‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 12 sur 295 · MORT DE SANJATA · texte numérisé non relu

MORT DE SANJATA

Plus tard le docteur Sanjaya étant tombé malade, Upatisya dit à Kôlita : Kôlita, est-ce toi qui soigneras le maître, ou bien iras- tu chercher les remèdes? — Kôlita fit cette réflexion : (il est préférable) que celui-ci, en raison des connaissances spéciales qu'il a, s'applique à soigner le malade ; moi, j'irai chercher les remèdes. Il dit donc (à Upatisya) : Toi, prends soin du maître; moi, je lui procurerai les remèdes.

Upatisya s'étant mis à soigner le malade, Kôlita alla lui chercher des remèdes. On lui administra force plantes, racines, feuilles, fleurs, graines médicinales; le malade n'éprouva pas de mieux : bien plus, il s'affaiblit, puis fit voir un sourire.

Le fils de Brahmane Upatisya dit : Maître, ce n'est pas sans cause, non, ce n'est pas sans cause que des hommes tels que toi, des hommes placés à la tête des autres, font un sourire ! Maître quelle est la cause de ce sourire, quelle en sera la conséquence ?

Il répondit: Upatisya, cela est vrai; cela étant vrai, il s'en suit que des hommes tels que moi, des hommes placés à la tête des autres, ne rient pas sans cause ni sans effet.

En conséquence, par exemple, dans le Continent d'or1, un roi nommé Suvarnapati2 vint à mourir et son épouse fut placée sur un bûcher. Je me pris

1 Oser gliny. Le sanskrit serait Suvarnadvipa,

* Je restitue ainsi en sanskrit le mot tibétain %ser-bdag « roi de l'or ».

donc à penser de la sorte : ces êtres, c'est par la cause de la cause du désir, de la base du désir, de la résidence dans le désir, qu'ils éprouvent ainsi et savourent la douleur morale. Telle fut (ma) réflexion.

— Maître, en quel temps cela eut-il lieu ?

— Dans un temps éloigné; il y a bien des années de cela.

— En quel mois ? — Il y a de cela bien des mois.

— En quel jour? — Il y a de cela bien des jours.

L'un demanda à le mettre par écrit sur ses tablettes. L'autre dit : Maître, nous, pour si peu que nous ayons été initiés, tous nous avons en vue dans nos efforts la poursuite del'Amrta. Puis donc que nous désirons l'Amrta, si le maître a entrevu, pour si peu que ce soit, l'acquisition de l'Amrta, oh! que le maître nous accorde une part del'Amrta! nous le lui demandons.

— Mon fils, moi-même, quoique tous ceux qui ont été initiés, pour si peu que ce soit, s'appliquent à rechercher l'Amrta et désirent l'Amrta, cependant je n'ai en aucune manière obtenu l'Amrta.

Ainsi, dans cette quinzaine même de la confession, on a entendu les voix des dieux qui se meuvent dans les régions pures et supérieures de l'atmosphère. Non loin des surfaces neigeuses, non loin, tout près des bords du courant d'eau de la Bhâgirathî et de la demeure de l'ermite Kapila, le jeune prince des Çàkyas est né. Les Brahmanes qui connaissent les signes et les marques ont dit : si ce jeune homme reste dans le palais, il sera un roi Gakravartin, roi des quatres limites, roi fidèle à la loi, il possédera les sept espèces de joyaux précieux; voici ce que sont ces sept espèces de joyaux précieux : ce sont le joyau précieux de la roue, celui de l'éléphant, du cheval, de la pierre précieuse, de la femme, du maître de maison, du général ; voilà les sept joyaux précieux. Il aura juste mille fils, mille héros, braves, beaux, vainqueurs des armées ennemies, il gouvernera la terre qui s'étend jusqu'à l'Océan, tout entière, sans lui faire aucun dommage, sans châtiment, sans la molester par les armes, en la maintenant bien dans la conformité et dans l'unité de la loi. Mais si, coupant sa barbe et ses cheveux, revêtant des habits rouge pâle, en vertu d'une parfaite foi en lui-même, il quitte sa maison pour n'avoir point de maison et se fait religieux, ce sera un Tathâgata, Arhat, Buddha parfaitement accompli, renommé au loin dans le monde* Telle est la prédiction dont la voix s'est fait entendre. Faites vous initier tous les deux à son école : sans

dire votre caste, sans dire votre famille, sans vous déclarer fils de Brahmanes, pratiquez la pureté sous ses yeux ; par là vous arriverez tous les deux à obtenir le grand Amrta.

A ces mots ses couleurs s'effacèrent, il perdit la faculté de correspondre avec les autres, et la mort vint terminer sa vie. Voilà ce qu'il fallut reconnaître et c'est ainsi qu'il subit la loi de la mort. Ses (deux) disciples ornèrent un cercueil d'étoffes bleues, jaunes, rouges, blanches, le portèrent dans la tombe, le brûlèrent, et ensuite ils restèrent là après avoir donné tous les signes de la douleur.

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