte authentique, celui de l’édi-
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tion de 1761, donnée par Rousseau lui-même. Mais ce qu’il faut particulièrement signaler à l’attention et à l'étude des sérieux amateurs de la langue et de la littérature française, ce sont plusieurs volumes qui contiennent les brouillons d’un grand nombre de lettres de la Nouvelle Héloïse. On y verra avec étonnement de quel informe chaos, lentement fécondé et débrouillé par l’art et parla passion, sont souvent sorties les pages que nous admirons le plus aujourd’hui. Les corrections abondent à chaque page, ou plutôt à chaque ligne. Assurément il serait insensé de transporter dans le texte ces brouillons merveilleux; mais une main diligente y trouverait une ample moisson de variantes de toute espèce, qui ne seraient pas un médiocre ornement d’une édition nouvelle.
3° La dernière copie de I’Émile, celle qui a servi de base à la première édition de 1762, avait été donnée en 2\préscnt par Rousseau à son ami M. Coindct, de Genève, et elle est encore dans les papiers de cette famille. M. Bailly de la Londe l’y a vue, il y a quelques années. Cette copie est sans aucune importance, puisqu’elle représente seulement le texte imprimé. 11 n’en est pas ainsi du manuscrit d’Émile conservé à la bibliothèque de la chambre des Représentants. C’est la copie antérieure à la mise au net de M. Coindet. Elle est remplie de corrections et d’additions grandes et petites, qui souvent tombent sur les endroits les plus célèbres, et sont autant de révélations du plus haut intérêt sur la manière de composer et d’écrire de l’auteur d’Émile. Nous bl;\-
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mons à la fois les éditeurs de 1801 d’avoir tiré un peu * au hasard de ce manuscrit des leçons nouvelles qu’ils ont osé mettre à la place du texte authentique de 1762, et M. Pelitain ainsi que M. Musset, qui ont passé dédaigneusement à côté de ce riche et incomparable ma*
• nuscrit, et en ont à peine emprunté quelques lignes, la plupart du temps insignifiantes. M. de la Londc a eu l’heureuse idée de relever les variantes du fameux » passage du quatrième livre sur la majesté des Écritures et la sainteté de l’Évangile. Nous nous proposons de . continuer celte étude commencée, et de faire connaître plus amplement et dans un plus grand détail ce précieux manuscrit.
Disons d’abord qu’on ne sait pas très bien d'où il vient. Tous ceux qui en ont parlé prétendent qu’il faisait partie des papiers de Rousseau que sa veuve offrit à la Convention. On peut douter de l’exactitude de cette tradition. La Convention s’empressa de soumettre les papiers de Rousseau à une commission dont on voit encore la marque sur le manuscrit des Confessions. Ici rien de pareil. Il est certain que la belle copie de la Nouvelle Héloïse, qui appartenait à madame la maréchale de Luxembourg, a été achetée dans une vente publique par la bibliothèque. Le manuscrit de l’Émile peut avoir été acquis de la même manière. Le savant bibliothécaire actuel de la chambre des Représentants, M. Beuchot, a entendu dire à un homme digne de foi, M. Landrieux, de l’administration des postes, qu’il avait vu dans sa jeunesse ce manuscrit entre les mai ns de Héraut deSéchelles,
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et que celui-ci avait déclaré le tenir du libraire de Rousseau, qui lui en avait fait cadeau en récompense d’un service littéraire que Héraut de Séchelles lui avait rendu.
Mais comment le libraire de Rousseau possédait-il une 'r copie de l’Émile qui n’avait point servi à l’impression?
Quoi qu’il en soit de la provenance de ce manuscrit, # décrivons-le exactement. Il est composé de trois vo- , lûmes petit in-i°, reliés en maroquin rouge. L’écriture en est propre et nette. Elle occupe un seul côté du feuillet. Le verso est réservé aux notes et aux corrections. Évidemment c’est une copie déjà voisine de la perfection, sur laquelle Rousseau a déposé ses corrections dernières. En effet, l’ouvrage ainsi corrigé est,, à quelques différences près, le texte imprimé ; entre ce texte et notre copie, il ne peut plus y avoir qu’une mise au net destinée à l’imprimeur, et cette mise au net est le manuscrit de M. Coindet. Le nôtre est certainement le dernier travail sérieux de Rousseau. Le texte antérieurement arrêté, et qu’on voit sur le recto du manuscrit, était déjà excellent; il eût suffi à la gloire de Rousseau, il n’a pas suffi à cette soif de perfection qui est la marque des grands artistes en tout genre.
Rappelons-nous avec quelle lenteur et quelle peine Rousseau écrivait. « 11 y a, nous dit-il lui-même dans ses Confessions', telle de mes périodes que j’ai tournée et retournée cinq ou six nuits dans ma tête, avant qu’elle fût en état d’être mise sur le papier... Je n’ai ja-